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Journal International De Victimologie - International Journal Of Victimology

Lundi
08 Septembre 2008
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Home Archives Par numéro JIDV 11 L'envers du crime : la victimologie

L'envers du crime : la victimologie

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*Paru dans les actes du colloque de THYMA de mai 2002 « Autour de l’œuvre de Micheline BARIL, l’aide aux victimes 20 ans après », sous la direction de Robert CARIO, Octobre 2002, Editions L’Harmattan.

Auteur

Psychologue clinicien, rédacteur en chef du Journal International de Victimologie

 

Mots-clés

Baril ; Victimologie

 

A

vant les années 1980, les victimes étaient assez peu considérées au Québec comme ailleurs. En effet, bien loin était « l’âge d’or » des victimes que décrivait SHAFER en 1977 à propos du système pénal moyenâgeux. Celui-ci laissait une place primordiale à la victime dans la mise en cause de l’infraction aussi bien au plan civil qu’au plan pénal. Avec le système moderne de justice criminelle, la place de la victime s’est peu à peu effacée au profit de celle de l’auteur. En effet, les criminologues redécouvrent la victime dans les années 40, mais ce sont les comportements de celle-ci qui sont étudiés afin de mieux comprendre ce qui déclenche l’acte criminel et la souffrance que la victimation engendre. De même, l’aide aux victimes d’actes criminels dans les années 80 est rare et ne concerne que les femmes et les enfants et cette aide n’est offerte que dans une perspective sociale et non juridique.


         Micheline BARIL est criminologue à l’Ecole de Criminologie de l’université de Montréal en 1976 au moment, où, elle collabore à un rapport interministériel sur l’image de la violence au Québec. Cette étude va l’amener à s’interroger sur la victime, son rapport au système judiciaire ainsi que les attitudes qui découlent de la victimation.


         Pour la première fois, une criminologue va s’intéresser à l’expérience des victimes. Elle a pour objectif de donner un nouvel éclairage à l’étude du crime et sur la réaction sociale au crime en étudiant son « envers », soit la victime. Elle va alors s’interroger sur les différents temps de la victimation, les conséquences de celle-ci, ainsi que la gestion sociale et judiciaire de la victime après infraction. Micheline BARIL va étudier ces différents aspects dans sa thèse de Criminologie en 1984 abordant « l’envers du crime ».


         Dans ce travail, elle va étudier deux aspects. Dans une première partie, elle centrera son étude sur les trois temps de la victimation, soit avant, pendant, après. Ensuite, dans un deuxième temps, elle étudiera la prise en charge de la victime par la société, tant au niveau social que judiciaire. Micheline BARIL sera la première à centrer son étude sur la victime et à étudier la victimation de manière pluridisciplinaire et humaine. Elle apportera dans son œuvre une nouvelle manière de penser le crime, soit non seulement en étudiant les criminels mais également « l’envers du crime », soit les victimes. Elle pense que naturellement que pour mieux comprendre la victime, son vécu du crime,... il faut lui donner la parole. Son étude se centre non pas sur des méthodes statistiques mais sur une recherche empirique menée à l’aide de questionnaires qualitatifs cherchant à comprendre au mieux ce qui définie la victime. C’est par cette méthode empirique qu’elle rendra compte des conséquences réelles que ces infractions ont eu sur la vie de la victime et de ses proches. Elle complètera son étude sur la victimation en établissant une revue de la littérature ainsi qu’une étude des recherches menées sur le sujet. Ce mouvement de l’empirique vers le théorique lui permettra d’avoir une vision globale de la victime. Afin de compéter cette vision, elle va, pour la première fois, tenter d’aborder la victimation de manière pluridisciplinaire.
 
         Micheline BARIL va effectuer cette étude dans un contexte de polémiques et d’émotivité. En effet, les victimologues de la « première victimologie » craignent que ceux de la « deuxième victimologie » ne fassent reculer les droits des criminels. La « seconde victimologie » est représentée à l’époque par les féministes qui tendent à faire reconnaître la victimation des femmes battues. Ce sont les pressions générées par ce mouvement en faveurs des victimes qui apportent les changements et non la recherche en tant que telle.


         Micheline BARIL tentera de faire de la victimologie une science reconnue. Elle ne veut pas inscrire la victimologie comme le pendant de la criminologie, mais comme partie intégrante du phénomène criminel et de la criminalité. Elle constate dans « l’envers du crime » que la place de la victime est accessoire et dévalorisée. Elle cherchera à observer le phénomène criminel au regard de la victime et à comprendre le rôle et le fonctionnement du système de justice pénale à son égard.


         Son étude de la victimation est originale. Elle étudiera par exemple la réaction de la victime vis-à-vis de l’infraction, par exemple: opte-t-elle pour la vengeance ou par la réparation des torts causés ? Aussi, elle tentera également de comprendre dans quelle mesure la société se doit de prendre en considération le désir des victimes. Micheline BARIL abordera également de l’importance de la prise en charge des victimes et, phénomène nouveau, de la victime dîtes « victime par ricochet », tant sur le plan de la recherche que sur le plan d’une politique sociale. C’est la naissance de ce qu’elle définira par « victimologie de l’action ». Elle s’aperçoit, en effet, que les conséquences de l’infraction dépassent la victime elle-même pour toucher également les victimes « secondaires » que sont la famille, les proches,...


         Elle s’attachera également à décrire le « coût » de la victimation qui peut se traduire par des souffrances physiques, psychiques, sociales et affectives en terme de perte de l’intégrité physique et psychique, de déficit financier et de « bris » de la relation sociale. Alors que le mot « victime » se définissait alors par « femme battue », Micheline BARIL a travaillé à définir les différentes catégories de victimes qui vont des proches des victimes d’homicide, en passant par les victimes contre les biens, aux personnes âgées victimes de maltraitance.


         De par cette étude et devant ce constat des conséquences, Micheline BARIL critique la définition traditionnelle de « crime » qui voit en celui-ci une atteinte aux valeurs de la société. (Elle pense qu’il faut axer la définition au regard des séquelles induites).


         Elle décrira également dans « l’envers du crime » les différentes formes de victimation. En effet, elle s’attache à définir et à différencier la « victimation critique » de la « victimation aiguë ». Celle-ci étant singulièrement différente tant au niveau de la relation entre l’auteur et la victime et de ce qui se joue au moment de la victimation. Elle rend compte de l’importance des violences commises à l’intérieur du cercle familial, tant au niveau de la violence faite aux femmes que de la violence et des abus sexuels sur les enfants.


         Micheline BARIL s’intéresse également dans « l’envers du crime » aux facteurs de risque de victimation qui ont été dégagé des enquêtes de victimation nord-américaines et néerlandaises. Celles-ci ont mis en évidence que le style, les habitudes ou le mode de vie, pouvaient être des facteurs de risque. Micheline BARIL structure ces facteurs de risques autour de deux axes : ceux de vulnérabilité et ceux de la facilitation.


         Elle décrira par facteur de vulnérabilité, le fait que certaines personnes soient plus exposées aux victimations par leur faiblesse physique (femmes, enfants, personnes âgées et handicapées), à leur fréquentation des milieux criminogènes ou de personnes déjà engagées dans des comportements criminels et à leur statut professionnel ou social. Elle pense également que la consommation de produits psychotropes comme l’alcool et diverses drogues ainsi que certains comportements peuvent être des conduites à risque.  Par « facilitation », elle décrira le phénomène par lequel, certaines personnes auraient tendance à « faire confiance » de manière démesurée ou à exposer leurs richesses. Cette lecture des facteurs de risque est également nouvelle puisque Micheline BARIL ne lient plus ces facteurs à une éventuelle faute de la victime mais au « hasard ». En effet, pour elle, la « vulnérabilité » ou la « facilitation » ne justifient aucunement l’acte criminel.


         Micheline BARIL définira également le parcours difficile qui attend la victime après l’infraction. En effet, la réaction sociale au crime n’est souvent pas celle que les victimes sont en droit d’attendre. Que ce soit au niveau familial, des institutions sociales ou de la réponse de la justice qui l’élimine de l’équation au fur et à mesure de l’évolution du processus pénal, elle est peu, voire pas, écoutée et respectée dans sa souffrance. Micheline BARIL, par ailleurs, sera la première a évoqué l’importance de l’accompagnement psychologique et sociale de la victime « au sein des services pluridisciplinaire d’aide aux victimes ».


         Désirant approcher la victime de manière la plus complète possible, elle va étudier la réaction sociale à la victimation. Elle pense que les services sociaux et judiciaires peuvent, parfois, être source d’une seconde victimation pour les victimes. Elle dénonce également le fonctionnement de la police où les policiers peuvent être amenés à mettre en doute la crédibilité de la victime, également source de seconde victimation.


         Micheline BARIL va également s’interroger sur la place de la victime dans le procès pénal comme secondaire étant donné que c’est l’Etat le poursuivant. Elle comparera le système canadien au système judiciaire des Etats-Unis qui accorde des droits à la victime, des droits inexistants au Canada. Elle traitera alors du projet de déclaration sur la protection et l’assistance aux victimes d’actes criminels présentés aux Nations-Unis (Irvin WALLER, 1983) (qui remet en cause l’équité des parties, suggérant que l’infracteur aurait plus de droits que la victime). Au niveau du procès civil, elle met en exergue les difficultés de la réparation des conséquences non-matérielles et met l’accent sur les problèmes autour de l’exécution des jugements. Micheline BARIL pense que les procès pénal et civil n’offrent pas de protection à la victime et que ceux-ci peuvent être sources de nouvelles souffrances, appelées « victimations secondaires ».


         Micheline BARIL souligne dans son oeuvre l’intérêt pour la connaissance criminologique d’adopter également l’angle de la réflexion des victimes et par ainsi sur la victimation. C’est ainsi qu’inspirée de son travail nommé « L’envers du crime », elle s’investira dans la recherche de la reconnaissance de la victimologie comme science reconnue, ainsi que dans l’écoute et dans l’aide aux victimes. Cette reconnaissance de la souffrance de la victime la conduira à créer en 1981 le centre AVI (Aide aux Victimes d’Infractions) qui a pour objectif d’écouter et de soulager la souffrance des victimes ou de leurs proches et d’apporter une réponse adaptée à leurs besoins. Elle cherchera, par la suite, à influencer le législateur, et par ainsi, à faire reconnaître les droits des victimes afin de ré-établir un rapport équitable entre les droits du criminel et ceux de la victime. Ces actions seront représentées par le comité d’assistance aux victimes qui sera rebaptisé « Plaidoyer-Victimes » le 29 février 1984.


         En 1985, elle définira la victimologie comme « l’étude des caractéristiques des victimes et de leurs interactions avec les agresseurs le cas échéant ; de la dynamique de la victimation et de ses conséquences ; des réactions sociales, formelles et informelles, à la victimation ».


         Après de nombreuses actions menées en faveur des victimes et de la reconnaissance de leur souffrance et de leurs droits, Micheline BARIL achemine au Ministère de la Justice en 1991, plus de quarante recommandations touchant l’indemnisation et le traitement des victimes. En 1992, elle représente les témoins, les victimes et leurs proches au sein de quatre tables de délibérations lors du Sommet de la Justice.


         C’est probablement sa disparition prématurée en 1993, qui fera que son œuvre, malgré le fait qu’elle ait marqué d’une évolution significative la victimologie et l’aide aux victimes au Québec et plus largement au Canada, soit peu diffusée.

 

Agenda

 

CONGRES AIVI 2008 : Soigner les victimes d'inceste

 8 octobre 2008 

 

Peut-on échapper à la victimisation ?

 6 novembre 2008

 

Terror and its aftermath

  November 13th-15th 2008

 

Meurtre d'enfants, enfant meurtrier. Approches pluridisciplinaires

27-29 novembre 2008

 

Contrainte, crise, changement (Suisse)

 2-6 février 2009...