Mots-clés
Victimisation ; droits des femmes ; maltraitées ; violence domestique
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’étude sur la victimisation de la femme proposé par les récents courants criminologiques, nous a obligé à réfléchir et à reconsidérer les réussites obtenues en faveur de la femme.
En établissant les différents types de victimes qui existent, la victimologie exalte le phénomène de la violence contre la femme. Elle légitime ainsi cette violence en faisant de la femme une présumée coupable des délits et des conduites perpétrés contre elle. Au Mexique, cette supposition ne fait aucun doute puisque la grande majorité des mères (et en moindre proportion, les pères) incite l’homme à être servi par la femme. En effet, la supériorité de l’homme a tendance à être surestimée, ce qui l’amène à croire qu’il serait le seul à pouvoir faire bouillir la marmite.
La violence domestique à l’encontre des femmes mexicaines, tout comme ailleurs, est protégée par elles-mêmes, par la famille, par les autorités… L’égalité de genre comme on l’a péniblement dénommée, est loin d’être une réalité. Nous vivons sous la coupe d’une société patriarcale, qui continue à léguer ses attitudes, et des sentiments de possession, et de virilité.
Des centaines de femmes mexicaines ont appris à distinguer la violence de genre, sans la considérer comme une expérience vécue ou comme une notion commune. C'est-à -dire qu’aussitôt après avoir pris connaissance de leurs droits, elles ont osé dénoncer. Mais beaucoup d’autres demeurent sous le joug du machisme, les mains liées, et entièrement dépendantes de « leur homme », supportant et acceptant les coups et les cris quotidiens.
A l’origine, la vision qui définit la prédominance de l’autorité masculine parmi les premiers habitants du Mexique, est due à l’agriculture, à l’activité même de semer et de récolter le maïs comme aliment primordial. L’homme travaillait en tant qu’agriculteur et une fois qu’il obtenait le maïs, il le donnait à la femme pour qu’elle fasse à manger. La femme dépendait de l’homme pour se nourrir. L’homme partait à la chasse, récoltait et semait tandis que la femme restait à la maison et s’adonnait aux tâches domestiques. Cette coutume s’est transmise et la femme a gaspillé ses qualités et son intelligence pour se consacrer au foyer et au soin des enfants. Soutien de la famille traditionnelle mexicaine, c’est d’ailleurs elle qui inculquait les principes moraux. Nous remarquerons alors une donnée curieuse: en vertu des chiffres relevés lors des recensements, il apparaît que l’homme est le seul à réaliser une activité productive, pourvu qu’il travaille à l’extérieur. Par contre, quand on se réfère aux activités de la femme, l’expression « travaux du foyer » semble se réduire aux tâches domestiques et la femme apparaît alors comme ne faisant rien. Or il se trouve qu’indépendamment de toutes les activités qu’elle réalise à la maison (laver, repasser, cuisiner, nettoyer, etc.), elle cherche une activité rémunérée, elle s’occupe des enfants, elle administre les dépenses de la maison ou vend des produits par catalogue, pour ne pas tout citer.
La relation de la femme mexicaine avec l’homme s’est établie à travers une constante: « le machisme ». Là où on entend encore résonner ce mot, son emploi provoque-t-il sans doute la  moquerie , le sarcasme ou la suprématie. Et même s’il est latent ou nuancé sous prétexte d’une soit disant garantie d’égalité, la réalité montre que la femme mexicaine continue à être victime d’un principe traditionaliste: la violence conjugale (une femme battue, soumise et dépendante, incapable de prendre ses propres décisions).
La tradition méso-américaine est à l’origine d’une description du rabaissement de la femme mexicaine. Voici quelques paires opposées complémentaires: mâle-femelle, chaud-froid, en-haut - en-bas, ciel-enfer, force-faiblesse, obscurité-lumière, jour-nuit, sexualité-gloire, vie-mort, mineur-majeur, fétidité-parfum.
Chez les Nahuas[1], la femme se distinguait par son charisme, il y avait même des princesses ou des femmes qui gouvernaient, des poétesses, des artistes-femmes, et certaines n’hésitaient pas à prendre les armes. Les mères éduquaient leurs filles et leur montraient comment moudre, tisser, balayer, filer la laine. Mais il est vrai que beaucoup de femmes mexicaines ont eu l’audace de lutter pour triompher et sont devenues célèbres grâce à leur prouesse.
L’accès à l’éducation représentait un abîme, et de toute façon, les parents l’interdisaient car au bout du compte, la femme allait se marier et pour cela, il suffisait qu’elle sache bien cuisiner et qu’elle supporte les mauvais traitements.
La vague féministe des années 60 est parvenue à s’introduire de façon vertigineuse au Mexique et elle a fait émerger la reconnaissance des Droits civil, politique, culturel et le droit du travail. C’est le décret de l’Assemblée, du 27 décembre 1974, qui l’établit dans son article 4, en instituant le précepte selon lequel: « l’homme et la femme sont égaux devant la loi ». Ce décret est en vigueur, bien que ce ne soit qu’en théorie.
Le 2 septembre 1952, Adolfo Ruiz Cortines qui venait d’être élu Président de la République Mexicaine la veille, envoie une initiative de réforme aux articles 34 et 115 de la Constitution, initiative qui sera approuvée par le Pouvoir Législatif et publiée le 17 octobre 1953 . Elle accorda le droit de vote à la femme et lui permit d’accéder à un poste publique, tandis qu’elle continuait à être privée de la qualité de citoyenne.
En ce qui concerne les droits du travail, la loi Fédérale du Travail est consistante: personne ne peut nier que la femme bénéficie de prestations, de journées de travail considérables, d’un salaire, de vacances, et même d’un honorable poste publique. Le problème réside dans l’égalité des chances. En général, pour accéder à un poste publique (gérance, direction, etc.), la femme est limitée par le simple fait de sur valoriser la capacité de l’homme. Elle doit passer un certain nombre d’épreuves, comme sortir avec la personne chargée de son embauche. Le cas le plus fameux est celui des usines, dans lesquelles une centaine de mères célibataires cherchent à gagner leur vie. La plupart du temps, ce sont des hommes qui se trouvent à la charge des usines et bien souvent ils exigent des heures supplémentaires à leurs employées dans l’intention de les harceler ou même de les violer. Et si la femme ose refuser, elle perd son travail… Qui peut supporter de travailler en étant harcelée sexuellement?
En fait, la problématique se situe autour de la rubrique « harcèlement sexuel » qui n’existe pas dans tous les états du Mexique. Que peut faire la femme face à des lois, faites « à la mexicaine »?...supporter, travailler, et conserver son emploi pour subsister.
Un autre problème auquel nous nous confrontons, ce n’est pas l’ignorance des autorités, car les autorités le savent. Pour pouvoir appréhender une personne, il faut d’abord qu’il y ait une plainte, et pour constituer un dossier, Le Code Pénal doit stipuler le type pénal correspondant. Or il se trouve que parmi les 32 États qui constituent le Mexique, seuls quelques uns établissent le type pénal de « violence intra familiale ». Il comprend l’acte ou l’omission, unique ou répétitive, qui se définit comme un mauvais traitement psychologique, sexuel, un abandon, etc. Que se passe-t-il dans les états où cette norme n’existe pas? Dans la plupart des cas, les autorités intègrent la conduite de l’agresseur dans un autre type pénal tel que menaces, lésions, abandon, viol. C'est-à -dire qu’elles justifient que ce délit n’existe pas dans le Code Pénal. Avec ceci, le Ministère Publique demande à la femme « où vous a-t-il frappé? ». Si le coup est visible ou exagéré, on s’occupera d’elle. Mais si les coups ne se voient pas à première vue, la plainte correspondante n’est pas considérée, et l’agresseur peut récidiver. La femme, elle, par crainte et par désespoir face à cette inertie, se résigne à son sort
La première enquête nationale sur la violence familiale, réalisée en avril 2003, par le Ministère de la Santé au sein des dispensaires et des hôpitaux, a révélé qu’au Mexique, une femme sur trois est victime de violence intra familiale.
Dans le District Fédéral, capitale du Mexique, selon certains chiffres, on estime que seulement 100 femmes sont signalées par jour. Cependant, le triste chiffre est malheureusement bien supérieur. La difficulté à dénoncer est un problème bien encré dans la culture mexicaine. La femme s’inquiète davantage pour ses enfants et pour que le père subvienne à leurs besoins.
En général, les femmes qui prétendent fuir leurs problèmes (partenaire violent) se retrouvent sans foyer où se réfugier. Leur crainte: où aller si elle dénonce et partent du seul endroit qu’elles ont pour vivre? Où se réfugieront-elles? Pour l’homme, la femme doit être dévouée corps et âme, à son service, sans se plaindre. Par tradition, le Mexicain tient les propos suivants si la femme se rebelle: « si je me suis marié avec toi, c’est pour que tu me serves », « Le ménage, c’est une affaire de gonzesses, c’est pas pour les hommes », « Il n’y a que les gonzesses qui pleurnichent ».
Quant à la violence sexuelle, le cas des plus de 300 assassinats de femmes à « Ciudad Juárez » (État de Chihuahua), a mis au jour le manque d’efficacité dans l’application de la justice. Est-il vraisemblable qu’à ce jour, les autorités ne soient toujours pas capables de découvrir et de punir les responsables?
Le juriste Jorge Alberto González Galván relate, dans son œuvre « Les systèmes juridiques des indiens de Nayarit », le cas d’une fillette « huichola »[2] de dix ans qui a déclaré avoir été violée par son beau-père. Voici ce qu’a déclaré la mère de la mineure:
« Je suis la mère de la mineure (x) de 10 ans qui vit à mon domicile que j’ai indiqué dans mes cordonnées. Son père, c’est (z) avec qui j’ai vécu il y a environ 13 ans, mais je ne suis restée que 2 ans avec lui. Ça fait 7 ans que j’ai commencé à vivre avec (y) , et j’ai quatre jeunes enfants de lui. On dit qu’il a violé ma fille (x). Ce n’est pas vrai, et même si ça l’était, je lui pardonne car chez nous les « huicholes », c’est normal puisque les pères vivent avec leurs enfants. En plus, s’ils mettent en prison (y), qui va entretenir mes enfants? On n’a même pas l’argent pour acheter du maïs!»
           Partant du principe que le féminisme est une doctrine sociale avec une tendance à équilibrer les droits tant des hommes que des femmes, et considérant la gravité de ce phénomène dont souffrent des milliers de familles mexicaines, la création du nouveau type pénal de violence de genre ou la réforme de l’actuelle législation ne suffirait pas pour diminuer la fréquence des conduites que l’homme projette sur la femme. Il est indispensable d’inculquer et de créer d’abord une culture de l’équité, d’égalité des chances chez le mexicain, et non de servilité. On doit cesser de voir les femmes comme des servantes, des objets sexuels ou des objets de publicité. Et pour reprendre un article intitulé « Le féminisme contemporain chez les indiens », d’Elena Poniatowska, où elle nous présente un panorama de la place de la fillette indigène, vécu par Rosario Castellanos. On peut observer comment les fils des patrons possédaient leur créature (indigène) de leur âge pour s’amuser, comme s’il s’agissait d’un jouet, d’un objet. Est-ce donc la représentation que les hommes se font de nous ?Â
Il y a un an, j’ai eu la chance de connaître une fillette, mais malheureusement en de mauvaises circonstances. Elle s’était échappée de chez elle parce qu’elle ne supportait plus d’y vivre. Elle s’appelle MarÃa et n’a que cinq ans. Elle vivait avec sa sÅ“ur et le compagnon de celle-ci. Elle me racontait que quand tous les deux rentraient du travail et que, par malheur, elle n’avait pas fini de balayer, de faire les lits, de laver la vaisselle, de passer la serpillière et d’acheter les « tortillas », son beau-frère la pendait par le pieds sous un arbre et au dessus d’un feu pour griller le piment. Il l’obligeait ainsi à respirer l’odeur et les vapeurs du piment pour ne pas qu’elle recommence. Bien sûr, la mineure ne comportait ni lésions ni traces sur le corps, juste dans son esprit. Je me souviens que le Ministère Publique a refusé de recevoir la plainte car il n’y avait aucune trace matérielle… Et qu’advenait-il du dommage moral de MarÃa? Voici un cas parmi des millions de fillettes, de jeunes filles, d’adultes ou de grands-mères qui souffrent jour après jour de cette discrimination au Mexique.
Existe-il une mobilisation de la part des femmes, un cri que personne n’écoute, une résistance des autorités? UNE RÉVOLUTION?
           Les femmes indiennes qui appartiennent à la « EZLN » (Armée Zapatiste de Libération Nationale) ont été les premières à prendre les armes et chacune dans sa propre langue (chol, tzeltal, tzoltzil, tojobal, mam, zoque et castilla) a exigé une reconnaissance: « nous ne voulons pas être obligée de nous marier avec quelqu’un que nous n’aimons pas. Nous souhaitons avoir les enfants que nous aimerons et dont nous pourrons nous occuper. Nous voulons avoir le droit d’occuper un poste dans la communauté. Nous exigeons le droit à la parole et que celle-ci soit respectée. Nous voulons avoir le droit d’étudier et même d’être chauffeurs ».
En effet, dans la « Loi Révolutionnaire des Femmes » , on retrouve les points suivants: 1.Contributions des Indiennes au féminisme. 2. Droit à participer à la lutte révolutionnaire. Travailler et recevoir un salaire juste. L’aspect le plus profond que notifie et englobe notre analyse, c’est qu’ « aucune femme ne pourra être battue ou maltraitée physiquement ni par des membres de sa famille ni par des étrangers à la famille. Le viol et la tentative de viol seront sévèrement punis ».
La psychologie de la femme mexicaine est réduite à celle d’une femme servile, dépendante, trompée, fatiguée, troublée, avec de nombreux problèmes de santé et de comportement: UNE VICTIME DE PLUS. Mais de qui?
FEMME: Qui te consolera dans ces moments-là ? Qui te comprendra ? Que feras-tu ? Combien de temps tiendras-tu encore ?
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[1] Communauté ethnique la plus étendue au Mexique. On la retrouve dans les états de San Luis PotosÃ, Querétaro, Guanajuato, Hidalgo, Distrito Federal, Estado de México, Michoacán, Puebla, Veracruz y Guerrero.
[2] Communauté ethnique qui se situe au nord de l’état de Jalisco, dans les municipalités de Mezquitic et Bolaños et à l’est de l’état de Nayarit. Un petit nombre d’entre eux vit au sud des états de Durango et Zacatecas.





