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Année 3, Numéro 2, Janvier 2005 JIDV.COM N°9

DOSSIER : Maltraitance des personnes âgées

Dossier dirigé par le Pr. Robert HUGONOT, ALMA France

 

 

 

 

Introduction à la maltraitance des personnes âgées

 

 

 

 

 

 

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Par Geneviève LAROQUE

Présidente de la Fondation Nationale de Gérontologie, France

 

 

 

Il y a une dizaine d’années, nous n’aurions pas pu être là, parce que parler de la maltraitance à propos de personnes âgées ou très âgées, c’était incongru… on n’entend pas. Le son ne passe pas … Si je ne suis pas maîtresse de la technique, je suis dépendante de la technique. La dépendance de la technique, on peut faire un grand numéro là-dessus, on peut d’ailleurs parler de maltraitance à partir de la technique, de la maltraitance institutionnelle à partir de la technique. Et si on se met à parler de maltraitance institutionnelle à partir de la technique, on peut évidemment parler de maltraitance institutionnelle dans les institutions gérontologiques, bien que les institutions gérontologiques ne brillent pas habituellement par un développement technique particulièrement pointu. On a plus tendance à travailler avec des bras et des petites cuillers qu’on a tendance à travailler avec des matériels tout à fait sophistiqués. Mais avec les bras et les petites cuillers on peut effectivement maltraiter les gens et mal les traiter. Je crois que les grandes difficultés d’observation et de traitement, les grandes difficultés de repérage, les grandes difficultés de protection tiennent  justement à ce que les institutions, gérontologiques comme les autres, mais les institutions qui s’occupent de gens fragiles, de gens vulnérables, peuvent assez facilement et généralement sans le faire exprès mal, les traiter. Il y a beaucoup plus de gens qu’on traite mal dans les institutions que de gens qu’on maltraite au sens premier du terme.

La réflexion que nous allons conduire aujourd’hui tient essentiellement à cette réflexion  sur le repérage et sur la prévention vis à vis de la manière dont on traite mal les gens tout autant que vis à vis de la façon dont on les maltraite. On peut traiter mal les gens en croyant bien faire. Je me souviens, il y a quelque temps, me trouver avec un ensemble de directeurs d’établissement, qui se posaient une question toute simple : « est-ce que nos clients sont les résidants de nos institutions ou est-ce que nos clients sont les familles des résidants de ces institutions ?  parce que, finalement - me disaient-ils - nous avons beaucoup plus à faire avec les familles qui sont très présentes dans nos institutions et c’est bien. La parole des vieilles personnes qui y sont hébergées est souvent complètement occultée par la parole des familles qui, elles aussi, souvent avec bonne volonté, les ont confiées aux institutions en question ». J’avais l’impression, en écoutant ce discours autour de « qui est le client final ? la famille ou le résidant lui-même » - moi, j’avais tendance à dire, « c’est le résidant lui-même », peut être parce que mon âge est plus proche de celui des résidants que de celui des familles, ça, je n’en sais rien, mais ça interpellait quand même beaucoup, parce que la manière de bien traiter les résidants n’était peut-être pas la même, selon qu’elle était vue avec le regard du résidant ou avec le regard de la famille –

Parmi les maltraitances institutionnelles, il y a ces maltraitances de bonne volonté qui sont celles qui m’effraient le plus, parce que la maltraitance du salaud, on finit par la repérer. Le type qui maltraite exprès un résidant, le type qui maltraite exprès un client, fort heureusement il y a assez vite quelqu’un qui repère, quelqu’un qui essaie de corriger. Ceci dit, je me suis laissé dire – et je le laisse à vos réflexions – que le signalement est une maltraitance. Que ce soit maltraiter ou traiter mal, ce signalement qui peut être fait par un personnel de rang modeste, intimidé par la hiérarchie, peut être mal perçu par ceux auxquels il s’adresse et je pense que nous avons aussi à nous poser des quantités de questions sur la manière de signaler pour corriger. Signaler ne doit pas nous faire tomber dans une espèce de "délationnisme" acharné, mais en même temps, ne doit pas nous laisser regarder de l’autre côté quand il se passe quelque chose. Et je crois que, là, la limite est très fragile entre des procédures de délation et des procédures de fuite. Je crois que dans ces maltraitances, cela arrive très souvent que quelqu’un s’en aperçoive, que quelqu’un essaie de la dire et que quelqu’un n’est pas entendu.

Et puis, dans ces maltraitances, ça va être traité aujourd’hui aussi, il y a cette espèce de provocation involontaire d’un vieillard épuisé, d’un vieillard fatigué et d’un vieillard effrayé, d’un vieillard malheureux qui essaie de compenser son effroi, son malheur en agressant un peu son entourage et lui-même en devenant maltraitant. On a toujours dit que les enfants battus étaient souvent battus parce que c’était des enfants hurleurs et que les enfants battus devenaient des enfants batteurs. On peut se poser la question vis à vis de la maltraitance d’un certain nombre de vieillards, s’ils n’ont pas été des parents batteurs quand les enfants ou l’entourage qui les traitent mal étaient sous leur autorité ou sous leur coupe. Donc, cette maltraitance du vieillard qui est quelque chose de très important et qui est en train de se montrer comme beaucoup d’autres maltraitances nous renvoie à justement, « nous maltraitons-nous les uns les autres et ne nous vengeons-nous pas les uns des autres en maltraitant le plus fragile ? » ; Je me suis laissé dire aussi que dans certains endroits on dit « tu bats ton âne et ta femme, elle bat le chien et le gamin qui bat le chat et le bébé », on trouve toujours un plus fragile. Et on ne parle pas de la maltraitance du vieux parce que ces vieux adages sur les cascades de maltraitances ont été élaborés à une époque où il y avait relativement peu de vieux. Donc ils étaient peut être moins maltraités -  ils étaient peut être moins maltraités  - je n’en suis pas si sûre que ça … parce que, ce que nous avons pu voir ou lire dans l’iconographie ou dans la littérature sur la manière d’appréhender la vieillesse, eh bien, ça parle bien de l’appréhension de la vieillesse aux deux sens du terme. Lorsqu’il faut faire face à la vieillesse, elle fait peur parce qu’elle annonce l’approche de la mort et, à ce moment-là, on a peur, on appréhende cette vieillesse et on se venge de cette appréhension en traitant mal la vieille personne. Alors pour un « Booz endormi » qui est un homme de pouvoir, de richesse, combien y a-t-il de vieilles pauvresses, de vieilles en guenilles, de vieilles sorcières qui sont maltraitées depuis des millénaires et peut être pour nos vieillards actuels, nous ne supportons plus leurs maltraitances et c’est bien que nous ne supportions plus leurs maltraitances parce que les vieillards actuels sont finalement parmi les démonstrateurs du progrès que nous avons pu vivre et parce que je connais heureusement relativement peu de vieilles véritablement en guenilles aujourd’hui.

 


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