* article également paru dans "L'aide aux victimes : 20 ans après", sous la direction de Robert Cario, Editions L'Harmattan, Octobre 2002.
Auteur
Directrice de l’association Plaidoyer-Victimes,Québec, CanadaSite Internet d’AQPV : http://www.aqpv.ca
Résumé
Au début des années 1980, les services d'aide aux victimes sont embryonnaires au Québec et au Canada. Les ressources pour les femmes victimes de violence se comptent alors sur les doigts de la main. Leur survie est précaire. L'expertise commence à peine à se développer dans les organismes de protection de l'enfance. Quant au reste, tout est à faire. C'est à cet immense travail que Micheline Baril va se consacrer pendant plus d’une décennie.
Mots-clés
Criminologue ; Baril ; Action
Tracer la route
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u début des années 1980, les services d'aide aux victimes sont embryonnaires au Québec et au Canada. Les ressources pour les femmes victimes de violence se comptent alors sur les doigts de la main. Leur survie est précaire. L'expertise commence à peine à se développer dans les organismes de protection de l'enfance. Quant au reste, tout est à faire. C'est à cet immense travail que Micheline Baril va se consacrer pendant plus d’une décennie.
Elle est de ceux et celles qui croient qu'il faut tracer la route, montrer le chemin à suivre. Audacieuse, elle se lance dans l'action même si toutes les conditions ne sont pas en place. Habile stratège, elle réunit autour d'elle une poignée d'intervenants et les convainc de travailler à ses côtés. En 1984, elle obtient un financement pour mettre sur pied le premier centre d'aide aux victimes d'actes criminels (Centre AVI). Elle en supervise les activités, en fait la promotion. J’ai fait mes premières armes dans le domaine de la victimologie en acceptant de coordonner cet organisme. Il fallait sortir des sentiers battus, investir un secteur où les connaissances et l’exper-tise sur le terrain étaient peu développées, où le soutien financier était précaire sinon quasi absent. À la même époque, elle soutient le développement d'autres programmes et initiatives qui s'implantent au Québec. Pionnière, figure de proue, elle contribue ainsi à jeter les bases du réseau québécois de services d'aide aux victimes d’actes criminels.
Miser sur la concertation
Elle était profondément convaincue que l’on ne pouvait changer le sort des victimes s’il n’y avait pas un effort collectif de tous les acteurs concernés. Dans sa vision des choses, le travail en partenariat ou le « réseautage » était l’élément moteur de tous ces changements dont elle rêvait. Toute sa vie, elle a misé sur la collaboration, la solidarité voire la complicité avec de nombreux partenaires tout autant dans le cadre de ses recherches que dans les actions qu’elle a menées sur le terrain. En créant l’Association québécoise Plaidoyer-Victimes en 1984, Micheline Baril a rallié autour d’elle plusieurs personnes qui ont su non seulement partager ses idéaux mais aussi les actualiser. Aujourd’hui, cet organisme représente un réseau de concertation qui regroupe plus de deux cents membres œuvrant dans le champ de l’assistance aux victimes, dans le système de justice pénale, dans le secteur de la santé et des services sociaux, dans les organismes communautaires ou le milieu de l’enseigne-ment et de la recherche. L’Association québécoise Plaidoyer-Victimes fait partie de cet immense héritage qu’elle nous a laissé.
Donner la parole aux victimes
Micheline Baril était une femme effacée, plutôt timide. Derrière ces apparences, l'on découvrait une personne déterminée et animée d'une grande passion. Elle est allée à la rencontre des victimes, s'ouvrant à ce qu'elles vivaient et ressentaient. L'Envers du crime (1984) et plusieurs de ses recherches traduisent ce désir d'établir un dialogue, de comprendre leur expérience intime. Cette rencontre avec l'autre a eu une influence déterminante sur son engagement ultérieur dans le domaine de la victimologie.
Porte-parole infatigable des victimes, elle veut faire reconnaître leurs droits là où ils sont lésés, ignorés ou banalisés. En tant que porte-parole de l’Association québécoise Plaidoyer-Victimes, elle est sur tous les fronts, sur toutes les tribunes. Bonne communicatrice, elle se sert de sa collaboration avec les médias pour entreprendre un important travail d’éducation et de sensibilisation auprès du public. Ne réagissant jamais sous le mode de la colère ou de la vindicte, elle sait trouver les mots qui touchent et plaider en faveur de ceux et celles qu’elle entend défendre.
Pour Micheline Baril, être au service des victimes, cela veut dire aussi rappeler leurs besoins auprès de ceux qui ont le pouvoir d’élaborer des politiques, de modifier des lois, d’infléchir les pratiques sur le terrain. À travers moult mémoires et comités de travail, elle réclame des changements au Code criminel, l'allocation de ressources pour mettre en place des mesures visant à protéger les victimes, à leur permettre d'être mieux accueillies, informées, entendues et respectées.
Allier la recherche et l’action
Sans relâche, Micheline Baril fait valoir que les victimes doivent toutes jouir de droits sociaux et juridiques. L’humanisation du système de justice pénale fut l'un de ses principaux cheval de bataille.
Sa recherche Mais nous les témoins... Une étude exploratoire des besoins des témoins au Palais de justice de Montréal (1984) en est un bon exemple. Elle y met en lumière l’insatisfaction des victimes et des témoins lorsqu'ils relatent leur expérience devant les tribunaux. Colère, déception, frustration, sentiment d'avoir été utilisés et traités comme des pions dans un univers obscur, élitiste, où ils ne sont que des objets aux fins de la justice : ses répondants font entendre une longue liste de récriminations. Portrait sombre et peu reluisant d'un système indifférent à leurs demandes et qui ne fait qu'alourdir leurs souffrances, cette recherche est l'une des premières à documenter le phénomène de la victimisation secondaire.
L'analyse ou le regard du chercheur ne lui suffisent pas. Elle se sent partie prenante des changements qu'elle revendique. Elle doit mettre l'épaule à la roue. En 1987, elle crée le premier service d'aide et d'accueil aux victimes et aux témoins au Palais de justice de Montréal et elle implante la Déclaration de la victime au tribunal dans le district judiciaire de Montréal laquelle permet aux victimes d'être entendues avant le prononcé de la sentence sur les conséquences du crime. Cette nouvelle disposition du Code criminel provoque des remous et des résistances dans un système où, depuis toujours, l'on avait tenu les victimes à distance. Où l'on jugeait que le procès pénal n’était pas le lieu pour étaler leurs souffrances et leurs déboires.
Publiées en 1990, La déclaration de la victime au tribunal (1990) et La pratique de négociation de plaidoyer de culpabilité au Palais de justice de Montréal témoignent également de sa capacité à décortiquer les rouages de la justice et à refléter les difficultés auxquelles les victimes sont confrontées. Fine observatrice, elle se montre attentive aux besoins particuliers des personnes plus vulnérables, celles qui risquent de se faire broyer davantage. Elle sait tirer profit de ses travaux de recherche pour questionner et, ultérieurement, influencer les pratiques et les politiques à l’endroit des victimes.
Elle s'intéresse aussi à l'amélioration du régime d'indemnisation pour les victimes. En 1983, elle publie une recherche sur le sujet, L'indemnisation : des victimes d'actes criminels : une évaluation de l’IVAC. Avec beaucoup d'acuité, elle en cible les lacunes : le manque d’information, l’insuffisance des ressources en réadaptation, le traitement impersonnel et bureaucratique des demandes, les définitions étroites de la notion de victime et des préjudices indemnisables. Rien n'échappe à son analyse. Ses recommandations ont permis d’améliorer certaines pratiques notamment au plan de l’accueil et de l’information que reçoivent les victimes lorsqu’ils s’adressent à l’IVAC. Malheureusement, presque vingt-ans plus tard, bon nombre de ses propositions sont restées lettre morte car la réforme du régime québécois d'indemnisation se fait toujours attendre.
L’Envers du crime (1984) reste sans doute l’œuvre la mieux connue de Micheline Baril. Il importe pourtant de rappeler qu’elle a contribué à la publication de nombreux rapports de recherche et arcticles dans des revues scientifiques de 1973 à 1992. Violence sexuelle ou conjugale, vol qualifié, abus à l’endroit des personnes âgées : elle s’est intéressée à de nombreuses facettes de la victimisation criminelle particulièrement sous l’angle de leurs conséquences, de la réponse des institutions sociales et judiciaires. Chercheure prolifique, elle a approfondi l’étude de la conduite criminelle à la lumière de celle de la victime et, ce faisant, elle a apporté un éclairage original sur le phénomène de la criminalité et du contrôle social.
Adapter le droit pénal à la réalité des victimes
Micheline Baril souhaitait que le droit pénal soit adapté à la réalité contemporaine. Elle n'a cessé de travailler à la mise en oeuvre d’une justice plus humaine, capable de prendre en compte tout autant les intérêts des victimes que ceux des contrevenants. Plusieurs des propositions qu'elle a vigoureusement défendues ont été introduites dans le cadre de nos réformes législatives à la fin des années 1980.
Le Code criminel canadien s'est considérablement modifié afin de prendre en compte les besoins des victimes. Des mesures comme le huis clos, l'ordonnance de non publication dans les médias, le recours à l'écran ou au télétémoignage ont permis de mieux protéger les victimes plus vulnérables en raison du type de délit, de leur lien avec l'agresseur, de leur âge ou de leur condition mentale ou physique. En 1983, le législateur introduisait des changements majeurs afin d'humaniser le traitement des victimes d'agression sexuelle et afin de les encourager à dénoncer ce type de violence. On voulait également mettre fin aux pratiques abusives lors du contre-interrogatoire des victimes, reconnaître la notion de viol de la part du conjoint ou de l'époux, redéfinir la notion de consentement. En 1990, un jugement de la Cour Suprême du Canada prenait en compte la perspective particulière des femmes violentées par leur conjoint et reconnaissait le syndrome de la femme battue dans une cause d'homicide. Toutes ces modifications législatives ont fait l'objet d'âpres et longues discussions. Elles venaient secouer une longue tradition dans nos façons de concevoir et d'exercer la justice lorsque la violence envers les femmes était soumise au regard de la loi.
Micheline Baril rêvait aussi d'une justice qui ne fonctionnerait plus en marge du citoyen à qui, disait-elle, il fallait donner les moyens de participer ou, du moins, de comprendre. Certains de ses efforts ont porté fruit. Depuis 1995, le programme INFOVAC financé par le ministère de la Justice du Québec donne accès aux victimes et aux témoins à des renseignements sur l’ensemble des procédures pénales. Au stade de l'exécution de la peine, les préoccupations des victimes ont pendant longtemps été reléguées dans l'ombre. On agissait comme si la gestion de la sentence et la mise en liberté sous condition ne les concernaient pas. Leur droit de savoir, de faire valoir leurs points de vue, d'être entendues étaient complètement occultés. En 1992, reconnaissant qu’il fallait prendre des mesures pour répondre aux aspirations légitimes et raisonnables des victimes, le législateur canadien amendait la Loi sur les services correctionnels et la mise en liberté sous condition. Les victimes peuvent maintenant recevoir des informations sur les programmes de mise en liberté des détenus condamnés à des sentences de plus de deux ans et connaître les décisions des instances correctionnelles. Elles ont également la possibilité d’assister aux audiences et de faire des représentations afin de s’exprimer sur les conséquences de la victimisation et sur leurs craintes face à la libération éventuelle du contrevenant. Un virage important !
Répondre aux besoins des victimes
Micheline Baril revendiquait que les victimes, quelles que soient leurs conditions, puissent avoir accès à des programmes pouvant leur venir en aide. Par ses multiples interventions, elle est certes l’une des personnes qui a le plus encouragé le gouvernement québécois à se doter d'une véritable politique d'aide aux victimes.
En 1988, l’adoption de la Loi sur l'aide aux victimes d'actes criminels et la mise en place d’un Bureau d’aide aux victimes d’actes criminels ont permis le développement et la consolidation d’un réseau de services. Actuellement, sur l’ensemble du territoire québécois, quatorze centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) répondent aux demandes des personnes qui subissent les contrecoups de la victimisation criminelle sous toutes ses formes. Ils ont également innové en offrant des programmes spécifiques auprès des victimes de la communauté gaie et lesbienne, des proches des victimes d'homicide, des jeunes en milieu scolaire ou des personnes âgées. Dans plusieurs Palais de justice, les CAVAC ont développé différentes mesures visant à favoriser l'accueil des victimes et des témoins. Ce faisant, ces centres ont concrétisé plusieurs objectifs dont Micheline Baril s’est fait l’ardente promotrice pendant plusieurs années.
Elle a mené bien des combats. En 1985, lors d’une consultation du ministère de la Justice du Québec sur La politique d’intervention en matière de violence conjugale, elle joignait sa voix à d’autres intervenants pour rappeler que les femmes violentées par leur conjoint n’étaient pas prises au sérieux et qu’il était nécessaire d’améliorer les structures d’accueil et d’intervention. Les choses ont quand même changé depuis. Le Québec peut maintenant s’appuyer sur un réseau de près d'une centaine de maisons d’hébergement pour les femmes et les enfants victimes de violence familiale. Chaque année, la Cour municipale et le Palais de justice de Montréal dispensent des services orientés vers l’accompa-gnement sociojudiciaire à plus de 5 000 femmes victimes de violence conjugale. La ligne d’urgence SOS Violence Conjugale a répondu à plus de 25 000 appels seulement au cours de l'année 2000. Depuis le milieu des années 1980, afin d’apporter des solutions complémentaires au problème de la violence au sein de la famille, une vingtaine d'organismes offrent des programmes de thérapie aux conjoints violents.
Au fil du temps, d’autres initiatives ont pris forme. Une trentaine de centres accueillent les femmes victimes d’agression sexuelle. Des procureurs ont été spécialement formés et assignés pour traiter les dossiers de violence conjugale et d’agression sexuelle. Dans de nombreux milieux, les pratiques à l’endroit des victimes se sont modifiées. Des efforts importants ont été consentis pour améliorer la formation des intervenants et pour sensibiliser le public aux effets pervers de la violence, de l’abus et de la négligence. Il est sans doute difficile de jauger le chemin qui a été parcouru. Chose certaine, Micheline Baril a eu une influence déterminante dans l’émergence de ces changements.
Partager ses convictions et sa passion
Enfin, on ne saurait passer sous silence l'influence de Micheline Baril en tant que professeure. Au début des années 1980, en introduisant la victimologie à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, elle a reconfiguré la formation de centaines de nos diplômés qui, traditionnellement, s’étaient davantage tournés vers l’auteur du délit. Elle a entraîné dans son sillage de nombreux étudiants qui ont enrichi et poursuivi son œuvre au fil des années. Elle ne travaillait jamais en vase clos mais, au contraire, s’alimentait au contact et en interaction continuelle avec les praticiens sur le terrain.
Elle reste une source d’inspiration tout autant pour ceux qui l’ont connue que pour les nouvelles générations de criminologues. Elle a pavé la voie à ceux et celles qui ont choisi de suivre ses traces et d’investir dans le champ de la victimologie.
Conclusion
En 1986, Micheline Baril s'adressait au ministre de la Justice du Québec en ces termes. « La société québécoise n'est pas indifférente au sort des victimes mais elle réagit de façon échevelée; elle donne trop ou trop peu; elle est active ici et muette là ; son intérêt est sporadique; tantôt elle est généreuse, tantôt réservée ».
Si elle était parmi nous aujourd’hui, quel regard porterait-elle sur l’évolution des législations, des programmes et des pratiques à l’endroit des victimes au Québec et au Canada ? Sans doute jugerait-elle que des pas considérables ont été franchis. Mais, fort à parier, qu’elle poursuivrait son engagement car toutes les luttes sont loin d’être gagnées.
Le système de justice inflige encore de nombreuses blessures à ceux et celles qui y sont confrontés. L’image de la justice ne s’est guère modifiée et l’on ne peut pas dire qu’il inspire davantage confiance. Malgré les progrès, les services offerts aux victimes restent insuffisants. C’est le royaume du bénévolat, du salariat précaire ou insuffisant, royaume investi majoritairement par des femmes. Chez nous comme dans d’autres pays, plusieurs politiques ministérielles en faveur des victimes ont été adoptées. Mais il y a des écarts énormes entre les déclarations d’intention et la façon dont elles se traduisent sur le terrain. Si la formation des intervenants s’est nettement améliorée, elle est encore dispersée, trop en surface. Dans l’exercice de leurs droits, les victimes se buttent à de nombeuses contraintes, voire trop souvent, à une certaine indifférence ou au manque de délicatesse de la part des acteurs sociaux et judiciaires.
Mais je suis convaincue que si Micheline Baril était parmi nous aujourd’hui, elle serait très fière qu’on lui ai dédié cette journée de réflexion, de voir que son œuvre continue à être une source d’inspiration dans un autre espace de la communauté francophone. Je suis certaine aussi qu’elle exprimerait toute sa reconnaissance au professeur Robert Cario. En publiant sa thèse de doctorat et en nous réunissant autour de ce colloque, il a remis en lumière l’importance et l’originalité de sa contribution dans le champ de la victimologie humanitaire.
Références
M. Baril, Laflamme-Cusson S. (1983), L’indemnisation des victimes d’actes criminels : une évaluation de l’IVAC, Collection Victimes d’actes criminels, Section de la recherche et de la statistique, Direction de la planification et de l’élaboration de la politique, Document de travail no. 3, Ottawa, Ministère de la justice, 234 p.
M. Baril (1984), L’envers du crime, Les Cahiers de recherches criminologiques, 2, Centre international de criminologie comparée, Université de Montréal, 413 p.
M. Baril, M.-M. Cousineau, S. Durand, S. Gravel (1984), Mais nous les témoins... Une étude exploratoire des besoins des témoins au Palais de justice de Montréal, Collection Victimes d’actes criminels, Section de la recherche et de la statistique, Direction de la planification et de l’élaboration de la politique, Document de travail no. 10, Ottawa, Ministère de la justice, 227 p.
M. Baril et al. (1985), Mémoire de l’Association québécoise Plaidoyer-Victimes présenté au ministère de la Justice concernant la politique d’intervention en matière de violence conjugale, Association québécoise Plaidoyer-Victimes, Montréal, p. 3-16.
M. Baril, S. Laflamme-Cusson (1990), La déclaration de la victime au Palais de justice de Montréal, Rapport final, Association québécoise Plaidoyer-Victimes, Montréal, 154 p.
M. Baril, S. Gravel (1990), La pratique de négociation de plaidoyer de culpabilité au Palais de justice de Montréal, Centre international de criminologie comparée, Université de Montréal, 154 p.





