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Journal International De Victimologie - International Journal Of Victimology

Vendredi
29 Aout 2008
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L'aide aux enfants victimes

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DOSSIER: LES ENFANTS VICTIMES [PARTIE 2]

 

 

Auteure

Psychologue clinicienne
Association « l’Enfant-Bleu, enfance maltraitée ».
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Résumé 

« Un enfant maltraité ne parle pas, parlez pour lui ». C’est le message de l’association l’Enfant Bleu - Enfance Maltraitée pour faire prendre conscience aux adultes que l’enfant victime a de multiples raisons de ne pas parler. Il nous faut apprendre à « écouter » l’enfant victime qui tente de s’exprimer par tous les moyens dont il dispose. Notre expérience nous permet d’observer certains dysfonctionnements qui soulèvent la question d’un manque de formation à la psychologie de l’enfant pour les intervenants judiciaires. L’association agit sur les plans thérapeutique, juridique, préventif et nous favorisons un travail en collégial, en réseau afin de mieux prendre en compte la parole de l’enfant victime.

Mots-clés

parole de l’enfant ; expertise / évaluation psychologique ; indication psychothérapeutique ; fonctionnement de l’association

 

« Un enfant maltraité ne parle pas, parlez pour lui. »  

C

’est un message important que l’association « Enfant Bleu – Enfance maltraitée » souhaite faire passer auprès de chacun. Bien que l’attention portée à la parole de l’enfant victime se soit améliorée ces dernières années, cette parole est encore difficile à entendre par beaucoup de professionnels. Interroger, questionner, analyser, tester la parole de l’enfant sont les termes que nous pourrions employer pour déterminer le type d’écoute le plus souvent offert à l’enfant par les professionnels. Nous mettons en question encore trop facilement l’authenticité et la fiabilité de la parole de l’enfant victime mais guère celle de l’adulte, qu’il s’agisse de l’auteur des faits ou d’un témoin. Pourtant, toute personne concernée de près ou de loin par une situation, peut transformer cette réalité avec la plus grande honnêteté possible en déclarant ce qu’elle pense avoir vu. Crozier et Friedberg expliquent ce phénomène par « une rationalité limitée, c’est-à-dire, un niveau de compréhension et d’analyse qui limitent l’intelligence, l’émotion, la perception partielle du fait, de ses tenants et aboutissants. » 

Notre message vise donc l’adulte en tant que « relais de communication » entre l’enfant victime et les professionnels de l’Enfance. Et nous sommes encore loin de la qualité de transmissions digne des télécoms ! En 2002, l’association a pris en charge 347 situations d’enfants en danger ou maltraités et nous constatons toujours que de nombreux dysfonctionnements sont encore à déplorer : à commencer par le manque de respect dans l’écoute de la parole de l’enfant victime. Nous ne souhaitons pas énumérer une liste des dysfonctionnements du dispositif judiciaire mais citer quelques constats qui amènent notre association à vouloir que soient encore améliorées les conditions favorisant la parole de l’enfant. 

Ce manque de respect se rencontre parfois dans certaines brigades des mineurs. Ainsi, telle enquêtrice, pour expliquer à une jeune adolescente le rôle de l’enregistrement vidéo, le comparait à l’émission « Loft Story ». Cette comparaison qui met en lumière la position de l’adulte comme voyeuriste, avide de détails croustillants, peut avoir un impact très violent sur l’enfant déjà fragilisé psychiquement.

Et pourtant des progrès sont manifestes dans certains établissements comme par exemple, l’aménagement de locaux de gendarmerie avec des jouets ou tout un assortiment de posters qui ornent les murs, destinés à « séduire » l’enfant. C’est une manière de  mettre en confiance l’enfant en l’installant dans un milieu plus familier mais la question reste de savoir s’il a envie de jouer avant une confrontation avec son agresseur ou au moment de raconter en détail de ce qui lui est arrivé. Mais ces progrès seraient vains s’ils n’étaient pas accompagnés d’un lien de confiance, de respect, d’humanité dont l’enfant a besoin de la part de l’adulte.

Aussi, nous nous réjouissons lorsque nous lisons par exemple C. Audejean expliquant que « le psychologue expert aura à répondre non pas de l’exactitude des faits mais de la réalité psychique du sujet. » Cette définition situe bien le rôle complémentaire du travail de l’expert par rapport à l’enquête policière. Malheureusement, nous constatons là aussi de nombreux dysfonctionnements dans les rapports d’expertises psychologiques ou psychiatriques. Il y a ceux dont le discours écrit est illisible en raison d’un langage trop technique, ou tout simplement à cause de la lourdeur des phrases. Cela donne à réfléchir non pas sur le contenu du compte-rendu mais bien sur le sens donné par les personnes amenées à lire ces expertises. Un des objectifs principal de l’expertise est de permettre au magistrat d’affiner sa décision. Aussi, faut-il ne pas astreindre juges, avocats et autres acteurs judiciaires à un travail de « décodage » inutile, voire dangereux car potentiellement erroné, sans parler des rapports qui ne sont plus lus.

Il apparaît aussi parfois dans certains rapports d’expertises un manque d’objectivité  manifeste concernant la crédibilité ou non de l’enfant. Certains experts sortent également du cadre qui leur est fixé, allant jusqu’à proposer de reconstituer les faits !

D’autres expertises montrent que le temps consacré par l’expert à chacun des protagonistes concernés par une affaire est inégal : par exemple, l’entretien auprès de la mère peut durer une heure, celui du père dix minutes, l’enfant cinq minutes. D’autres « combinaisons » existent mais en règle générale le temps des entretiens est très court. 

Mais ce qui nous pose le plus question, c’est l’incompréhension par de nombreux enfants du rôle de l’expert. Ils le considèrent la plupart du temps à l’image d’un juge. Est-ce dû à la façon dont certains experts se présentent ou bien à l’image qu’ils donnent à l’enfant : celui qui « sanctionne » et non celui qui « analyse » ? 

Par ailleurs, nous entendons très régulièrement : « les enfants sont influençables, manipulables », « c’est la mère qui l’a monté contre le père », (ou inversement). Oui, et ensuite ? Cela montre à quel point l’enfant est vulnérable. Nous entendons ce terme de vulnérabilité comme la difficulté pour l’enfant, voire l’impossibilité de se faire entendre face à l’adulte. En effet, la parole de l’adulte, et surtout celle des parents, a un poids considérable pour l’enfant. Dès sa naissance, elle est investie affectivement et représente la référence principale au bien et au mal, au juste et à l’interdit. Au cours de son évolution, l’enfant intègre les interdits familiaux et accepte l’autorité de l’adulte. C’est grâce à un contexte familial sécurisant et étayant qu’un enfant trouve en lui la capacité psychique pour s’exprimer librement sur ce qu’il a vécu et ressenti. 

Or quand l’agression vient de celui ou ceux qu’on aime, « prendre » la parole devient un risque trop grand : risque de ne plus être aimé, peur du rejet, crainte de ne pas être cru. Alors, il vaut mieux se taire, voire se rétracter, surtout face à certains professionnels qui demandent : « tu es bien sûr ? », « pourquoi n’en as-tu pas parlé plus tôt ? », « c’est pas possible ! », « Combien de fois ? ». Cette non écoute de l’adulte influence la perception que l’enfant a de lui-même, de ce qui lui est arrivé et accentue son sentiment de culpabilité. « Je suis peut-être un menteur », « j’ai dû rêver »,… 

Aussi, quand les mots pour « dire » deviennent interdits, le traumatisme s’exprime autrement : les cauchemars, les troubles alimentaires, les troubles du comportement, les difficultés relationnelles, les troubles par rapport aux acquisitions scolaires, les troubles psychosomatiques … autant de symptômes pathologiques pouvant apparaître de manière isolée ou associée dès la petite enfance. Ils peuvent traduire la souffrance générée par les images traumatiques. Mais, même ces manifestations psycho-traumatiques sont très peu prises en compte et encore moins comprises par certains professionnels. De nombreux rapports font penser à ces vieux films muets, en noir et blanc, où celui qui grimace, c’est le méchant et celui qui pleure, c’est la victime ! Aussi, quand il n’y a pas de langage verbal, il y a une tendance à caricaturer les comportements. Il est pourtant admis depuis longtemps, que l’appareil psychique possède une « panoplie de mécanismes de défense » permettant de se protéger contre des exigences pulsionnelles et contre les affects. Boris Cyrulnik explique que « pour ces enfants agressés, il s’agit même de légitime défense et dans un premier temps, ces mécanismes de défense tels que le clivage ou encore l’identification à l’agresseur les protège ». Ils permettent ainsi à l’enfant de maîtriser son angoisse face au danger extérieur.

Aussi, ne pas prendre en compte ces autres modes d’expression, relégués au second plan par rapport aux compétences verbales proprement dites, c’est une fois de plus ne pas être attentif à l’enfant et à ce qu’il tente d’exprimer par tous les moyens. Nous pouvons nous demander alors quel statut accorder à ces manifestations sans paroles ? Tel trouble du comportement est-il le signe infaillible résultant des actes commis sur l’enfant ?.

Il nous semble qu’en aucun cas nous ne devons poser hâtivement un diagnostic univoque et réducteur car cela reviendrait à poser une étiquette sur l’enfant (et dévaloriser un travail clinique.) Mais, pourquoi pas, et nous nous adressons à tous les professionnels concernés par l’enfant (police, médecins légistes, magistrats, experts,…), « recontextualiser sa parole et lui reconnaître ses enracinements dans la constitution psychologique et le vécu affectif et relationnel de l’enfant. » (Viaux). Cette réflexion semble s’inscrire dans une démarche évaluative de l’enfant. 

 

L’évaluation comme préalable à une meilleure prise en charge de l’enfant victime

 

Nous estimons que l’écoute de la parole de l’enfant doit prendre en compte son développement psychologique, affectif et cognitif, son contexte familial et social. Il paraît essentiel, avant toute indication, d’apprécier la situation de l’enfant dans son ensemble afin de respecter au mieux son âge, son rythme, sa maturité. 

Notre spécificité étant l’aide à l’enfance maltraitée, nous recevons essentiellement des familles incestueuses ou incestuelles ; nous avons à connaître des situations de maltraitances physiques, de négligences et /ou de carences affectives ou encore à accompagner des victimes de pédophiles. Or, nous nous confrontons souvent à certains parents qui demandent une évaluation afin que leur enfant « parle », « dise ce qui s’est passé ». Dans ces cas-là, c’est une sorte de couperet qui tombe sur la tête de l’enfant, ne lui laissant quasiment pas le choix d’exprimer autre chose. C’est pourquoi, il nous semble important que plusieurs entretiens d’évaluations puissent s’effectuer de manière espacées et régulières dans le temps afin que l’enfant puisse s’approprier le lieu à son rythme. L’évaluation comprend environ cinq à six entretiens. Le premier est la rencontre avec l’enfant et ses parents (parent protecteur). Il permet au psychologue d’expliquer notamment à l’enfant son rôle et celui de l’association afin d’amortir en particulier son « parachutage » à l’entretien. C’est un temps d’anamnèse, d’écoute, d’observation des interactions parent-enfant-psychologue. Ce premier entretien clarifie le « motif de la demande » et pose le cadre (nombre d’entretiens, compte-rendu oral à l’enfant et au parent lors du dernier entretien). Nous demandons à l’enfant s’il souhaite revenir aux prochains entretiens. Haesovoets note que « le traitement doit trouver en l’enfant un demandeur et non un preneur.» De même, il nous semble important, notamment pour les enfants victimes, qu’ils prennent confiance et conscience qu’au sein de l’association, il y a des « droits » et des « choix » aussi pour les enfants. De plus, un enfant victime « soumis » à une psychothérapie , c’est-à-dire qui n’est pas prêt ou ne souhaite pas s’exposer à un processus de changement psychique, risque alors une nouvelle expérience d’emprise, de soumission, voire une détérioration de son état et un appauvrissement de son potentiel initial.

Le dernier entretien est aussi très important et nous n’hésitons pas à prendre le temps nécessaire. C’est un temps qui se prépare avec l’enfant. En effet, la plupart des enfants victimes que nous recevons ont une image tronquée de la confidentialité, du secret, de la confiance. Il s’agit ici de donner une place à l’enfant, de lui permettre de dire « oui » ou « non », d’exprimer ses souhaits concernant cet entretien et de le placer ainsi comme sujet entier et non comme objet partiel. Ce compte-rendu oral, qui réunit l’enfant et le parent protecteur, est avant tout un temps d’échange permettant à la personne de porter un autre regard sur l’enfant et sur elle-même, d’amorcer un nouveau dialogue au sein de cette famille. 

Il me paraît important de souligner la différence (bien que subtile) entre une expertise d’enfant et les évaluations que nous effectuons. En effet, J.L Viaux définit l’expertise comme « un acte de fonction judiciaire, puisque ordonnée par le juge. » « Elle a pour fonction d’une part d’évaluer les répercussions psychologiques et d’autre part d’évaluer la « crédibilité » des déclarations de l’enfant. » Nous sommes bien ici dans un cadre judiciaire et non thérapeutique.

Les enfants que nous recevons, bien qu’ils soient souvent pris dans un tourbillon de rencontres lors de l’enquête, cernent très vite notre rôle et la place que nous leur proposons pendant ces entretiens d’évaluations. Et ils sont différents de ceux de l’expertise : le cadre, les conditions de la rencontre, le temps et le nombre des entretiens plus importants, un compte-rendu oral à l’enfant et au parent protecteur…

Nous n’avons pas cette épée de Damoclès sur la tête représentée par la question de la « crédibilité » ; question conduisant notamment nos collègues psychologues experts à réfléchir à leur rôle, voire à leur éthique. Notre rôle, à nous, n’est pas de « valider » au sens de « juger » la parole de l’enfant. Nos évaluations, nourries de notre pratique clinique, permettent d’analyser la personnalité de l’enfant avec son fonctionnement psychique, son environnement familial et social afin de déterminer où la souffrance de l’enfant prend sa source. Nous redonnons ainsi toute sa dignité à la parole de l’enfant qui souffre. En tant qu’association « l’Enfant-Bleu, Enfance Maltraitée », nous sommes également attentifs à la situation de l’enfant en danger ; certaines situations nous conduisent alors à effectuer un signalement. Mais en aucun cas, nous ne dépendons d’une autorité judiciaire. En somme, nous pourrions dire que nous sommes « experts en la matière » et non psychologues experts ! 

A l’issue de ces quelques entretiens d’évaluations, nous orientons ou bien nous proposons une démarche psychothérapeutique correspondant au mieux aux besoins individuels identifiés lors de l’évaluation.

Au sein de l’association, nous proposons :

-           un suivi psychothérapeutique individuel

-           un atelier à médiations thérapeutiques « eau, terre, peinture » pour de jeunes enfants. Cet atelier groupal d’expression a pour but d’aider l’enfant en lui apportant un lieu d’écoute et d’expression projective, de travailler sur la représentation du corps, de l’intériorisation des sensations corporelles, de reprendre contact avec l’entourage en favorisant les aspects relationnels, de retrouver une identité dans un lieu sécurisant.

En effet, si certains faits s’effacent avec le temps, l’émotion reste plus vivace et fixe les souvenirs. Ce mode de prise en charge permet de retravailler ces émotions douloureuses tout en l’intégrant dans une dynamique de reconstruction psychique.

-           un atelier à médiations thérapeutiques : « jeu de mise en scène » pour des adolescents.

       Cet atelier a notamment pour but de travailler sur l’image de soi, de la représentation de soi au regard de l’autre ; de réfléchir sur la mise en jeu corporelle et verbale.

       Ces ateliers psychothérapeutiques sont loin des techniques que nous pouvons rencontrer en Amérique du Nord par exemple et que nous considérons comme toxiques pour le patient (ainsi que pour le thérapeute !). En effet, l’objectif de nos groupes n’est pas « d’installer » l’enfant comme « victime », et donc de parler indéfiniment de ce qu’il a subi. Bien au contraire, ce qui les légitime, c’est « l’enfant bleu », un enfant en devenir et d’avenir, inscrit dans une dynamique relationnelle et sociale. De plus, confrontés à la machine judiciaire, ces enfants ont dû adopter précocement le mode de fonctionnement des adultes. Or, ces ateliers laissent la place au « jeu » au sens Kleinien du terme, au rêve, à tout ce qui est du registre de l’imaginaire, bien nécessaire à tout enfant dans son évolution.

-           Un groupe de paroles destiné aux adultes ayant été victimes de maltraitances dans leur enfance. Ce groupe a pour objectifs de proposer de sortir du silence, de la solitude, du déni ; de permettre l’émergence des pensées et des sentiments liés à la maltraitance, de reconstruire la personne dans son corps, son identité sexuelle, l’estime de soi, son inscription dans la filiation et dans la généalogie ; de tisser de nouveaux liens entre l’être et la parole par l’intermédiaire des autres.

-           La thérapie familiale qui sera mise en place prochainement. Même si la prise en charge de l’enfant victime reste une priorité pour l’association, il n’en demeure pas moins que l’enfant ne peut pas être perçu hors de son contexte familial. Cette approche thérapeutique permet de provoquer des changements de l’ensemble des patterns interactionnels qui définissent la famille. L’idée est d’offrir un espace de paroles là où des passages à l’acte venaient réguler bien mal les rapports entre les personnes. Les membres de familles qui nous contactent à l’association afin de trouver une aide pour mieux agir, notamment pour des situations d’incestes, manifestent leur désarroi devant l’éventualité d’un nouveau mode de communication intra-familial : « je ne sais pas quoi lui dire », « il ne veut plus me parler », « j’ai peur de le blesser », «  je ne sais pas comment m’y prendre. » Lors de l’écoute téléphonique, les bénévoles de l’association notent que ces personnes expriment parfois elles-mêmes des difficultés à mettre des mots sur la situation familiale. Nos objectifs centraux, toujours dans la perspective du devenir de l’enfant ayant été victime, sont notamment de rendre la responsabilité de l’avenir de l’enfant à sa famille et non au thérapeute, de faire comprendre à la famille que l’enfant ayant été victime n’est pas malade mais souffre des actes commis sur lui, et enfin de faire prendre conscience à l’enfant que la famille n’est pas qu’un lieu de souffrance mais qu’elle peut être aussi un lieu de guérison et d’épanouissement. 

Cet ensemble de prises en charge pourrait faire croire à un foisonnement de modalités psychothérapiques. En réalité, il résulte d’une réflexion systématique sur notre mode de fonctionnement, sur nos différentes prises en charge thérapeutiques  appropriées à chaque personne : faut-il systématiquement un traitement pour l’enfant victime ? Quel besoin pour tel enfant ? Quels buts pour tel traitement ?

Notre réflexion nous a également conduit à mettre en place deux études dans la durée : quel est le devenir des enfants maltraités ayant été suivis à l’association l’Enfant-Bleu et quelles sont les conséquences de la prescription pénale sur l’adulte victime de maltraitances dans son enfance ?

Parallèlement à l’accompagnement psychologique, d’autres actions concernent d’une part, un programme de formation en milieu scolaire pour que les enseignants et intervenants prennent mieux conscience de la réalité de la maltraitance, puissent détecter les situations, aider, orienter les victimes et coordonner leur travail avec les autres professionnels de l’enfance.

D’autre part, des actions de prévention sont réalisées au sein des établissements (maternelle, primaire, collège, lycée) qui font appel à l’association pour former leur équipe et apporter aux enfants des éléments visant à se protéger. Les moyens utilisés varient en fonction de l’âge des enfants. Avant chaque action, l’équipe de prévention organise des réunions d’informations (sur la maltraitance, le contenu des interventions) avec les parents et les enseignants.

  

L’association « l’Enfant-Bleu - Enfance Maltraitée »

        L’association l’Enfant-Bleu - Enfance-Maltraitée, créée en 1989, est actuellement présidée par le Docteur Brigitte Bancel-Cabiac. Depuis plusieurs années, l’association favorise la création d’associations partenaires en province. Ces associations (actuellement Lyon, Cabourg, Toulouse, Grenoble, Maubeuge, Saint-Dié, Bourg-en-Bresse) apportent une aide similaire à celle de Paris. Une convention est signée entre l’association fondatrice et les associations partenaires, afin de garantir l’éthique et les méthodes de prise en charge des enfants maltraités. 

        Le nom de l’association évoque les bleus à l’âme et les coups, mais aussi le bleu de l’espoir que l’association tente d’apporter au mieux de ses possibilités aux enfants victimes de maltraitances et aux adultes ayant été victimes de maltraitance dans leur enfance. C’est grâce à un travail collégial par une équipe pluridisciplinaire composée de coordonnateurs bénévoles, de juristes et de psychologues, que nous pouvons mener au mieux nos actions en faveur de la protection de l’enfance et placer la victime au centre de nos préoccupations. 

        Les bénévoles référents accompagnent et soutiennent les familles tout au long de leurs démarches grâce à la qualité de leur écoute. L’association privilégie une approche pluridisciplinaire, facilitant une prise en charge globale des victimes sur le plan juridique et psychologique permettant de trouver la solution la plus adaptée à chaque cas.  

        Le service juridique de l’association propose aux familles des enfants victimes, ou aux adultes anciennes victimes qui en ressentent la nécessité - ce qui est fréquemment le cas -  une aide et un soutien quant aux démarches judiciaires à accomplir ou déjà accomplies. 

        Notre seule considération est l’intérêt de l’enfant ou de l’adulte victime et uniquement celui-ci. Cette prise en charge des victimes contribue au dépassement du traumatisme éprouvé. Le rôle de l’autorité judiciaire, « représentée » directement au sein de notre association par la juriste, est quant à elle d’énoncer et restaurer l’interdit des transgressions, comme par exemple l’abolition des frontières sexuelles intra-familiales. C’est pourquoi nous laissons agir librement les enfants qui souhaitent souvent faire un détour dans l’espace juridique. Ils ont la possibilité de rencontrer la juriste, lui poser des questions ; certains vont juste lui dire bonjour et notent ainsi sa présence. Citons cette petite fille de 6 ans qui sortant d’une séance individuelle, prend au passage une petite caméra (jouet) avant de rejoindre sa maman, et va « filmer » la juriste de l’association et son bureau. Cet « enregistrement » de la représentation de la Loi a été « le point de départ » pour cet enfant d’un rétablissement des barrières symboliques et sociales qui s’étaient effondrées et a contribué ainsi à une mise à distance du traumatisme. 

        Même si l’enfant est au centre de nos préoccupations, nous ne négligeons pas son entourage. Nous pouvons également guider des tiers (professionnels, parents éloignés, voisins…) qui souhaitent intervenir pour protéger un enfant en danger.

        Nous prenons le temps d’expliquer, téléphoniquement ou lors de rendez-vous, le déroulement des procédures, les décisions qui sont rendues par les magistrats, ce qui est parfois suffisant pour rassurer. Les avocats ne disposent pas toujours de ce temps et n’ont parfois pas les moyens de faire preuve d’écoute. 

        Par ailleurs, des commissions juridiques bimestrielles réunissent les juristes et les avocats de l’association. Ces réunions permettent d’engager une réflexion et un travail sur la prise en charge et le traitement des situations de maltraitance par la Justice.  

        Cette réflexion commune, enrichie par l’expérience de chacun, nous a permis d’élaborer des propositions de modifications législatives qui permettraient, nous semble-t-il, d’améliorer cette prise en charge. Ces propositions ont été présentées en novembre 2001 au Ministère de la Justice. Certaines d’entre elles font aujourd’hui l’objet de projets de loi, les pouvoirs publics ayant pris conscience de la nécessité d’envisager différemment la maltraitance. 

        Ces propositions concernent des thèmes forts pour lesquels nous nous battons, tel que l’imprescriptibilité des crimes commis contre les enfants, l’accueil réservé à la parole de l’enfant par les institutions judiciaire et policière. Nous pouvons souvent constater de sérieuses difficultés, voire de réels dysfonctionnements. 

        Ainsi, la parole de l’enfant maltraité est trop souvent mal accueillie et hâtivement mise en cause par de nombreux intervenants du monde judiciaire. Or, force est de constater que les victimes d’autres infractions que la maltraitance sur enfants ne sont pas traitées avec autant de circonspection, voire de doute ou de méfiance ! 

        La réserve de ces professionnels pourrait être qualifiée de prudence tout à fait légitime si elle ne résultait pas en fait le plus souvent d’une formation insuffisante à la psychologie de l’enfant. Leur comportement, leur appréciation de la situation et des dires de l’enfant auront pourtant une incidence capitale sur le déroulement de la procédure et sur le futur de l’enfant victime.

Références 

CROZIER, M., Friedberg, E., L’acteur et le système, Paris, 1987

FREUD. A., Le Moi et les mécanismes de défense », 1946

HAESEVOETS.Y.H., L’intervention thérapeutique, l’enfant victime d’inceste, Paris, Bruxelles, 1997

VIAUX, J.L « Expertise des enfants victimes d’abus sexuels, Paris, 1992

 

Agenda

 

CONGRES AIVI 2008 : Soigner les victimes d'inceste

 8 octobre 2008 

 

Peut-on échapper à la victimisation ?

 6 novembre 2008

 

Terror and its aftermath

  November 13th-15th 2008

 

Meurtre d'enfants, enfant meurtrier. Approches pluridisciplinaires

27-29 novembre 2008

 

Contrainte, crise, changement (Suisse)

 2-6 février 2009...