Le Journal International De Victimologie
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Journal Of Victimology
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Année 2, Numéro 1, Octobre 2003 JIDV.COM
ARTICLE SÉLECTIONNÉ : 5 ANS
(2008) du JIDV
DOSSIER :
LES ENFANTS VICTIMES [PARTIE 2]
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La maltraitance des jeunes
enfants, pour une prévention dès avant la naissance |
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Par Christian
BESNARD |
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Psychologue, Psychothérapeute, Expert Près la Cour d’Appel de RENNES, Chargé de Cours à RENNES 2 , Enseignant
à PARIS 5, Chercheur au Laboratoire de Cliniques Criminologiques de RENNES 2,
Centre Hospitalier de SAINT BRIEUC, France. |
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RESUME Nous savons que
les parents maltraitants ont vécu une carence plus
ou moins importante dans la relation initiale avec leur propre mère (et ou père)
et une des conséquences est bien une manifestation de sensation de danger,
comme si le parent au fond de lui même se sentait menacé dans sa propre
valeur et dans son identité. Il faut donc établir des liens, comme un étayage
pré-thérapeutique avant la naissance car tout le travail actuel d’information
et toutes les campagnes mises en place pour l’aide à la révélation ne peuvent
prévenir tous les phénomènes de répétition qui relèvent de fonctionnements
psychiques particuliers. C’est pour cela qu’une consultation de prévention en
service de néonatalité, avec la concertation des
différents intervenants, s’impose telle qu’elle est décrite ici. MOTS-CLES prévention, maltraitance, étayage thérapeutique, répétition, transmission ,intervention précoce. |
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Nous savons que les parents maltraitants
ont vécu une carence plus ou moins importante dans la relation initiale avec leur
propre mère (et ou père) et une des conséquences est bien une manifestation de
sensation de danger, comme si le parent au fond de lui même se sentait menacé
dans sa propre valeur et dans son identité.
La confiance de base nécessaire à tout individu n’a
jamais été fermement établie et pour un certain nombre de parents, une des
façons de se défaire de cette menace intérieure est de faire comme si elle
n’existait pas, en la projetant dehors sur l’enfant ou en mettant en place des
conduites paradoxales qui feront que les besoins et les demandes d’un enfant ne
seront pas perçus comme une demande de soins mais comme une source de danger.
C’est comme
si le parent ne se sentait pas la capacité de répondre à l’enfant car son
identité et sa propre valeur sont en permanence remises en cause. Il se défend
donc par l’agression ou par la fuite, cliniquement on verra alors des sévices
ou de la négligence.
Un autre élément entre en ligne de compte car nous
pouvons constater dès la naissance qu’il y a des circonstances incontrôlables
et par exemple les besoins d’un enfant prématuré ou présentant une maladie ou
un handicap repéré à la naissance ne se compare pas à ceux d’un enfant né à
terme et sans pathologie particulière.
La pression
qui s’exerce alors sur le parent est difficile à soutenir, le parent
susceptible de violences est au départ
plus vulnérable, il aura plus de mal à faire face aux sources de tension et le
climat familial et social dans lesquels vivent les parents auront également une
influence importante. Dans ces conditions, nous savons qu’une situation de
crise peut déclencher une perte de contrôle.
Une
situation chronique peut elle aussi aboutir à de la maltraitance, elle peut
favoriser une forme de négligence et les parents n’ayant même plus assez d’énergie
pour eux mêmes pour les problèmes qui les entourent se mettent à ignorer et à
ne plus pouvoir répondre aux demandes manifestes d’un enfant.
Dans un certain nombre de cas, les risques de
violences ou de négligences sont prévisibles. Ils doivent pouvoir être
identifiés très tôt par le médecin dans les consultations prénatales, par les
sages femmes, par tous les professionnels de la néonatalité.
D’autres
éléments doivent être considérés comme des situations de vulnérabilité qui sont
alors en rapport avec l’environnement social et familial. Lorsque la mère et le
père sont très jeunes, lorsque le parent
a déjà fait l’objet de mesures de protections sociales ou présente une
pathologie psychosociale, lorsqu’il y a des antécédents judiciaires et lorsque
des situations de négligence et d’abus ont été vécus et sont alors connus par
un des parents durant sa propre enfance, lorsqu’il y a une maladie chronique ou
une invalidité ou des troubles mentaux chez un des conjoints, lorsqu’il y a
bien sûr des problèmes financiers ou socioculturels et que l’entente du couple
est précaire. A cela peut s’ajouter un isolement social extrême.
Toutes ces situations évoquées, prises isolément
ne sont pas des facteurs de prévision absolue, mais leur association éventuelle
s’ajoute au stress de la vie quotidienne et peuvent favoriser la perte de
contrôle.
Actuellement, nous savons qu’un enfant est doté de
compétences qui le rendent dès sa naissance présent au monde et doué de
capacités, il est sujet actif et non objet subissant les soins ; si
l’absence de ceux-ci peut provoquer rapidement un décès, la mauvaise qualité,
les perturbations interactives entraînent alors des distorsions de la
personnalité.
A chaque fois qu’un enfant devient objet et non
pas sujet en devenir, et que ses besoins ne sont pas pris en compte, que ses
désirs ne sont pas reconnus ou reçoivent des réponses discordantes ou
paradoxales, sa santé psychique et physique sont en danger.
S’intéresser à la vie psychique du nourrisson et à
la psychopathologie de l’enfant maltraité, c’est en fait penser à sa prise en
charge mais aussi à celle du parent potentiellement maltraitant, mais aussi
prendre pied dans le champ de la transmission car des enfants maltraités
peuvent développer des troubles de la parentalité.
Comme nous l’ont montré les travaux de Didier
ANZIEU, c’est dans la toute première relation que le nourrisson par un
processus psychique bien particulier « le moi peau » retient ce
qui est protecteur et source de plaisir et initie les échanges grâce aux
compétences de l’enfant et du parent.
Ces premières relations ou la mère a un rôle de
pare excitation, et d’investissement du corps tout entier va permettre la
constitution de l’équilibre somatique et mental de l’enfant ;ainsi que tout le travail d’individuation et de
différenciation.
Le parent et le plus souvent la mère est le plus
souvent calmant pour protéger son enfant d’un trop de tension
,ou au contraire elle favorise son éveil mais elle peut aussi créer une
surexcitation :elle doit donc trouver un équilibre sans mettre en place de
protection anxieuse.
En cas de dysfonctionnement le corps de l’enfant
maltraité va exprimer sa souffrance, sa douleur mais aussi se manifester en
terme d’angoisse et de conflits intra-psychiques ;on verra alors des signes de dépression, des troubles du
sommeil ,des manifestations fonctionnelles et psychosomatiques comme les
retards de croissance psychogènes, et les troubles alimentaires.
Lorsqu’un enfant est maltraité dès les premiers
mois de la vie ses réactions s’organisent en fonction des sévices et des
carences et s’adapte, se protège en élevant son seuil de sensibilité
,puis si la douleur et les manques sont trop intenses il réagit par des
pleurs et des cris qui peuvent faire redoubler la violence .
Il peut aussi se mettre dans une position de repli
psychotique ou dans un état dépressif sévère :il
se protège alors du monde extérieur par une attitude de sidération ;il est
en danger sur le plan psychique.
Ce qui devient paradoxal c’est que l’enfant
violenté crée un lien entre ses besoins et les carences ou les sévices ,il intègre la violence comme mode relationnel qui
lui permet de réguler ses tensions internes ou de les placer à l’extérieur de
lui même en provoquant de la douleur ;il peut aussi provoquer pour trouver
son équilibre comme dans un début de relation de dépendance avec un parent
maltraitant.
Il va de fait au devant de la violence et justifie
ainsi le comportement du parent qui se sent menacé dans son identité surtout
s’il a été un enfant maltraité ou si celui ci ne correspond pas aux attentes
produites par l’enfant imaginaire ou fantasmatique.
Les évocations cliniques précédentes nous permettent de voir qu’il est
possible de dépister de manière précoce des perturbations relationnelles qui
pourront se mettre en place après la naissance. Devenir père ou mère et exercer
pleinement son rôle de parent constitue pour tout adulte un travail complexe.
L’idéologie des
instincts parentaux est en recul mais il
persiste encore l’idée que si on a mis un enfant au monde on l’aime et
on est capable de l’élever. D’ailleurs parler d’instinct serait dire alors
qu’il y a quelque chose d’inné, or nous savons bien que l’instinct maternel se
manifeste et se développe si un certain nombre d’éléments sont présents, tant
du côté du parent que de l’enfant.
Un autre élément nous fait penser qu’il est
nécessaire de développer une prévention précoce avant la naissance car nous
connaissons bien également les processus de transmission ou de répétition ou
d’influence transgénérationnels qui risquent de se
produire si un parent qui a lui même été maltraité n’a pas réussi à élaborer
autour de la violence qu’il a subie.
Il semble
donc qu’il faut mettre en place des espaces de repérage qui permettent de
situer des situations de vulnérabilité et de danger et il faut alors utiliser
toutes les consultations prénatales intervenant dès la grossesse en permettant
une écoute sur l’état psychique de ces mères et de ces pères, voire en mettant
en place les modes d’intervention de soutien psychologique à domicile, car il
nous a été permis de vérifier que la pratique des visites à domicile chez des
femmes appartenant à des populations présentant des difficultés psychosociales
permettent de faire que s’établisse un lien au cours de la grossesse.
Le travail
entrepris pourra se poursuivre ensuite sur un mode plus psychothérapique. Ce
type d’interventions à domicile semble particulièrement utile dans les familles
à problèmes multiples, démunies sur le plan social, où les mères s’expriment
plus facilement que dans des situations de consultations. Ces familles sont
d’ailleurs le plus souvent inaccessibles dans la mesure où elles ne se rendent
pas aux rendez-vous proposés dans les centres de consultations. Ces familles
sont souvent dissociées, il n’existe pas de figures paternelles stables, les
ressources matérielles sont également précaires.
A
côté des équipes déjà en place qui interviennent à domicile, - travailleurs
sociaux, assistantes sociales, puéricultrices,
éducatrices -, nous pensons qu’une autre forme d’interventions pour une
prévention précoce des risques de maltraitance doit être mise en place comme
cela se fait dans un certain nombre de secteurs. Nous savons par exemple que
chez certains malades mentaux, la grossesse ne signifie en aucun cas être et
devenir parent.
La
naissance d’enfants n’est absolument pas comprise comme un début de parentalité, il peut y avoir un intérêt pathologique à une
grossesse. Dans cette optique, il faut former les personnels à avoir des
entretiens systématiques, développer le travail en réseau avec les services de
PMI, de gynécologie, d’obstétrique et de psychiatrie, aller au-delà de la
simple information pour repérer les troubles de l’investissement, les troubles
de l’identification à l’image maternelle en raison d’une histoire douloureuse
où la mère agira avec un autre enfant et pas le sien, celui là sera menaçant et
éventuellement source de déplaisir.
La vraie
prévention consiste alors à mettre à jour le désir vrai d’être mère et d’être
père, de prendre en compte la souffrance psychique des parents, de repérer les
épisodes traumatiques de l’enfance non résolus. Nous rappelons que dans les
centres d’hébergement où les femmes sont censées être accueillies en raison des
situations de violences, elles évoquent souvent pour la première fois des
antécédents traumatiques d’agressions physiques, psychiques ou sexuelles et que
c’est le risque de répétitions qui les empêche d’assurer leur rôle
parental ;car le grossesse est une « crise passagère psycho-biologique » ou les remaniements en cause se
font en fonction du désir d’enfant élaboré depuis la période infantile de la
mère :en cas de difficulté la maternalité
devient alors une période de risque car
il y a télescopage avec une histoire
douloureuse ,voire traumatique .
Nous pensons qu’il faut établir des liens ,comme
un étayage pré-thérapeutique avant la naissance car tout le travail actuel
d’information et toutes les campagnes mises en place pour l’aide à la révélation
ne peuvent prévenir tous les phénomènes de répétition qui relèvent de
fonctionnements psychiques particuliers.
Une vraie prévention nécessite une concertation
avec les intervenants avant la naissance pour affiner le pronostic de maternalité de la période postnatale avec la mise en place
d’un cadre thérapeutique contractuel, puis dès la naissance il y une nécessité
de consultation psychologique dans les services de maternité et de néonatologie
avec une observation des perturbations des investissements ,des interactions
défaillantes avec les parents mais aussi avec les soignants référents avec des
protocoles établis et les travaux de la psychopathologie du nourrisson
permettent cette orientation clinique : encore faut-il que le champ
psychique soit pleinement reconnu dans le domaine de la petite enfance.
Bibliograhie :
ANZIEU ,D.(1985).Le Moi peau_Paris :Dunod.
ANZIEU ,D.(1987).Les Enveloppes psychiques-Paris ;Dunod.
AGOSTINI,D.(1987).L’Enfant,les érinnyes,les méduses-Chier du CTNERHI n°40.
FERENCZI,S.(1982).Confusion
des langues entre les adultes et les enfants.In Psychanalyse,T.4
-Paris :Payot.
LEBOVICI,S.(1983).Le
Nourrisson ,la Mère,et le Psychanalyste.Les interactions précoces.-Paris :Paîdos/Le Centurion-PUF.
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