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Dimanche
27 Juillet 2008
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Home JIDV03 Le petit chaperon rouge et les sept bouquetins revisités : L’utilisation des contes de fées en psychothérapie avec une jeune enfant abusée sexuellement*

Le petit chaperon rouge et les sept bouquetins revisités : L’utilisation des contes de fées en psychothérapie avec une jeune enfant abusée sexuellement*

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DOSSIER: LES ENFANTS VICTIMES

 

Article paru dans sa version anglaise au sein du bulletin de l’ESTSS, avril 2002.

*Cette étude de cas a été présentée au 6° ECOTS, Istanbul, Turquie, 1999.

 

Auteure

Docteur, Psychologue clinicienne

Résumé 

Donner un matériel de jeu correspondant au monde des contes de fées en le couplant avec une approche thérapeutique non directive, peut permettre à de jeunes enfants un travail psychique effectif sur leurs expériences d’agressions sexuelles, à leur rythme, et sans recourir à des interventions suggestives.

 

Mots-clés

Enfant, contes de fées, psychothérapie, agressions sexuelles,viol

 

L

es contes de fées fournissent aux enfants un support mythique à partir duquel ils donnent sens à leurs expériences. En psychothérapie, un scénario structuré de contes de fées peut faciliter l’élaboration d’éléments difficiles et psychologiquement submergeants pour l’enfant. Mais, comment peut-on utiliser les contes de fées en thérapie sans les proposer directement à l’enfant ? En effet, dans les cas d’agressions sexuelles, une telle proposition pourrait être considérée par le système judiciaire comme une tentative de suggestion et probablement conduire l’enfant à fusionner des éléments féériques d’agression avec ses propres allégations. De plus, d’un point de vue thérapeutique, cette technique pourrait être considérée comme directive pour des cliniciens dont l’orientation est plus psychodynamique.

Dans cette brève intervention, je souhaiterais vous présenter le cas d’une fillette que j’appellerai Clara[1]. L’histoire de Clara montre de quelle façon les contes de fées peuvent être utilisés à des fins thérapeutiques et de manière non-directive dans les cas d’agressions sexuelles. Je travaille à Paris avec de jeunes enfants ayant subi ce type de traumatisme. Mon orientation clinique est psychodynamique et donc non-directive. Dans la thérapie par le médium du jeu, ce sont mes patients enfants qui décident à quoi ils vont jouer, s’ils veulent que je joue avec eux ou que je les observe dans leur occupation. Dans chacun des cas, je renvoie à l’enfant les dynamiques et états affectifs qu’il manifeste spontanément ou projette sur les supports de jeu. Quand un enfant me demande de jouer avec lui, je vérifie constamment ce qu’il veut que je fasse, comment le faire et quel type d’émotions avoir. Ainsi, tout au long de la séance de jeu, je suis les directives de l’enfant, tel un acteur, et renvoie les dynamiques et affects comme un souffleur de théâtre, une « voix off », à la manière du chœur grec.

C’est de cette façon que j’ai joué avec Clara.

A la suite de violents cauchemars, Clara, 5 ans, dit à ses parents que le fils de sa nourrice âgé de 16 ans abusait d’elle sexuellement. D’après la description qu’elle fit, l’abus consistait en des fellations et cunnilingus répétés avec des menaces de la battre si elle révélait les agressions ou refusait de s’y soumettre. Les abus avaient duré approximativement 6 mois.

Clara me fut envoyée par l’hôpital de secteur. Elle présentait un état de stress post traumatique chronique et des éléments dépressifs. Au moment de sa prise en charge, il n’existait aucune preuve corroborant ses allégations. Aussi, pour les instances judiciaires, il était extrêmement important que l’approche thérapeutique soit exempte de toute suggestion[2]. 

Après le premier mois de thérapie, il fut très clair que Clara était une enfant intelligente, s’exprimant bien, et en grande détresse. Toutes figurines de la salle de jeu étaient perçues chacune comme un adolescent. Tout mot ayant des consonances avec le nom de son agresseur la faisait se recroqueviller violemment en position fœtale en criant « Fais le cesser ! Je ne veux pas qu’il me mange !». Son premier jeu fut désordonné, chaotique et les thèmes tendaient à tourner autour de dynamiques de peur difficilement contenues.

Quoi qu’il en soit, Clara découvrît bientôt le matériel de ma salle de jeu avec ces personnages qui habitent le monde des contes de fées : chevaliers, sorcières, princes, princesses, chasseurs, loups et enfants. Tout au long des 18 mois suivants, Clara utilisa les poupées et les peluches pour focaliser notre jeu sur deux contes de fées : le Petit Chaperon Rouge et les Sept Bouquetins. Ces deux histoires contenaient des éléments faisant miroir à ses expériences d ‘agressions sexuelles : les enfants sont piégés, attaqués (mangés), et sauvés in extremis d’un méchant loup qui est puni comme il convient. Le jeu répétitif de Clara autour de ces motifs peut être divisés en 4 phases distinctes fondées sur le moment où Clara plaçait l’apogée émotionnelle et psychique de l’histoire. Chacune de ces phases correspondait à un symptôme traumatique et à une réduction dynamique.

Le premier niveau, qui dura 3 mois, se centrait sur le moment où l’enfant était mangé par le loup. Clara exprima de la peur et de la terreur par l’intermédiaire de l’enfant dévoré se sentant impuissant. Ce jeu correspondit à une réduction des cauchemars. Mais Clara avait encore des difficultés à décider si le loup mangeait l’enfant par faim ou cruauté. De la même façon, Clara fixa son intérêt répétitivement les 3 mois suivants sur les scènes dans lequelles les enfants étaient piégés par le loup. Elle ruminait sur les motivations du loup et s’il fallait lui faire confiance. Le jeu en dehors du conte de fées montra que ces productions avaient pour but de tester la sûreté de la relation thérapeutique en me défiant de la rejeter ou de la blesser parce qu’elle était agressive avec moi.

La phase la plus longue où le jeu fut répétitif dura 7 mois. Clara se centrait alors sur comment les enfants étaient sauvés du loup. Elle élabora deux scénarios de sauvetage : soit leurs mères les sauvaient, soit ils se sauvaient eux-mêmes. Par exemple, le Petit Chaperon Rouge gardait un trousseau de couture et une bouteille de poison dans sa poche au cas où le loup la mange. Une fois dans l’estomac de l’animal, elle pouvait s’en extraire en utilisant ses ciseaux, remplir l’estomac de poison, le recoudre et s’enfuir. A ce moment de la thérapie, les jeux non basés sur les contes de fées montraient les compétences et ressources de Clara. Les affects dépressifs avaient cessés mais Clara devint incroyablement irritable.

La dernière phase de jeu basée sur les contes de fées dura deux mois. Clara fit maintes fois punir le loup pour sa cruauté par les enfants et leurs mères. Lentement mais sûrement, Clara commença à punir le loup directement, elle-même. Elle introduisit alors sa propre histoire dans le jeu en utilisant des figurines humaines la représentant elle, sa mère, son père, la police et son agresseur. Parmi ces figurines prenaient place celles qu’elle avait utilisées en début de thérapie, celles qui lui rappelaient un adolescent. Les contes de fées cessèrent et sa propre histoire devint le nœud central des jeux. Dans ces scénarios, l’agresseur était puni par ses parents et la police, se sentait coupable de ses actes et s’excusait après de Clara. La fillette en ressortait forte, en sécurité, et heureuse.  

Lors des 3 derniers mois, Clara mit fin au jeu répétitif, et à la place, se focalisa plus souplement sur des thèmes se rapportant à l’éducation. Elle ne présentait plus aucune symptomatologie ou trauma dans l’analyse des dynamiques. La thérapie était terminée.

Un suivi 12 mois plus tard montra que Clara se portait très bien.

Comment le Petit Chaperon Rouge et les Sept Bouquetins ont-ils aidé Clara à élaborer sur son agression ? Ces contes de fées ont servi de support structuré qui contenait l’angoisse de Clara. La possibilité d’utiliser un scénario avec une fin heureuse lui a donné un sentiment de sécurité, bien qu’elle ne l’ait jamais utilisé en cours de thérapie. Cette combinaison structurée de sécurité et de stabilité peut avoir aidé à circonvenir l’évitement traumatique qui aurait pu être renforcé par une question directe sur l’agression. La force des émotions de Clara et ses tentatives de maîtrise concernant l’agression ont été canalisées à travers le jeu basé sur les contes de fées. Finalement, le support des contes de fées a permis à Clara d’expérimenter les positions de victime, d’agresseur, de sauveteur, endiguant ainsi la rigidification d’une position relationnelle intra-psychique particulière.

En conclusion, donner un matériel de jeu correspondant au monde des contes de fées en le couplant avec une approche thérapeutique non directive, peut permettre à de jeunes enfants un travail psychique effectif sur leurs expériences d’agressions sexuelles, à leur rythme, et sans recourir à des interventions suggestives.


 


[1] Les noms et informations pouvant permettre d’identifier les sujets ont été changés par souci de confidentialité.

[2] 8 mois après que Clara me fut envoyée, l’agresseur confirma la véracité des allégations de l’enfant. Cinq mois après la fin de la thérapie, il fut reconnu coupable d’agression sexuelle et condamné à suivre un traitement spécialisé.

 

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