Journal international de victimologie

articles scientifiques de victimologie et traumatisme psychique

Jeudi
09 2012
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Home Archives Par numéro JIDV 07 Approche compréhensive des attentes psychosociales des victimes d’agression

Approche compréhensive des attentes psychosociales des victimes d’agression

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Pendant très longtemps, les conséquences auprès d’une victime d’agression ne faisaient pas l’objet d’un intérêt des pouvoirs publics ni d’un suivi des professionnels du champ psychosocial.


 

JIDV 7 (Tome 2, numéro 3 - Juillet 2004)  

Auteur

Psychologue Service d’Aide aux Victimes de l’arrondissement judiciaire de Tournai, Belgique
Sapeur-pompier
Psychologue au Service d’Intervention Psychosociale d’Urgence de la Croix-Rouge
Membre de l’Association Européenne des Psychologues Sapeurs-pompiers.

 

Mots-clés

Victimes ; agression ; social ; psychosocial ; intervention

 

Introduction générale

P

endant très longtemps, les conséquences auprès d’une victime d’agression ne faisaient pas l’objet d’un intérêt des pouvoirs publics ni d’un suivi des professionnels du champ psychosocial. La justice, quant à elle, s’adressait aux agresseurs. Heureusement, nous constatons depuis une vingtaine d’années, de la part des autorités belges, un intérêt grandissant pour l’aide aux victimes. En effet, suite aux difficultés rencontrées par les victimes, une série d’initiatives ont débouché sur la création de services chargés d’améliorer leur accueil ainsi que leur prise en charge rapide. Il s’agit, entre autres, des Services d’Assistance aux Victimes.

 

Notre recherche est principalement axée sur les Services d’Assistance aux Victimes. Nous avons choisi ce type de services parce qu’ils interviennent le plus rapidement possible, c’est-à-dire dans les heures suivant les faits. Ensuite, parce que, en dehors de problématiques lourdes, beaucoup de victimes n’ont pas connaissance de l’existence des Services d’Aide aux Victimes. Ce rôle d’intervention « rapide » étant joué par ce service, il nous est apparu opportun de l’observer plus avant.

 

Dans un premier temps nous avons tenté  de mettre en avant les éléments communs du discours de chaque victime en regard de la théorie sur la victimologie. Nous avons dans un deuxième temps tenté d’appréhender le réseau auquel les victimes ont recours, par rapport au traumatisme vécu. Ensuite nous avons émis des propositions visant à l’amélioration des pratiques des services d’aide aux victimes.

Pour obtenir ces données nous avons choisi la technique de l’entretien compréhensif de KAUFMANN (1996). Dans le cadre de cette recherche nous avons interviewé dix victimes d’infractions s’étant trouvées confrontées à leur agresseur. Ensuite nous avons soumis leurs discours à une analyse de contenu. Cette analyse est qualifiée par BARDIN de thématique et catégorielle, en regard de différentes théories, à savoir la victimologie, le réseau social (C. SLUZKI, dans M. BORN, 1996), l’empowerment (LE-BOSSE Y. et DUFORT F., 2001) et la résilience (B. CYRULNIK, 1998).

I. Concepts théoriques

1.1. Intervention Sociale

Introduction

L’objectif de ce travail de fin d’études est d’étudier l’action des Services d’Assistance aux Victimes au regard de la théorie sur l’intervention sociale. L’action de ces services peut être caractérisée de « relation de service », c’est-à-dire l’accès pour la personne à un soutien social de professionnels mais aussi au réseau social environnemental.

 

Il s’agit, dans le cadre de cette recherche, d’un soutien particulier étant donné que celui-ci fait appel à la participation active de la victime (coproduction) à l’aide apportée. Le but recherché est que la victime puisse reprendre le contrôle de sa situation psychologique et sociale (empowerment).

1.1.1. Environnement

Il est impossible d’isoler la personne de son environnement. Les personnes sont analysées en fonction de ce qu’elles sont mais aussi en fonction de leur relation avec l’extérieur (leur environnement) et donc de leur relation avec autrui.

1.1.1.1. Communauté

Les relations que nous établissons avec autrui au cours de notre vie, de notre quotidien, sont régies par des rôles que chacun se doit de tenir. Un rôle est l’ensemble d’activités et de relations attendues d’une personne occupant une position particulière dans une société donnée. Il s’agit d’un ensemble de comportements et d’attentes associés à une position sociale. Cette dernière ne limite pas les attentes à la personne mais s’étend aux autres personnes avec lesquelles celle-ci est en relation. Cela compose la communauté.

 

Selon RAPPAPORT J. (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001), « une communauté est une entité sociale dont les membres partagent des caractéristiques (ex : même lieu de résidence ou de travail) ou des intérêts communs (ex : intégration des jeunes au marché du travail) et qui est perçue ou se perçoit, à certains égards du moins, comme distincte de la société plus large dans laquelle elle évolue» (p. 25).

 

Le développement d’une personne dépend des interconnexions entre cette dernière et son environnement.

 

BRONFENBRENNER (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001) soutient que l’environnement ne doit pas être ramené à des variables linéaires (ex : service d’aide aux devoirs), mais doit être analysé comme un ensemble de systèmes qui s’articulent entre eux.

Il en dénombre quatre :

Micro système : tout milieu où une personne est en relation directe avec d’autres personnes et avec d’autres objets. Il correspond aux interrelations se déroulant dans l’environnement immédiat de la personne.Méso système : référence aux interrelations entre deux ou plusieurs micro systèmes dans lesquels la personne évolue et auxquels elle participe.Exo système : référence aux interrelations entre les systèmes auxquels la personne ne participe pas directement, mais où se déroulent des événements qui affectent les micro systèmes dans lesquels elle évolue.Macro système : matrice culturelle (valeurs, idées, normes) de la société dans laquelle la personne vit (pp. 58-59).

 

Les actions d’une personne sont comprises en relation avec les actions des autres. Ces actions déterminent le soutien social.

 

Pour MAGUIRE (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001), « le soutien social correspond aux interactions bénéfiques d’une personne avec le système social qui l’entoure» (p. 122). Ce système social comprend des membres du réseau social informel (les amis, la famille) et formel (les professionnels de la santé, l’employeur, etc.).

 

Le soutien social est, selon LE BOSSE et DUFORT (2001), « un processus d’interactions sociales qui augmente l’estime de soi, les stratégies d’adaptation (coping), le sentiment d’appartenance à travers les échanges psychosociaux. » (p. 127).

 

Ces échanges psychosociaux se font évidemment sur plusieurs registres. LE BOSSE et DUFORT (2001) distinguent :

« Le plan affectif, les membres formant le réseau social d’un individu lui permettent de répondre à ses besoins essentiels, d’exprimer ses émotions, de se sentir écouté, réconforté, de se sentir unique, d’aimer et de se sentir aimé. Ces fonctions sont souvent remplies par les proches.Le plan cognitif, les contacts d’un individu avec les autres lui permettent de recevoir des avis, des conseils, d’obtenir de l’information, d’être stimulé intellectuellement et de pouvoir acquérir de nouvelles habiletés.Le plan normatif, les contacts avec les autres permettent à l’individu de renforcer son estime de soi, de se sentir reconnu, de recevoir l’accord des autres à propos de ses actes et d’adopter des comportements adaptés aux diverses situations » (p. 128).

1.1.1.2. Réseau social

 

SLUZKI (dans M.BORN, 1996) a dressé une «carte géographique » du réseau social. Cette dernière nous donne une indication sur la direction vers laquelle tendent certains éléments composant la vie d’une personne. Pour SLUZKI (dans M. BORN, 1996) « la somme de toutes les relations qu’a un individu détermine le lien social de cette personne et contribue à sa propre reconnaissance en tant qu’individu, ainsi qu’à sa propre image de soi » (p. 54).

 

Le réseau social est divisé en quatre cadrans :

I.       La famille.

II.      Les amis.

III.    Les relations au travail et à l’école.

IV.    Les relations à la communauté.

 

Ces cadrans comprennent trois zones :

Un cercle interne de relations intimes (famille, amis proches, contacts au quotidien).Un cercle intermédiaire de relations personnelles.Un cercle de relations occasionnelles.

 

L’ensemble des personnes gravitant dans ces différentes zones est représenté par des points. Ces personnes constituent le réseau social. Il s’agit de l’état statique d’un moment de la personne.

 

(NB. Les illustrations reprises dans ce travail sont schématiques. Les points et les trames représentent des densités de personnes. Par exemple, l’interprétation à donner au schéma suivant se limite à la constatation faite par Sluzki qu’il y a plus de personnes dans la zone centrale que dans les zones périphériques du schéma, sans précision des quantités).

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Schéma n°1 – Réseau social de SLUZKI (p. 55)

 

Il nous permet d’avoir un état des lieux à la fois du réseau social primaire, qui est la « totalité des liens sociaux de la personne dans le cadre de sa vie quotidienne, liens reposant sur la base d’affinités personnelles, hors de tout contexte institutionnalisé » et secondaire, qui est « l’ensemble des personnes réunies autour d’une même fonction dans un cadre institutionnalisé (professionnels de la santé, employeurs, école, etc. » (p. 54).

 

GUAY (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001), dans son texte sur l’intervention de réseau et l’approche du milieu, distingue deux catégories à l’intérieur de la sphère des intimes, à savoir : le « noyau familial » et les personnes faisant partie du « réseau extra familial » comme la parenté et les amis. Il fait également remarquer qu’ « une trop grande proximité affective peut avoir pour effet de diminuer l’efficacité de l’aide apportée parce qu’il considère que les proches sont trop impliqués émotionnellement dans la situation, donc trop touchés et bouleversés eux-mêmes pour pouvoir être utiles » (pp. 250-251). Cet auteur insiste donc sur le fait que le soutien le plus efficace sera apporté par le réseau extra familial car les relations sont très significatives tout en conservant une distance suffisante.

 

BOUCHER et LAPRISE (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001) insistent fortement sur la nécessité d’un soutien social face aux difficultés de la vie car, toujours selon ces auteurs, « à quantité égale et importante de stress vécu, l’individu ayant un soutien social important maintient une meilleure santé mentale que celui présentant un faible soutien social » (p. 130).

image3

 

Schéma n°2 – Soutien social (LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001, p. 131)

 

Des facteurs influençant la vie d’une personne peuvent être de plusieurs natures. Nous nous intéressons dans cette recherche aux facteurs stressants comme éléments pouvant influencer la vie et de ce fait la santé mentale.  Comme illustré ci-dessus, nous pouvons remarquer que les facteurs de stress influencent directement la santé mentale d’une personne. Cette dernière va alors mettre en place des stratégies d’adaptation, des ressources personnelles qui vont alors, elles aussi, influencer sa santé mentale.

 

Cependant, bien que les ressources personnelles mises en place soient une stratégie non négligeable, le soutien social peut s’avérer être un élément influant dans l’optique d’une meilleure santé mentale. Plus les individus bénéficient de soutien social, plus ils développent une meilleure santé mentale. Peu importe qu’ils vivent ou non du stress (mort d’un être cher, perte d’emploi). En effet, le soutien social atténue ou annule l’effet négatif des facteurs de stress sur la santé mentale, en raison de sa relation indirecte avec celle-là.

 

Par ailleurs certains individus peuvent avoir recours à un processus personnel appelé « pouvoir d’agir » ou empowerment.

1.1.1.3. L’empowerment

L’empowerment, ou le pouvoir d’agir, logé au cœur de l’interaction entre les personnes et leur milieu de vie, constitue également la cible prioritaire d’intervention du travailleur social (sur le rôle duquel nous reviendrons ultérieurement), quel que soit le contexte dans lequel il se trouve.

 

Toute démarche de recherche qui offre à l’individu de nouvelles occasions d’apprendre à contrôler, à influencer ou à modifier leur environnement concourt directement au développement de leur pouvoir d’agir.

 

Du point de vue du pouvoir d’agir, il paraît à la fois plus pertinent et moins dommageable de faire en sorte que les personnes visées par le changement soient également celles qui les conduisent ou qui le guident.

 

Dès lors, selon HILDERBRANT (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001) « l’objectif général de l’intervention n’est plus de réaliser le changement mais de soutenir les acteurs du changement que sont les personnes concernées » (pp. 88-89).

 

Nous pouvons définir l’empowerment comme un processus de recherche d’un plus grand contrôle sur l’atteinte d’objectifs importants pour une personne, une organisation ou une communauté.

 

RAPPAPORT (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001) conçoit ce pouvoir « comme un sentiment, le sentiment d’avoir une emprise sur sa vie, et comme l’exercice effectif d’un contrôle sur les institutions sociales et politiques, notamment à travers la participation aux prises de décisions ayant des répercussions sur la vie personnelle des gens et sur celle de leur communauté » (p. 22).

 

Ce sentiment positif de contrôle sur sa propre vie, éloigne progressivement la personne du vécu d’impuissance et de détresse psychologique que certaines situations de vie peuvent amener.

 

LE BOSSE et LAVALLEE (1993) donnent une définition de cette « prise de pouvoir » plus axée sur l’aspect psychologique. Il définit l’empowerment comme « un processus par lequel une personne, qui se trouve dans des conditions de vie plus ou moins incapacitantes, développe, par l’intermédiaire d’actions concrètes, le sentiment qu’il lui est possible d’exercer un plus grand contrôle sur les aspects de sa réalité psychologique et sociale qui sont importants pour elle ou pour ses proches » (p. 17).

 

Selon RYAN (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001), le changement ne peut s’effectuer qu’à travers le renforcement du pouvoir psychologique (sentiment de contrôle, efficacité personnelle et communautaire) et politique (accès aux institutions) car « le sentiment d’impuissance est l’une des principales manifestations des problèmes sociaux. » (p. 43).

 

La notion d’empowerment prend ici tout son sens car les personnes victimes d’actes traumatisants vont se trouver confrontées à des réactions inconnues de leur part mais également de la part des autres.

 

Les victimes se trouvent face à des impossibilités circonstancielles, événementielles, face à des troubles pouvant altérer le comportement en société, mais  également le comportement familial, professionnel et personnel pouvant amener certaines d’entre elles à tenter d’exercer un contrôle plus ou moins important sur cette réalité afin qu’elle change.

 

L’empowerment est en quelque sorte une tentative d’élargir le champ des actions possibles tant du point de vue des ressources personnelles que celle de l’environnement. C’est donc d’après WATSON (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001), « d’un pouvoir d’agir qu’il s’agit, d’un pouvoir d’amorcer le changement souhaité ou d’y contribuer » (p. 84).

 

1.1.1.4. La résilience

A l’origine, la résilience est une notion de physique. Elle désigne une propriété des solides à résister aux chocs. Par extension, et par métaphore, elle désigne, en psychologie, une capacité des êtres humains de résister au stress, aux traumatismes.

 

Selon CYRULNICK B. (1998), la résilience est un mot français qui vient du latin resilentia et que les physiciens emploient régulièrement. La résilience caractérise la résistance aux chocs. Rester soi-même quand le milieu nous cogne et poursuivre, malgré les coups du sort, notre cheminement humain.

 

Toujours selon cet auteur (dans AUDET et KATZ, 1999), « l’individu résilient puise en lui-même les ressources pour reconstruire sa personnalité autour de son histoire et refuse la carrière de victime que la société lui propose. Il existe certainement une cicatrice liée à la situation douloureuse traversée, mais le blessé psychique trouve la force de construire un nouvel avenir dans la qualité des interactions affectives » (p. 231). CYRULNICK lors du colloque du CREAS donné le 29 Avril 2003 à l’U.M.H. dira que les personnes victimes font appel à « des tuteurs de résilience. »

 

GUEDENEY (dans DE SOIR et VERMEIREN, 2002) postule qu’ « il est impossible de prédire avant coup si un individu sera ou non résilient face à une situation. La résilience (dit-il) est en effet un processus complexe, un résultat, l’effet d’une interaction entre un individu et son environnement. » (p. 36) 

 

Il s’agit de la capacité à être en relation avec autrui. Toujours selon GUEDENEY, « on n’est pas résilient face a tout et n’importe quoi et on ne l’est en tout cas pas tout seul, sans être en relation. » (p. 36)

 

C’est cette première ébauche de relation sociale qui va permettre à l’intervenant, plus précisément au psychologue, de mobiliser les ressources psychosociales de la victime.

1.1.2. L’interaction sociale

1.1.2.1. La relation de service

Selon WELLER (1998), une relation de service de manière générale est « une activité mettant en jeu une relation triangulaire où interviennent un professionnel, un objet à réparer et son propriétaire » (p. 15). Il s’agit ici de considérer cette relation de service comme un lien moral entre le « client » et son « réparateur ». La confiance qu’accorde le premier au second est cruciale. C’est cette confiance qui détermine la compétence du professionnel, et non l’inverse.

 

Selon THEVENET M. (1998), la relation de service est « la capacité à comprendre le système de référence du client mais aussi à traiter et à résoudre les situations complexes qui émergent dans la relation avec celui-ci » (p. 127).

 

Ce type d’interaction est sous tendu par l’échange et la parole qui sont les liens de communication entre deux personnes, ce sont les dénominateurs communs de l’activité professionnelle. En effet, M.-H. SOULET (1997) postule que « le travail de l’écoute consiste avant tout à générer la possibilité, puis l’effectivité, d’une parole,… » (p. 71).

 

Cette interaction s’opère au minimum entre deux personnes et dans notre cas, entre la victime et le travailleur social.

 

Selon cette théorisation, faire sauter le verrou de la confiance et la formulation de la demande sont les préalables et le commencement vers un mieux-être de la personne. Mais cette confiance que la victime place en l’intervenant social n’est effective que si elle s’appuie sur un gage de professionnalisme de celui-ci.

 

Pour gagner cette confiance, selon SOULET (1997), il est « indispensable que l’intervenant social se présente comme sincère en tant que simultanément professionnel et personne, c’est-à-dire notamment en explicitant les limites de son rôle et celles de l’intervention qu’il entend mener » (p. 129).

 

Le professionnel doit agir en professionnel, il doit évidemment exécuter les tâches qui lui sont attribuées, et qui ne doivent pas être contaminées par des projections ou externalisations. Il ne doit pas se comporter en fonction de ce qui est déposé en lui. Il doit essayer de faire coïncider son action avec les attentes de cette personne.

 

Ce type de démarche doit évidemment être de qualité, comme dans toutes démarches professionnelles. Selon l’ISO (International Organization for Standardization) la définition de qualité est (dans J.-R. LOUBAT, 2002) « l’ensemble des propriétés et caractéristiques d’un produit, d’un processus ou d’un service qui lui confèrent son aptitude à satisfaire des besoins exprimés ou implicites » (p. 47). Cette définition insiste sur le fait que la qualité doit être envisagée à partir du consommateur et non pas du prestataire.

 

Le travailleur social s’adresse à des personnes qui sont en souffrance, qui souffrent d’un problème, ou vivent une situation dont la cause leur est extérieure, ce qui conduit FUSTIER (2000) à considérer que « le problème à résoudre constitue une entité autonome et isolable, à peu près détachée des caractéristiques de personnalité de ceux qui en soufrent » (p. 73).

 

 En psychologie communautaire, LE BOSSE et DUFORT (2001), partent du postulat selon lequel « la responsabilité du changement social est de nature à la fois individuelle et structurelle » (p. 40). À partir de cette affirmation, toute relation inscrite dans ce cadre de recherche se situe dans le registre de la relation de service mais également de la coproduction. Bien qu’il s’agisse d’une relation d’interaction, cette approche considère que ce changement est surtout le résultat de la participation active de la personne demandeuse du service.

 

1.1.2.2. La coproduction.

LERAT-PYTLAK (1998) définit le concept de coproduction comme « un processus de production d’un service (matériel ou immatériel) basé sur une interaction entre les acteurs de ce processus. Les acteurs sont aussi bien les acteurs internes à l’organisation, que les partenaires. » (p. 292).

 

Lorsqu’on aborde la notion de service, il convient de s’entendre sur les caractéristiques de celui-ci : « Le service peut se définir comme un acte immatériel, non stockable, comme un acte visant une transformation d’état… » (p. 354). De cette définition donnée par AGATHOCLEOUS (1998), il apparaît que le service se fait la plupart du temps en faveur de quelqu’un. On ne peut en déduire les effets à court terme dans la majorité des cas car la relation de service est un processus de coproduction très complexe.

 

Afin que cette coproduction soit efficiente, nous postulons qu’il doit s’agir d’un véritable mode de relation entre les acteurs de cet échange. À ce sujet, FAVARD (1998) considère que « la qualité de service, loin d’être une entité, serait un constat social relatif et empirique (qualité d’usage) issu d’une coproduction de différents acteurs de la situation, usagers et professionnels» (p. 408).

1.2. Victimologie générale

Introduction

Selon AUDET et KATZ (1999), « Depuis tout temps, nombre de criminologues européens et américains se sont questionnés sur les relations préexistantes à l’acte violent, entre le criminel et la victime. Cette recherche fut appelée première victimologie. » (p. 13). Puis on s’est intéressé aux conditions sociales, législatives et judiciaires entourant les situations douloureuses. C’est la seconde victimologie. Le fondateur de la première victimologie est Hans VON HENTIG (dans J. AUDET et J.-F. KATZ, 1999) même si, en 1947, MENDELDSHON (dans J. AUDET et J.-F. KATZ, 1999) introduit le terme de victimologie (p. 14).

1.2.1. Définitions

1.2.1.1. La victime

Selon AUDET et KATZ (1999), le mot victime vient du latin victima. Étymologiquement il appartient à la même famille que le verbe vincere, vaincre.

 

Toujours d’après ces auteurs, « On appelle victime toute personne qui subit un dommage dont l’existence est reconnue par autrui et dont elle n’est pas toujours consciente.

Chaque mot permet de caractériser la notion:

personne : il peut s’agir d’une personne physique ou morale ;subit :  avec l’idée d’endurer, d’éprouver, de souffrir ;dommage : terme préféré à « préjudice » trop judiciaire, à « lésion » trop médical ou à « tort » trop général ;reconnu : au sens d’identifié comme tel ;autrui : la reconnaissance par la victime n’est ni nécessaire ni suffisante, celle d’autrui est primordiale ;pas toujours consciente : car l’idée que la personne devrait être consciente de son dommage éliminerait bien des victimes. » (p. 7).

 

On peut donc dire, selon LOPEZ et BORNSTEIN (1995), qu’« une victime est une personne qui reconnaît avoir été atteinte dans son intégrité propre par un agent causal externe ayant entraîné un dommage évident, identifié comme tel par la majorité du corps social » (p. 3).

 

Cela peut donc être une ou plusieurs personnes qui souffrent des agissements d’autrui. Ces agissements sont souvent une infraction à la loi entraînant un dommage matériel et/ou moral.

 

Les victimes sont de plusieurs natures. Tout d’abord les victimes individuelles. Les divers contextes possibles sont un vol à l’extérieur ou au domicile, une agression directe, un car-jacking[1], ou encore un viol.

 

Les victimes collectives sont également à prendre en compte. Elles peuvent avoir été victimes d’un hold-up, d’un home-jacking[2], d’un cambriolage, d’une catastrophe naturelle ou humaine, d’un attentat, etc.

 

Les complications psychologiques et les conséquences nous permettent d’établir une distinction entre la victime aiguë et la victime chronique.

1.                  La victime aiguë subit une agression isolée, un accident, une catastrophe individuelle ou collective, qui la confronte subitement à la mort ou au désespoir. Elle est brusquement mise à l’écart de la communauté dont elle faisait partie. Cette victime souffre très fréquemment, mais pas toujours, de syndromes psycho-traumatiques spécifiques désignés comme l’E.S.P.T. (L’État de Stress Post Traumatique).

2.                  Les victimes chroniques, c’est à dire les victimes d’agressions se prolongeant dans le temps, présentent des troubles très différents. Les victimes subissant ce type de traumatisme parviennent en général à les intégrer ou, si elles n’ont pas les capacités suffisantes, recourent à la dissociation qui est, selon DORON-PAROT (1991) la « rupture de l’unité psychique, celle-ci présidant, chez le sujet normal, à l’intégration harmonieuse des différents champs constitutifs de la personnalité : pensée, affect, comportement » (p. 207). Les traumatismes vécus sont d’intensité variables, multiples et prolongés (abus sexuels, sévices à enfant). Dans une perspective comportementale, TERR (dans G. LOPEZ et A. SABOURAUD-SEGUIN, 1998) estime que « les victimes apprennent à anticiper la répétition dans un contexte de peur et d’impuissance qui entraîne progressivement une vision imaginaire destinée à contrôler les événements traumatiques en utilisant le déni et la dissociation comme moyens de défense psychologiques. » (pp. 22-23).

 

Ce travail n’abordera que la situation de la victime aiguë.

 

Il existe des facteurs prédisposant certaines personnes plutôt que d’autres à se trouver confrontées avec le risque de devenir une victime.

 

Tous ces facteurs de risques sont liés aux personnes victimes mais également à l’environnement. Il existe donc une grande diversité d’événements susceptibles de constituer des traumatismes.

 

L’enfant et le sujet âgé sont les plus exposés. Le premier en raison de sa prise de risques (car il ne se méfie pas toujours comme il faudrait le faire) et de sa dépendance à sa famille. Le second en raison de sa faiblesse physique, voire psychique.

 

Statistiquement les femmes sont majoritairement les victimes. Être de sexe féminin apparaît comme un facteur de risque indiscutable, à niveau d’exposition égal.

 

Par contre, le fait que les hommes ne puissent pas facilement aller déposer plainte en raison des stéréotypes, se présente parfois. En effet, un homme pouvant être victime des agissements de sa femme et/ou de ses enfants, n’est pas encore réellement un fait accepté par les services d’accueil et les services judiciaires.

 

Il faut aussi prendre en considération la condition physique. En effet, les déficiences physiques sont un facteur de risque (grand âge, handicap physique ou psychique, état d’ébriété, etc.).

 

Nous pouvons également inclure sous cette rubrique celui qui est différent : l’étranger, l’exclu, l’émigré, le sans domicile fixe, etc.

 

D’autres facteurs influencent le fait de devenir une victime comme les métiers à risques (policiers, prostituées, etc.), l’isolement peut être également un facteur d’exposition (personne éloignée de sa famille).

 

Le mode de vie et les conditions socio-économiques de certaines personnes peuvent exposer ces dernières dans une plus grande proportion. En effet, la fréquentation des lieux à risques (boîte de nuit, quartiers à risques, l’instabilité sexuelle, etc.), la pauvreté ou l’exclusion, par exemple, sont autant de facteurs susceptibles de mettre la personne dans une situation de victimisation. Il en est de même pour les personnes qui résident dans les zones dites de délinquance.

 

La richesse par contre constitue une cible attractive (appartements dans un quartier riche, maison bourgeoise isolée, etc.) qui peut également mettre les propriétaires dans des situations de danger.

 

La négligence et l’imprudence, qui en aucun cas ne justifient la victimisation, la confiance immodérée, le manque de vigilance, sont des éléments pouvant aussi placer les futures victimes dans des situations de danger.

 

Certaines de ces victimes peuvent également remettre en question leur comportement avant l’agression ou pendant celle-ci. Beaucoup de questions sont posées, tant au travailleur social, qu’à soi-même. « N’avais-je pas une attitude provocante ? », « N’aurais-je pas du prendre ce chemin pour rentrer ? », « Si je n’avais pas eu autant d’argent chez moi seraient-ils venus ? »

 

À ce propos, MENDELSOHN (dans G. FILIZZOLA et G. LOPEZ, 1995) a tenté d’examiner les rapports entre la victime et le délinquant. Il a relevé cinq espèces de rapports, ayant leur origine bio-psycho-sociale dans la personnalité de la victime.

« La victime entièrement innocente ; on pourrait la qualifier de victime « idéale », c’est-à-dire la victime inconsciente, exemple : l’enfant victime.La victime de culpabilité moindre ; la victime par ignorance, exemple : la femme qui provoque une fausse couche par des moyens empiriques, et paie son ignorance de sa vie.La victime aussi coupable que l’infracteur : la victime volontaire.

a)   Ceux qui commettent le suicide en tirant au sort : suicide sanctionné par certains codes pénaux ;

b)   Le suicide par adhésion ;

c)   La victime souffrant d’une maladie incurable et ne pouvant supporter les douleurs, qui implore son entourage de la tuer (euthanasie) ;

d)   Le couple qui tente le suicide : les amoureux désespérés, l’époux sain qui se tue avec l’époux malade, ne pouvant le voir souffrir et ne voulant pas lui survivre.

La victime plus coupable que l’infracteur ou uniquement coupable.

a)   La victime provocateur qui, par sa conduite, incite l’auteur à commettre l’infraction ;

b)   La victime par imprudence, qui détermine l’accident par manque de maîtrise de soi.

La victime la plus coupable ou uniquement coupable :

a)   La victime infracteur : en commettant l’agression elle en devient la victime, l’accusé est en état de légitime défense ;

b)   La victime simulante : le plaignant qui accable l’accusé, afin d’induire la justice en erreur ;

c)   La victime imaginaire : c’est-à-dire le plaignant paranoïaque (revendicateur, procédurier, interprétatif, persécuteur), mythomane, sénile, l’enfant (spécialement les filles) ou l’adolescent à la puberté.» (p. 36).

 

Il existe également ce que AUDET et KATZ (1999) appellent la vulnérabilité événementielle dépendant de facteurs liés à l’évènement lui-même tels la gravité de cet événement traumatique, l’âge du sujet au moment des faits, la menace perçue (dans une même situation, le degré de danger peut être vécu différemment d’un individu à l’autre), la façon de percevoir l’événement (se sentir impliqué au niveau des responsabilités par exemple), l’importance des douleurs en cas de blessure, la faiblesse du support social, etc.

 

Il ne s’agit là que de quelques exemples de facteurs. D’autres facteurs plus individuels peuvent également entrer en ligne de compte.

1.2.1.2. Le choc

Les personnes qui se trouvent dans la situation de victime ont été confrontées à un événement qui a bouleversé leur vie. Cet évènement doit être choquant, provoquer une peur intense, produire un sentiment d’impuissance. Il est inhabituel, il intervient par surprise, brutalement et il inclut une sorte d’intimité avec la mort. Il produit chez la personne une déstructuration des systèmes de croyances et de valeurs. La victime ne se trouve plus dans le monde connu jusqu’à présent.

 

La sensation éprouvée par la personne, ébranle son monde intérieur. La force de cette déflagration dépend de la situation et de ses caractéristiques : évènement aigu ou durable, violent ou répété...

 

Lorsqu’une telle situation se produit les personnes impliquées ne se situent pas sur un pied d’égalité. Chaque personne a une capacité propre de perception et d’intégration de l’évènement. La perception de ce dernier se fera en fonction de différents facteurs. Certains sont événementiels (comme une grande fatigue, un moment de stress, une situation contrariante dans le domaine personnel, un sentiment de responsabilité lors de l’agression, etc.). D’autres au contraire sont innés ou acquis à la suite de confrontations à des traumatismes identiques ou non.

 

Nous ne faisons pas référence dans ce travail aux traumatismes pouvant prendre leurs sources dans des traumatismes antérieurs. Nous n’axons pas non plus notre recherche sur les capacités d’intégration du traumatisme par les victimes.

 

Les réactions observées après un stress aigu peuvent varier d’une personne à l’autre mais en règle générale, nous pouvons affirmer que dans la majorité des cas, plusieurs types de conséquences sont communes aux victimes.

 

Ces réactions peuvent être physiologiques comme par exemple des difficultés gastro-intestinales, des nausées, des tremblements musculaires, une augmentation de la pression sanguine, des battements cardiaques et de la respiration, une perte temporaire de l’ouïe, des troubles de la vision, des troubles du sommeil (insomnies, cauchemars), une modification du comportement alimentaire, des troubles dans les relations sexuelles, des maux de tête, etc.

 

Le côté physiologique n’est pas le seul aspect qui soit touché par un état de stress. Certaines réactions peuvent également être émotionnelles. On peut constater chez la victime des réactions d’anxiété, un refus des choses, de la culpabilité, de la colère, des changements d’humeur, une perte ou diminution de l’estime de soi et de la confiance en soi. La peur est souvent présente ainsi que des sentiments dépressifs, de la tristesse, et même parfois du désespoir.

 

Un autre aspect, tout aussi handicapant, est des réactions touchant des aspects d’ordre plus cognitif. On peut constater de la désorientation dans les actes, une perturbation des processus de la pensée, des difficultés de compréhension, une incapacité à se concentrer ainsi qu’une perte de certaines facultés, de l’amnésie, une incapacité de différencier les sujets importants des sujets moins importants, etc.

 

1.2.1.3. L’état de stress aigu

Un traumatisme psychique est susceptible d’être provoqué par un événement survenant de façon imprévisible et brutale. L’individu est alors soumis à une agression sur laquelle il n’a aucun contrôle.

 

Selon LOPEZ et SABOURAUD-SEGUIN (1998), « Le DSM IV définit un syndrome de stress aigu (Acute Stress Disorder – ASD) dont la durée n’excède pas le mois au-delà duquel il devient, par définition, un stress post-traumatique (PTSD – Post Traumatique Stress Disorder, l’État de Stress Post-Traumatique américain). Pour que ce diagnostic soit retenu, les symptômes doivent nécessairement perturber la vie sociale et/ou professionnelle. Parmi les critères proposés, identiques au PTSD, retenons l’existence de symptômes dissociatifs au moment où immédiatement après l’impact traumatique, un syndrome de répétition, des conduites d’évitement, un état de qui-vive, des troubles caractériels, des troubles cognitifs, surviennent. » (pp. 20-21).

 

Le traumatisme entraîne de la part de l’individu un sentiment de l’ordre de la menace pour son intégrité physique ou celle d’autrui, mais aussi une sensation de peur immense.

 

Juste après l’événement, ou dans un délai d’un mois, peuvent apparaître certains symptômes comme des reviviscences, des évitements de stimuli pouvant faire resurgir le souvenir de l’événement, une détresse et une angoisse importantes, ainsi qu’une altération générale du fonctionnement social, familial, etc. Au-delà d’un délai d’un mois, la victime peut basculer dans ce que l’on appelle un État de Stress Post-Traumatique, (ESPT).

 

1.2.1.4. L’État de Stress Post-Traumatique

Bien que ce travail ne s’axe pas sur cet état à proprement parler, il est important d’expliquer ce qu’est l’Etat de Stress Post traumatique dans lequel risque de basculer la victime.

 

 image 3

 

L’ESPT, État de Stress Post-Traumatique, diffère des autres troubles anxieux car il démarre par une exposition à une situation traumatique « extérieure » au sujet.

 

Après le choc, et ce durant environ 72 heures, la victime sera dans ce que nous appelons l’état de choc. Ce n’est qu’après cette phase que la victime entrera dans la phase de stress aigu pouvant aller jusqu’à un mois après les faits. Parfois cette phase peut durer plus longtemps, jusqu’à trois mois, avant que la victime ne bascule dans l’état de stress post-traumatique. Ce dernier comporte deux périodes, l’état actuel et l’état retardé. C’est après la phase du stress aigu qu’une thérapie peut être proposée à la victime.

 

L’État de Stress Post-Traumatique est un trouble anxieux majeur car il est invalidant. Il altère la santé physique et souvent mentale.

 

Après tout événement stressant, les sujets, quelle que soit leur personnalité, peuvent réagir par un état de sidération anxieuse ou, au contraire, d’agitation inadaptée, qui dure quelques heures, voire quelques jours. Un oubli total ou partiel des faits est très fréquent. Il est un handicap pour l’interrogatoire policier et médical initial ; il peut être générateur de troubles psychologiques ultérieurs.

 

Au niveau psychopathologique, un stress intense, inattendu, déborde les défenses naturelles du sujet : « le moi est submergé par une excitation en excès qui déborde ses défenses, il y a effroi et incompréhension », a dit FREUD (dans G. FILIZZOLA, G. LOPEZ, 1995). Initialement le stress se traduit par un état de sidération ou d’agitation anxieuse correspondant à des réflexes de défenses archaïques avant que ne s’installe, après une phase de « rumination », le syndrome de répétition. Ce syndrome traduit le fait qu’un événement imprévisible, inimaginable et indicible ne parvient pas à faire sens et désorganise l’histoire du sujet. Le sujet ne peut plus poursuivre le cours naturel de son histoire. Les réactions du sujet manifestent  une volonté de maîtriser un événement qui lui échappe et qu’il a subi.

 

D’après le DSM-IV (dans M. DECLERCQ, F. LEBIGOT, 2001) les réactions d’une personne confrontée à un état de stress intense sont les suivantes (les points E et F précisent le moment où cette même personne bascule dans l’État de Stress Post-Traumatique) :

 

A.  Le sujet a été exposé à un événement traumatique dans lequel les deux éléments suivants étaient présents :

Le sujet a vécu, a été témoin ou a été confronté à un événement ou à des éléments durant lesquels des individus ont pu mourir ou être très gravement blessés ou bien ont été menacés de mort ou de grave blessure ou bien durant lesquels son intégrité physique ou celle d’autrui a pu être menacée.La réaction du sujet à l’événement s’est traduite par une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur.

B.  Symptômes d’intrusion

L’événement traumatique est constamment revécu de l’une (au moins) des façons suivantes :

Souvenirs répétitifs et envahissants de l’événement provoquant un sentiment de détresse et comprenant des images, des pensées ou des perceptions (jeu répétitif exprimant des thèmes ou des aspects du traumatisme chez les jeunes enfants).Rêves répétitifs de l’événement provoquant un sentiment de détresse (rêves effrayants chez les enfants).Impression ou agissements soudains « comme si » l’événement traumatique allait se reproduire (illusions, hallucinations, flash-back).Sentiment intense de détresse psychique lors de l’exposition à des indices externes ou internes évoquant ou ressemblant à un aspect de l’événement traumatique en cause.Réactivité physiologique lors de l’exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer un aspect de l’événement traumatique en cause.

C.  Symptômes d’évitement

Évitement persistant des stimuli associés au traumatisme et émoussement de la réactivité générale, avec au moins trois des manifestations suivantes :

Efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou les conversations associés au traumatisme.Efforts pour éviter les activités, les endroits ou les gens qui éveillent des souvenirs du traumatisme.Incapacité de se rappeler un aspect important du traumatisme.Réduction nette de l’intérêt pour des activités importantes ou réduction de la participation à ces activités.Sentiment de détachement d’autrui ou bien de devenir étranger par rapport aux autres.Restriction des affects (par exemple : incapacité d’éprouver des sentiments tendres).Sentiment d’avenir « bouché » (par exemple : ne pas pouvoir faire carrière, se marier, avoir des enfants, avoir un cours normal de sa vie).

D.  Symptômes neurovégétatifs

Au moins deux symptômes persistants traduisant une activation neurovégétative :

Difficultés d’endormissement ou sommeil interrompu.Irritabilité ou accès de colère.Difficultés de concentration.Hyper-vigilance.Réaction de sursaut exagérée.

E.   Les symptômes des critères B, C et D durent plus d’un mois.

F.   La perturbation entraîne une souffrance significative ou une détérioration du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.

Tableau n°1 - Définition de L’État de Stress Post-Traumatique d’après le DSM‑IV (dans M. DECLERCQ, F. LEBIGOT, 2001) (pp. 105-106).

 

L’ESPT peut parfois être accompagné d’autres troubles, comme des troubles dépressifs, des troubles psychosomatiques et fonctionnels, des troubles de toxicomanie ou d’alcoolisme (utilisé comme automédication) ou encore des troubles de la personnalité qu’il est nécessaire d’évaluer lors de la prise en charge.

1.2.2. Symptomatologie

Les troubles les plus courants, tels le syndrome de répétition, les évitements ou la symptomatologie neurovégétative vont être abordés plus en détails.

 

1.2.2.1. Le syndrome de répétition

Les difficultés d’endormissement sont parfois accompagnées de pensées diurnes et des rêves nocturnes qui sont parasités par des pensées, des images et des impressions sensorielles en relation directe avec l’événement. Parfois, de jour comme de nuit, des pensées, des images et des rêves intrusifs apparaissent (les victimes parlent de cauchemars mais en réalité il s’agit de souvenirs intrusifs nocturnes concernant l’événement traumatique).

 

Le syndrome de répétition est un élément dominant dans les mécanismes de défenses. Cette phase de répétition survient souvent après une phase de latence appelée rumination. La victime a sans cesse l’impression que l’agression pourrait se renouveler et donc l’agresseur pourrait réapparaître.

 

D’après AUDET et KATZ (1999), « Ces pensées et ces rêves s’imposent à la conscience et sont persistants et récurrents. Ces intrusions mnésiques sont parfois si répétitives qu’elles occupent une partie de la conscience de façon obsessionnelle. On retrouve une appréhension anxieuse du retour des souvenirs et images, et une lutte anxieuse s’installe afin de les repousser. Ces mécanismes de défense sont pourtant souvent inefficaces pour chasser les visions et les évocations psychiques douloureuses. » (p. 273)

 

1.2.2.2. Les évitements

Toujours selon AUDET et KATZ (1999), « La victime, afin de ne pas raviver l’angoisse et la souffrance, restreint certaines de ses activités. Elle se dérobe devant toute circonstance évoquant le traumatisme initial. » (p. 273)

 

La mise en place des évitements se fonde premièrement sur l’événement en raison de sa violence et son aspect déstabilisant, perturbateur, provoquant un réflexe de fuite. La lutte intervient ensuite contre les pensées intrusives.

 

À l’instant où la victimisation se produit, cette situation extrême est une avalanche qui ébranle l’ensemble de la personne jusque dans ses fondements et lui donne l’impression d’un « choc » total, physique, psychique, intellectuel, émotionnel, etc.

 

D’après LOPEZ et SABOURAUD-SEGUIN (1998) « La situation extrême met l’individu dans l’incapacité de continuer à satisfaire ses besoins les plus élémentaires et l’oblige à faire face à une déstructuration de ses repères identitaires, de l’ensemble de ses référents et de ses structures psychologiques et cognitives habituels.» (p. 69)

 

1.2.2.3. La symptomatologie neurovégétative

AUDET et KATZ (1999) postulent que « La symptomatologie neurovégétative résulte de l’hyperéveil et de l’hypervigilance. Les sursauts sont fréquents aux moindres bruits, mouvements brusques, etc. Les troubles du sommeil avec endormissements, ainsi que les réveils, difficiles. Un syndrome d’hyperactivité neurovégétative peut accompagner les autres symptômes de l’état de stress post-traumatique : tachycardie, douleur digestive, difficultés sexuelles, etc.». (p. 274)

 

1.2.2.4. La symptomatologie comportementale

Des modifications du mode de relation à soi, aux autres et au monde apparaissent également. La culpabilité, qui est désocialisée, peut entraîner une modification assez importante de l’image de soi. Mais la relation aux autres, au monde environnant est aussi perturbée. On se replie sur soi, on se détourne du monde extérieur. On constate, par ailleurs, que l’hypervigilance et l’hyperéveil aggravent l’irritabilité et les colères. Les difficultés sont fréquentes au sein du couple : les modifications caractérielles et les troubles sexuels entraînent des plaintes familiales. La victime a alors beaucoup de mal à admettre tous ces changements et ces comportements parfois totalement inadaptés, ce qui ne fait qu’augmenter la problématique au sein des relations interpersonnelles.

 

1.2.2.5. Conséquences de ces troubles

La possible victimisation de la personne, peut entraîner une victimisation indirecte de la famille. Cette dernière peut présenter des troubles psychologiques. La dégradation des rapports intimes au sein du couple peut entraîner un risque réel d’éclatement des familles de victimes d’agressions (après une agression sexuelle par exemple). Les réactions de l’entourage, qu’il soit surprotecteur (déresponsabilisant la victime ou niant ses problèmes en voulant, par exemple, la rassurer) ou au contraire indifférent (silence imposé, agressivité), ou encore auteur d’un questionnement empathique ou désapprobateur, (« à sa place j’aurais » - « la/le pauvre ! »), n’œuvreront probablement pas pour un mieux-être de la victime.

 

On remarque donc tout d’abord de l’incompréhension de la part de l’entourage. Il n’est pas rare que la victime se mette à témoigner de la méfiance à l’égard de ce dernier, surtout si son récit a été accueilli avec incompréhension. On assiste parfois à des difficultés relationnelles entre la victime et son entourage. Ensuite ce dernier risque de se préoccuper de la victime mais juste pour un temps car le sentiment que les choses s’apaiseront peut prendre le dessus. L’entourage peut considérer que la victime devrait parfois faire en sorte de ne plus y penser, que les choses s’apaiseront d’elles-mêmes. Il n’en est rien malheureusement. La victime court alors le risque d’être isolée : elle creuse un tel vide autour d’elle qu’elle peut en arriver à rejeter ceux qui lui sont les plus chers.

 

Les secteurs professionnels et sociaux ne sont évidemment pas épargnés. Un absentéisme ou baisse du rendement en raison de troubles psychologiques (dépression, troubles cognitifs, troubles caractériels, etc.) peuvent apparaîtrent. Ils risquent d’entraîner une perte économique liée à la baisse du rendement professionnel des victimes.

 

1.2.2.6. L’évolution de l’état de la victime

Après l’événement, la victime évite soigneusement de penser, de réfléchir ou de sentir. En effet, d’après LOPEZ et SABOURAUD-SEGUIN (1998), « Ces êtres sont des forteresses habitées. Ils ont coupé la majorité de leurs signaux. Ils deviennent « inatteignables » et se recroquevillent au plus profond d’eux-mêmes, en exil intérieur.» (p. 71)

 

La personne se distancie de l’extérieur,  de ceux qui l’entourent, de son passé, de toutes les choses qui autrefois la passionnaient. Le temps de cette phase peut être relativement long, voire perdurer. LOPEZ et SABOURAUD-SEGUIN (1998) appellent cette phase « vivre pour vivre », ou encore survivre (p. 71).

 

Après la phase d’intégration du changement douloureux, inacceptable, une phase va débuter pour, toujours selon les mêmes auteurs, « vivre quand même » (p. 71). Elle va produire, éventuellement, ce qu’ils appellent un mouvement vers une autre étape, celle de l’agir. Cette phase se déclenche très brusquement. Le sujet doit alors faire le deuil du passé qui le caractérisait avant l’événement.

 

Arrivée à ce terme et quelle que soit la cause de la victimisation (maladie, enfermement, violence, etc.), la personne va devoir entreprendre un travail de deuil.

 

Ce dernier doit se faire sur le symptôme et la souffrance ainsi qu’en rapport avec l’époque à laquelle se sont produits les faits.

 

Mais la victime devra également entreprendre le deuil du regard des autres, de ceux qui ne savent pas, de ceux qui ne peuvent pas comprendre, et qui ne le pourront jamais d’après la victime. Elle a beaucoup changé. Elle a pris conscience de sa vulnérabilité, de la souffrance, de sa fragilité. Selon G. LOPEZ et A. SABOURAUD-SEGUIN (1998) « Le sujet sait qu’il est mortel, ce qui va donner, généralement, désormais plus de vie à la vie.» (p. 77)

1.2.3. Les attentes psychosociales des victimes

Les premiers besoins des victimes sont l’expression de la révélation et la reconnaissance de leur statut de victime. Ceci constitue une facteur augmentant la récupération des victimes. Ce système dans lequel la victime s’inscrit donne une chance de faire l’économie des conséquences des symptômes liés à une absence de reconnaissance.

 

La révélation correspond à un moment privilégié pendant lequel une victime peut dire sa souffrance. Elle s’accompagne généralement d’une forte décharge émotionnelle. À ce moment précis, s’exprime ce qui était jusqu’alors inexprimable, tout simplement par manque de mots pour le dire, par peur de ne pas être écoutée et comprise.

 

Le fait de reconnaître non seulement la victime en tant que telle mais également le fait subit, permet de reconnaître l’impact d’un tel événement et autorise l’individu à accepter que ses réactions aient pu être normales.

 

Pour être efficace, cette révélation doit s’accompagner d’un travail plus profond car la libération du secret n’est pas forcément un soulagement. Elle peut laisser la victime dans un profond bouleversement de ses repères, de son rapport au réel et s’accompagner d’un vécu de dépersonnalisation.

 

Ce dont la victime a également besoin c’est que sa parole soit reconnue. Cela peut lui permettre d’accéder à un stade qui est celui de la reconnaissance. Reconnaissance par rapport à ceux qui n’ont pas connu la même souffrance et donc de pouvoir se démarquer d’eux, mais reconnaissance aussi de la part de ceux ayant vécu la même chose.

 

Ces deux attentes sont des attentes qui passent par la parole afin de se libérer (être reconnu comme « personne », être reconnu comme victime, être écouté, de recevoir de l’intérêt, de la compassion).

 

La victime considère donc souvent que la réparation de son préjudice que lui promet la loi passe tout d’abord par une reconnaissance de son statut de victime.

 

D’après AUDET et KATZ (1999) « La reconnaissance de la victime est nécessaire au travail de réparation qui ne peut pas être que matérielle ou pécuniaire.» (p. 509). La reconnaissance est un moyen de reconstruction de la personne. Il s’agit d’une reconnaissance immatérielle dans un premier temps.

 

Obtenir ce statut de victime permet donc d’assurer vis-à-vis du regard d’autrui que la victime n’est pas responsable de sa situation. Qu’importe le type de regard, c’est le regard en lui-même qui est important pour la victime. Ne pas être regardé est équivalent à être nié et c’est souvent insupportable pour la victime. Le fait de ne plus exister aux yeux des autres la réconforte dans le fait qu’elle est mise à l’écart du monde dans lequel elle vit.

 

En l’absence de cette reconnaissance, la victime risque de développer des attitudes telles qu’un tempérament revendicateur, une agressivité à l’égard du système ou de ses membres, etc. C’est un peu comme si la personne non reconnue n’avait plus la motivation suffisante pour réintégrer le système puisqu’il lui a été signifié indirectement qu’elle n’en faisait plus partie.

 

Toutefois, d’autres victimes utilisent d’autres voies et ne cherchent pas le regard d’autrui. Elles veulent le plus vite possible rentrer à nouveau dans le monde duquel elles ont été exclues de par ce qui leur est arrivé et ne souhaitent pas en parler. C’est souvent le cas des victimes de viol qui n’osent pas l’avouer à leur entourage. Certaines vont également minimiser ce qui leur est arrivé afin de produire chez l’autre un regard admiratif car elle ne semble pas atteinte par ce qui s’est produit.

 

La victime de faits traumatiques, après avoir été reconnue en tant que personne, doit être écoutée. Elle doit bénéficier d’un certain intérêt de la part de l’écoutant sans être jugée. Le travailleur social recevant les victimes doit alors être en contact avec la personne, être attentif.

 

Le fait de pouvoir mettre des mots sur ce qui est arrivé est très important. Parler permettra à la victime de se libérer, parfois de partager l’événement avec autrui. Le besoin de parler ou non dépend de la personne car toutes les victimes sont et ont des réactions différentes.

 

La victime, après avoir été entendue au sujet de l’événement, aura besoin de conseils. Porter plainte, se rendre à l’hôpital afin de faire constater les blessures éventuelles, etc. ne sont pas toujours des actions faciles.

 

Il s’agit de recréer du lien social après avoir recréé le lien avec soi-même mais aussi retrouver sa place de sujet parmi d’autres sujets, bref retrouver sa place de citoyen.

 

Cette reconnaissance du statut de victime contribue à la réparation du préjudice. Mais cette réparation peut aussi passer par une indemnisation (pécuniaire), ou encore par le fait que la victime puisse émettre le souhait d’une sanction prononcée à l’égard de son agresseur, cette sanction représentant ce qu’il lui a fait subir.

 

Le traitement des victimes ne se résume donc pas aux thérapies ou au suivi médicamenteux. La plupart du temps, une prise en charge sociale et un accompagnement judiciaire doivent se faire et se révèlent indispensables.

 

La prise en charge sociale concerne principalement les assurances lorsqu’il y a lieu que ces dernières soient averties. Sont également concernés par cette prise en charge, les médecins, les médecins conseils des assurances, les services sociaux, ou encore les associations de victimes.

 

L’accompagnement judiciaire se fait, lui, par les avocats mais parfois aussi par les associations qui ont la possibilité de se constituer partie civile pour défendre les intérêts des victimes.

1.2.4. L’aide préconisée

La première aide prodiguée aux victimes est le « défusing ». Ce dernier correspond à la période suivant les faits durant laquelle sont apportés aide, soutien et réconfort à la victime. Il s’agit surtout d’une session de désamorçage. C’est ce que le travailleur social se proposera de faire avec la victime. Il s’agit d’être là en tant qu’être vivant aux cotés de la victime. VERMEIREN (dans E. DE SOIR et E. VERMEIREN, 2002)  postule que « c’est de cette première rencontre que peut naître l’ensemble du processus thérapeutique : le sujet se remet à parler, à s’adresser à quelqu’un, revient à la vie. » (p. 37)

 

Dans un deuxième temps, si cela s’avère nécessaire, vient le « débriefing ». Il s’agit d’une intervention proposée aux victimes directes et indirectes de stress traumatique. Cette technique permet de mettre en avant les différents comportements et émotions auxquels les victimes ont été confrontées, pendant mais aussi dans les suites du stress. La prise en charge psychologique immédiate des victimes, tout comme celle des différents intervenants impliqués (policiers, pompiers, médecins, etc.) permet de prévenir ou d’atténuer les conséquences psychologiques ultérieures.

 

Il s’agit selon CROCQ (dans E. DE SOIR et E. VERMEIREN, 2002), « d’exprimer ce qu’on ressent confusément » (p. 38).

 

Selon LOPEZ et SABOURAUD-SEGUIN (1998) « Cela permet une prise de conscience de la pleine normalité des émotions et des comportements de stress comme la tension émotionnelle, les crises de larmes, la déception, le désespoir, l’humiliation, la honte… » (p. 254). Toujours selon ces mêmes auteurs (1998), « Le débriefing psychologique comporte trois phases essentielles :

dédramatiser et normaliser les réponses initiales au stress traumatique aigu ;prévenir ou atténuer la survenue de troubles psycho-traumatiques en expliquant leur fréquence et leur « normalité » ;offrir la possibilité d’une prise en charge thérapeutique et d’un accompagnement socio-judiciaire ultérieur, si cela était nécessaire.» (pp. 254-255)

 

Lorsque le nombre de participants se révèle être trop important, les débriefers doivent être au moins deux et se répartissent les tâches. L’un conduit la réunion, l’autre observe, écoute et intervient à l’occasion. Il peut également sortir de la pièce avec un participant, qui le désirerait.

 

Après le débriefing, le désir d’avoir un entretien individuel peut apparaître chez certains participants. Ce dernier est le complément indispensable au débriefing dans certaines situations car il permet d’aller plus loin, d’approfondir le questionnement sur des sujets beaucoup plus intimes.

 

Il existe également un débriefing individuel pour les victimes isolées. La méthode employée sera calquée très exactement sur la méthode qui a été mise au point pour les débriefings collectifs.

 

Cette technique répond à une procédure qui est capable de faire émerger la parole là où le plus souvent les mots font défaut, où les sujets ne savent pas exprimer ce qui se passe en eux. D’après DECLERCQ et LEBIGOT (2001) « La victime pourra alors reprendre sa place dans le monde des êtres parlants.» (p. 185)

 

Alors que le débriefing se fait avant les septante-deux premières heures, un second débriefing est également prévu entre les septante-deux premières heures et avant le premier mois. Il consiste en l’évaluation de l’évolution des symptômes de chacun, un travail sur la dynamique de l’équipe, etc.

 

Après un mois, les victimes qui le désirent peuvent faire une demande de suivi thérapeutique. Il est également important de préciser qu’elles peuvent le faire si elles le souhaitent dès le début des interventions.

 

Enfin, un an après les évènements, un troisième débriefing est organisé. Cette réunion s’effectue donc autour de la date anniversaire et suit les mêmes modalités pratiques que le débriefing. Cette rencontre a pour but l’évaluation à long terme des séquelles et symptômes, la gestion des angoisses liées à la date anniversaire, le cadrage positif de l’évolution, des acquis des victimes, ainsi que l’occasion pour les personnes soufrant  d’un ESPT d’être écoutées.

 

1.2.5. Les droits des victimes en Belgique

La victime a des droits fondamentaux qui doivent être respectés dans toutes les situations.

 

Selon le Ministère de la Justice belge (1998) ces droits sont :

« Un respect et un traitement correct ;une prise en charge et un traitement avec tact, bienveillance et correction, quelles que soient l’infraction, la nationalité, le statut social, les convictions politiques, etc.Des informations concernant le déroulement de la procédure judiciaire, l’assistance d’un avocat, ainsi que des moyens mis à disposition pour obtenir une aide financière, etc.Être entendu(e), c’est-à-dire de pouvoir communiquer tous les éléments nécessaires à l’appréciation correcte du dommage.Une assistance juridique et à la réparation financière.Recevoir une aide psychosociale de qualité et adaptée, ainsi que la protection de votre vie privée. » (p. 7)

 

On constate que dans ce document l’aide psychosociale de qualité se positionne en dernier lieu. En effet, les questions d’ordre pratique telles la déposition, l’indemnisation, arrivent en première ligne.

Conclusion

En conclusion, on constate que la victimologie est un secteur en pleine expansion et que la notion de victime est de plus en plus présente dans le discours politique.

 

Une victime est une personne qui subit un dommage dont l’existence est reconnue par autrui et dont elle n’est pas toujours consciente.

 

La victime est donc confrontée à un événement choquant, provoquant une peur intense et produisant un sentiment d’impuissance. Il produit chez la personne une déstructuration des systèmes de croyances et de valeurs.

 

Juste après l’événement, ou dans un délai d’un mois, peuvent apparaître certains symptômes comme des reviviscences, des évitements de stimuli pouvant faire resurgir le souvenir de l’événement, qui s’accompagnent d’une détresse et d’une angoisse importantes, ainsi qu’une altération générale du fonctionnement social, familial, etc. Mais au-delà de ce délai, la victime peut basculer dans ce qu’on appelle l’État de Stress Post-Traumatique.

 

Le traitement des victimes ne se résume donc pas aux thérapies ou au suivi médicamenteux, mais la plupart du temps une prise en charge psychosociale et un accompagnement judiciaire se révèlent indispensables.

 

Pour une prise en charge optimale, dès les premiers temps, par des professionnels, plusieurs techniques ont été mises au point à savoir le défusing et le débriefing, entre autres, afin d’éviter une chronicisation du traumatisme.

Toutefois, pour la victime, la révélation et la reconnaissance de son statut sont des attentes psychosociales primordiales.

II. Contexte

Introduction

Le contexte de cette recherche se situe dans le cadre des services de l’Assistance aux Victimes.

 

Nous avons choisi ce service car leur intervention, est la plus immédiate possible, c’est-à-dire dans les heures suivant les faits et que nous pensons que la prise en charge des victimes doit être la plus rapide possible afin d’éviter l’ancrage dans une problématique beaucoup plus lourde.

 

Ce service s’adresse à tous types de victimes mais nous n’aborderons dans ce travail que les victimes d’infractions et plus précisément les victimes d’infractions avec contact physique avec l’agresseur.

 

Selon le Ministère de la Justice (1998), « Il existe trois types d’infractions :

Un crime, par exemple un attentat à la pudeur d’un ou une mineure, un viol, un homicide volontaire ;Un délit, par exemple un vol, un abus de confiance, une escroquerie, des coups et blessures ;Une contravention, par exemple le tapage nocturne, une infraction au code de la route. » (p. 6).

 

2.1. Aide mise en place en Belgique

Dans le passé, selon le « Plan stratégique d’une politique nationale en faveur des victimes » (Ministère de la Justice, 1996), la politique criminelle, qui recouvre l’ensemble des mesures, de droit pénal ou non, qui visent à protéger la société de la criminalité, à déterminer le sort des délinquants et à garantir les droits des victimes, accordait son attention exclusive à la punition de l’auteur et à la protection de la société. C’est dans une optique d’approche plus efficace de la problématique des victimes que des propositions d’amélioration des services ont été formulées dans ce même écrit (1996).

 

Ces propositions visent:

le domaine du droit en général,la procédure judiciaire,la première prise en charge, l’accueil, une aide plus efficace aux victimes  et une amélioration de la coordination entre les différents réseaux.

 

Beaucoup de victimes attendent une approche humaine de la part de tous ceux avec qui elles sont en contact.

 

Différents services apportent leur aide aux victimes et parmi ceux-ci nous trouvons les instances officielles suivantes :

Les services de PoliceLa Police FédéraleLes Services d’Aide aux VictimesLes Services d’Accueil des Victimes du Parquet et TribunalNous les reprenons ci-après en les décrivant succinctement.2.1.1. Les services de Police

Selon le Ministère de la Justice (1996 - Loi du 05 Août 1992), ils ont la fonction « de secourir les victimes de délits principalement en leur fournissant l’information nécessaire » (p. 13). Cette assistance consiste en une aide pratique, une communication d’informations et un renvoi à des relais tels que les Services d’Aide aux Victimes. Ces services policiers sont épaulés par des unités spéciales, les Services d’Assistance aux Victimes, qui doivent assurer une sensibilisation permanente, une instruction sur le plan pratique et un accompagnement des membres de la police dans leur mission d’assistance aux personnes.

 

2.1.2. La Police Fédérale

Elle comprend un assistant social, ou psychologue, engagé pour chaque méga-district. La tâche de ce travailleur social comprend, toujours selon le Ministère de la Justice, « la sensibilisation des policiers et leur formation sur le terrain. Ils doivent assister ces derniers dans leurs contacts avec les victimes et dans l’entretien de ces contacts » (p. 14). Une autre de ses missions est de renvoyer les dossiers aux services d’aide sociale et de santé adéquats. Il peut également prendre en charge des policiers ayant été victimes eux-mêmes.

 

2.1.3. Les Services d’Aide aux Victimes

Ils dépendent des Services d’Aide Sociale aux Justiciables (ASJ) : Services privés reconnus et subsidiés par les Régions, ils s’adressent à toutes victimes d’infractions ou de faits qualifiés d’infractions auxquelles ils offrent une aide professionnelle spécifique. Ils apportent une aide psychologique et sociale aux victimes et à leurs proches. Cette aide peut être de courte durée ou prendre la forme d’un accompagnement à plus long terme afin de faire face aux conséquences de la victimisation. Cette aide doit être sollicitée et acceptée par la victime. Elle est gratuite.

 

Le Ministère de la Justice (1996) a constaté que, malgré la réglementation tout à fait claire, le renvoi aux services d’aide ne se fait pas de manière optimale pour diverses raisons. D’abord le secret professionnel du fonctionnaire de police et la protection de la vie privée sont des obstacles importants. Ensuite il est extrêmement difficile de s’orienter dans le monde complexe des services d’aide sociale et de santé.

 

2.1.4. L’Accueil des Victimes au Parquet et au Tribunal.

Cette aide n’existe que depuis 1993 et ce n’est que depuis 1996 que chaque arrondissement judiciaire est doté d’un tel service. La tâche est expressément limitée à un premier accueil et ne consiste en aucun cas en un travail de conseil juridique. Il s’agit d’un renvoi vers les services appropriés. Afin d’accroître les chances de succès du projet, un agent de liaison a aussi été désigné dans chaque Parquet, il effectue la liaison entre l’assistant social ou les victimes et les autres membres du Parquet.

 

2.2. Service d’Assistance aux victimes ( SAV)

        Les Services d’Assistance aux Victimes (SAV) sont subventionnés par les Régions.

 

        Le SAV est un service de première ligne dont l’intervention se fait à court terme ; il réoriente les victimes vers des structures plus spécifiques qui réalisent la prise en charge de la victime.

 

        Ce service intervient en phase aiguë du traumatisme, dès la survenance des faits constatés par la police mais également de manière différée si la victime ne souhaite pas son intervention directement après les faits. Il est possible que l’intervention ait également lieu à l’initiative de la victime elle-même.

 

        L’intervention du SAV dans des situations traumatisantes a pour objectif de prévenir la survenance d’un État de Stress Post-Traumatique chronique, mais aussi d’éviter au maximum les situations de victimisation secondaire en permettant à la victime de s’exprimer sur son vécu traumatique et en évaluant avec elle ses réels besoins sur le plan psychosocial.

 

           Les Services d’Assistance aux Victimes sont là pour aider les victimes et leur famille. Ils les accueillent et les écoutent. En effet elles ont souvent perdu tout repère dans la réalité sociale et sont « perdues » face à cet événement « inhabituel ».

 

        L’aide psychologique se fait dans une logique de compréhension de la part de la victime. Entendre la cassure, donner l’information quant à la normalité de ce qu’elles ressentent, les aider à mobiliser leurs ressources pour se reconstruire.

 

        Le décret du 18 Juillet 2001 (Ministère de la Justice, 1996) définit l’accompagnement psychologique en ces termes : « Toute aide de nature psychologique destinée à soutenir une personne confrontée à une situation de victimisation à l’exception de la prise en charge à long terme nécessitée par des troubles psychiques persistants ».

 

        Afin de pouvoir réaliser les tâches qui leur sont confiées, les SAV optent pour une approche individuelle ou collective. Leurs interventions sont offertes aux victimes de tout type.

 

2.3. Population de recherche

        Les personnes interviewées ont été victimes d’infractions comprenant un contact physique avec l’agresseur (car-jacking, home-jacking, agression, etc.). Ces faits sont qualifiés de traumatisants, ils bouleversent la vie de l’individu en faisant voler en éclat ses repères.

 

        La démarche de recherche de victimes, donnant leur accord à cette étude, a été faite auprès du service d’Assistance aux Victimes de l’arrondissement judiciaire du grand Mons. Pour des raisons de confidentialité, nous ne donnons pas le secteur, ni la zone ayant participé à cette recherche.

 

Conclusion

        Le contexte de cette recherche est l’Assistance aux Victimes. Ces services interviennent en phase aiguë du traumatisme dès la survenance des faits constatés par la police mais également de manière différée, si la victime ne souhaite pas son intervention directement après les faits. Ce service réoriente les victimes vers des structures plus spécifiques à la prise en charge du traumatisme.

 

        Les victimes interviewées ont été victimes d’infractions et résident dans l’arrondissement du grand Mons.


 

III. Méthodologie

Introduction

        La population de notre échantillon est composée de dix personnes des deux sexes et d’âges différents. Elles ont été victimes d’infractions comprenant un contact physique avec l’agresseur.

 

        Notre étude est une recherche de type qualitative. Il s’agit de comprendre la signification que des personnes donnent à des événements auxquels elles sont confrontées.

 

        Cette approche se veut holistique et globale. Holistique car elle tient compte des faits humains dans leur globalité et postule que ces derniers ne peuvent être expliqués si nous nous limitons à étudier leurs diverses composantes séparément. Et globale car cette technique prend en compte l’ensemble des dimensions qui caractérisent un phénomène.

 

        Notre étude se situe dans le cadre de ce que VERMERSH (2000) appelle l’approche du singulier, à savoir qu’un seul fait peut avoir valeur scientifique.

 

        Etant désireux de mettre en avant le vécu des victimes nous avons utilisé l’entretien compréhensif de KAUFMANN (1996). Il s’agit, d’après MUCHIELLI (1996), d’une approche compréhensive postulant que « les faits humains ou sociaux sont des faits porteurs de significations véhiculées par des acteurs, parties prenantes d’une situation inter-humaine » (p. 29). Afin d’analyser les entretiens, nous avons utilisé une analyse de contenu thématique et catégorielle, en articulant la rigueur de l’objectivité à la richesse de la subjectivité.

 

3.1. Question de recherche

        Nous pouvons constater depuis quelques années, que des services sont proposés afin de permettre aux personnes ayant subi une situation traumatisante de ne pas basculer dans un état tel que les conséquences qui en découlent s’avèreraient dramatiques pour la santé mentale de la victime.

 

        Les services d’assistance doivent être attentifs à ce que la personne victime d’infraction éprouve comme attentes. Ils doivent pouvoir y répondre dans les plus brefs délais et ainsi empêcher l’ancrage dans un état hors duquel il est souvent difficile de sortir.

 

        Après le traumatisme, la victime va sans doute solliciter des aides afin de surmonter cet événement. Mais à qui va t’elle faire appel ? La victime va-t’elle faire appel à ses proches, à des personnes intimes, à un réseau social proche ou faire appel à des professionnels de l’assistance aux victimes, à un réseau social éloigné ?

 

        Cette question de recherche nous renvoie à la place que tient un Service d’Assistance aux Victimes, au rôle du travailleur social, ainsi qu’aux attentes psychosociales des victimes par rapport à un service tel que celui-ci.

 

        La méthodologie est donc de type « apostérioriste ».  Nous n’avons pas formulé d’hypothèse dès le départ de notre recherche. Nous avons tenté de répondre à la question initiale et ensuite nous avons émis une hypothèse que nous avons essayé de vérifier.

3.2. Dispositif de recherche

3.2.1. Entretien compréhensif

        Pour recueillir le discours de notre population, nous avons choisi la technique de l’entretien compréhensif (J.-C. KAUFMANN, 1996). En effet, cette technique d’interview, par ses postulats de base, nous a permis d’atteindre le vécu traumatique, le vécu concernant l’aide apportée, mais aussi, comme expliqué ci-dessous, de dégager les principes d’une aide « idéale » pour les victimes.

 

        Selon MUCHIELLI (1996), cette technique est issue d’une approche compréhensive postulant que « les faits humains ou sociaux sont des faits porteurs de significations véhiculées par des acteurs, parties prenantes d’une situation inter-humaine » (p. 29) et qu’il est possible pour un individu de pénétrer le vécu et le ressenti d’un autre individu grâce à l’empathie. L’entretien est donc de type compréhensif car son caractère est plus familier qu’un autre type d’entretien plus traditionnel, la dynamique de confiance et de confidence, nouée avec l’enquêteur permet de « descendre » sous un niveau de surface, accéder à un contenu plus riche, à une vérité plus criante.

 

        KAUFMANN (1996) postule que « les hommes ne sont pas de simples agents porteurs de structures mais des producteurs actifs du social, donc des dépositaires d’un savoir important qu’il s’agit de saisir de l’intérieur, par le biais du système de valeurs des individus » (p. 23). Autrement dit, le savoir des gens vivant sur le terrain n’est pas un non-savoir et est très important dans la mise au point d’une théorie. À partir de cette constatation, certains auteurs estiment, selon KAUFMANN (1996), que le « savoir commun et le savoir scientifique s’enchaîneraient dans une parfaite continuité ». Démarche très importante dans cette recherche puisque les acteurs sont des victimes.

 

        Les victimes sont capables, pour la plupart, de détailler les aides qu’elles ont reçues. Elles sont également capables de préciser celles dont elles auraient aimé bénéficier. Ces informations sont importantes pour le professionnel qui doit cependant les examiner avec toutes les réserves nécessaires : une victime traumatisée est-elle réellement apte à déterminer ce qui peut lui être bénéfique ?

        Avec ce type d’entretien, la connaissance progresse jour après jour, c’est un travail qui se construit petit à petit grâce aux données extraites du terrain. Cette analyse est le résultat à la fois de la compréhension du sujet, et de l’analyse objective du discours de ce dernier.

 

        Il est important de signaler que cette méthode considère que c’est l’engagement du chercheur qui entraînera l’engagement de l’interviewé et donc, qu’il faut éviter de se retrancher derrière un mur de silence si l’on veut obtenir des données significatives. Plutôt que de maintenir une façade distante, l’enquêteur doit savoir s’impliquer afin de dynamiser l’entretien et utiliser toutes sortes de tactiques pour approfondir l’engagement des personnes dans la situation de l’enquête, tout en respectant « l’espace » de la personne interviewée.

 

        KAUFMANN (1996) considère que le fait de partir du terrain est la meilleure manière d’éviter les dérives subjectivistes en ce qui concerne l’interprétation des données.

 

        Afin de dégager des données importantes pour la recherche mais aussi de faciliter la comparaison inter-interviewés, l’auteur préconise l’utilisation d’un questionnaire préalablement réalisé par le chercheur en fonction de ses connaissances, entre autre celles acquises lors de la phase de lecture, concernant le domaine de recherche. Selon KAUFMANN (1996), il faut surtout éviter de tomber dans le piège de la simple réponse aux questions mais plutôt tenter de créer une dynamique conversationnelle entre les deux protagonistes. Pour cela, il faut « oublier » la grille tout en restant dans le thème.

 

        Pour tester la validité de l’instrument, l’auteur utilise principalement le principe de la saturation des modèles : des hypothèses apparaissent lors de la phase d’observation, elles évoluent en fonction des observations faites sur le terrain et ensuite se stabilisent lorsque les faits confirment à peu près les hypothèses. De nouveaux résultats ne peuvent alors plus découler des observations et on arrive à ce que l’on appelle saturation.

3.2.2. Présentation de l’entretien

Le type d’entretien que nous avons utilisé lors de notre recherche est un entretien dit semi-directif. Le principe de cet entretien est en premier lieu l’adoption d’une attitude empathique avec la personne. Il faut pour ce faire adopter une attitude d’ouverture, une grande disponibilité sans préjugé ni a priori. Cette manière de se comporter avec la personne interviewée est un encouragement à l’expression spontanée. Il faut cependant rester vigilant durant l’entretien afin de rester objectif.

 

Dans le cadre de cette recherche nous avons préparé une série de questions nous servant de guide. Ce guide  prévoit les quelques grands thèmes à aborder lors de la rencontre, et leurs sous-thèmes éventuels. Il prévoit leur ordre d'apparition et pour chacun des grands thèmes une question ouverte introductive. Cette technique permet à l’interviewé de s’exprimer librement, avec des termes lui convenant, et avec la possibilité, s’il le désire, de revenir sur des thèmes déjà abordés.

 

Dans tout entretien il faut pouvoir varier les questions, parfois les répéter et préférer des questions courtes.

 

Nous avons rencontré les victimes à leur domicile. Les victimes étaient seules lors de l’interview, sauf pour une pour l’une d’entre elles pour laquelle le frère était présent mais sans intervenir. La rencontre a eu lieu après que la psychologue ait vu les victimes au moins une fois et qu’elle leur ait préalablement proposé de participer à notre recherche.

 

Lors de cet échange, durant lequel la personne produit un discours dans lequel elle nous livre une partie de son vécu, son expérience, nous avons été attentif au contexte en lui même. En effet, le contexte dans lequel se déroule un entretien peut influer sur son déroulement, à savoir, la présence de tierce personne, les bruits environnants, etc. Nous avons donc été attentifs à toutes ces sources potentielles de distraction afin que le déroulement de l’entretien se passe dans les meilleures conditions.

 

L’entretien à duré en moyenne entre trois quarts d’heure et une heure. Nous avons volontairement fait en sorte que l’entretien ne soit pas d’une durée trop importante afin d’éviter un biais appelé effet de fatigue, qui peut survenir lorsque l’interviewé trouve le temps long ou a épuisé ses facultés de concentration. Nous avons été d’autant plus attentif à ce biais que les thèmes abordés font appel à des événements douloureux pour la personne.

 

L’entretien a été enregistré avec accord préalable de la victime. Nous avons procédé à cet enregistrement car il s’agit du seul moyen de conserver intégralement ce qui a été dit mais aussi de consacrer toute son attention à ce qui se dit. Nous avons bien évidemment garanti l’anonymat à chacune des victimes ayant participé a cette recherche.

 

Après avoir présenté le but de notre recherche, nous avons abordé les questions en elles-mêmes. Ces dernières étaient rédigées en tenant compte de certains facteurs proposés par F. NILS et B. RIME (cité dans MOSCOVICI et BUSCHINI, 2003) :

1.      circonscrire les contenus pertinents pour les objectifs de la recherche ;

2.      utiliser un langage clair et porteur de sens pour la population cible ;

3.      utiliser une formule de présentation qui maximise la validité et la fiabilité des réponses ;

4.      assurer un flux conversationnel agréable ;

5.      et réduire les biais liés aux effets d’ordre des questions. (p. 177)

 

Nous avons choisi comme premier thème l’aide reçue et pas le traumatisme en lui même. En effet, le but de notre rencontre avec les victimes n’était pas un deuxième débriefing concernant les faits mais bien un entretien portant sur l’aide qui leur avait été apportée. Nous avons néanmoins abordé le traumatisme mais dans un deuxième temps, après qu’une certaine confiance se soit installée entre nous et la victime. En effet, aborder le traumatisme n’est pas toujours chose aisée face à une personne étrangère.

 

Nous avons tout d’abord abordé le thème de l’aide reçue de façon chronologique, à savoir quelle à été la première aide dont les victimes ont bénéficié, puis les autres types d’aide qui se sont enchaînées. Nous avons alors évoqué la question de savoir si cette aide était une demande spontanée de la part des victimes ou une proposition des services de police. Le but de cette question était de mettre en avant la connaissance ou non de services tel que celui de l’assistance aux victimes. Enfin, pour ce premier thème, nous avons demandé aux victimes si elles avaient eu l’entretien avec le psychologue à leur domicile ou au bureau d’assistance aux victimes.

 

Le deuxième thème abordé est celui du traumatisme en lui-même. Nous avons demandé à la victime de nous raconter succinctement  les faits.

 

Le troisième et le quatrième thèmes abordent l’avant et après traumatisme. Nous avons tenté de mettre en avant les différences, si il y en a, entre l’avant et l’après traumatisme en abordant des grands thèmes de vie de la personne tels le niveau familial, professionnel, social, relationnel, etc.

 

Le dernier thème abordé avec les victimes se centre sur l’aide à recevoir dans de telles circonstances et sur ce que la victime proposerait à une personne ayant vécu des événements identiques. Nous terminons l’entretien par ce qu’est, pour la victime, l’aide idéale, si tant est qu’il puisse en exister une.

 

Nous joignons notre grille d’entretien en annexe 7.

 

3.2.3. Approche qualitative

        Cette étude se situe dans une approche de type qualitative. PAILLE (dans A. MUCHIELLI, 1996) en donne la définition suivante : « L’expression recherche qualitative désigne toute recherche empirique en sciences humaines et sociales répondant aux cinq caractéristiques suivantes :

        La recherche est conçue en grande partie dans une optique compréhensive.Elle aborde son objet d’étude de manière ouverte et large.Elle inclut une cueillette des données effectuée au moyen de méthodes qualitatives, c’est-à-dire des méthodes n’impliquant, à la saisie, aucune quantification, voire aucun traitement, ce qui est le cas, entre autres, de l’interview, de l’observation libre et de la collecte de documents.Elle donne lieu à une analyse qualitative des données où les mots sont analysés directement par l’entremise d’autres mots, sans qu’il y ait passage par une opération numérique.Elle débouche sur un récit ou une théorie (et non sur une démonstration) » (p. 196).

 

PAILLE (1997) a également émis cinq propositions constituant le fondement de la recherche qualitative :

« L’analyse qualitative cherche à comprendre quelle est la perception qu’ont les acteurs du monde. Les objets faisant partie du monde dans lequel nous vivons, nous apparaissent comme des réalités objectives mais c’est notre rapport à ce monde qui définit la valeur que nous leur donnons.Un phénomène sans signification n’est pas assimilable pour l'être humain. Nous ne pouvons admettre un événement qui ne signifie rien. Le fait même de le classer comme insignifiant revient à lui attribuer une signification.La science humaine ne réside pas dans la découverte de rapports mathématiques mais en l'attribution de sens à ces rapports.La recherche concernant l'activité humaine est inévitablement interprétative et subjective. DENZIN, cité par PAILLE (1997), affirme que « dans les sciences sociales, il n'y a que l'interprétation. Rien ne parle par soi-même » (pp. 61-62). La subjectivité doit être exploitée plutôt que contrôlée ou niée, contrairement à une vision positiviste de la science.En sciences humaines et sociales, l'introduction de la mesure n'est pas, au départ, naturelle mais se révèle, au contraire, assez problématique. L'approche qualitative est, elle, beaucoup plus proche de la réalité étudiée. » (pp. 61-62)

 

        La recherche qualitative se différencie fortement de l'approche positiviste, surtout en ce qui concerne la problématique. L’approche positiviste est constituée des arguments et des conclusions d'études antérieures, ces dernières ne possédant qu'une valeur instrumentale. La recherche qualitative est, quant à elle, une recherche de terrain qui permet de poser un problème de recherche à investiguer. Le chercheur devra comprendre les phénomènes qu’il étudie tel qu’ils sont rapportés par les acteurs de terrain.

 

        Ce type de recherche possède ses propres caractéristiques qu'il est utile de rappeler. Elle doit se construire à partir d'une argumentation s'inscrivant dans la réalité du terrain, des phénomènes vécus et s'inspirer des recherches réalisées sur celui-ci. Mais cette recherche est également guidée par une interrogation générale de la part du chercheur à propos de son terrain d’étude.

 

        La recension des écrits doit se faire à partir de recherches compréhensives plutôt qu'explicatives. Enfin, elle doit être large et ouverte afin d'éviter d'atomiser le problème. C’est la logique de la découverte. Il s’agit de découvrir l’ensemble des phénomènes signifiants du phénomène étudié. Et enfin elle doit faire apparaître la sensibilité théorique du chercheur.

 

        Un élément important de la discorde entre la recherche positiviste et la recherche qualitative se situe au niveau de la prise en compte du « facteur humain ». En effet, selon PAILLE (1997), la recherche qualitative considère que « le fait humain est notre condition en même temps qu'il est notre fenêtre sur les processus ininterrompus de la vie » (p. 63). C'est pour cette raison que le chercheur fait partie du phénomène qu’il étudie. À savoir que ses opinions peuvent servir à mieux comprendre le phénomène, à condition d’être maîtrisé.

 

        Comme expliqué ci-dessus, nous avons choisi pour notre étude une orientation qualitative, celle-ci s'appuie sur une approche basée sur la description du singulier considérant chaque donnée observée comme source de savoir non négligeable. Nous avons porté notre choix sur cette approche afin d'être le plus proche possible de la réalité, des phénomènes vécus par la population. Tout en reconnaissant sa prédominance, nous devons théoriser le terrain et le confronter aux théories existantes afin de mieux le comprendre.

3.2.4. Approche du singulier

        Notre recherche se situe dans un modèle de pensée qui considère une occurrence comme ayant valeur unique et pouvant avoir une force déterminante de changement, à savoir, ce que VERMERSH (2000) appelle l’approche du singulier.

 

        Est-ce que la description d’un seul fait peut avoir valeur scientifique ? À cette question l’auteur (2000) affirme que oui car «une occurrence unique peut avoir une force déterminante de changement » (p. 241). La seule trace d’une présence d’avalanche devrait vous déconseiller de construire un chalet à cet emplacement. Il n’est donc pas nécessaire de multiplier les exemples pour démontrer ce postulat. L’auteur affirme également, dans le même ordre de pensée, qu’ « établir une occurrence à valeur universelle d’établir l’existence d’au moins un exemplaire » (p. 241). Les conséquences peuvent être soit une valeur affirmative, et il faut tenir compte de son existence même si ça se révèle être différent ; soit négative, et c’est alors le contre exemple qui peut remettre en cause cette valeur.

 

        Toujours selon VERMERSH (2000) « le singulier en lui même a valeur affirmative car s’il en existe un, alors cette catégorie existe, donc il est à prendre dorénavant en compte ». (p. 242). L’auteur insiste sur le fait que toute recherche qui se donne comme but une généralisation, se base sur la description du singulier au niveau du recueil des données.

 

        Adopter ce point de vue de l’approche du singulier c’est adopter la vision que chaque individu est unique et a le droit d’être considéré comme singulier. En suivant cette idée, on ne résume pas l’individu à une catégorie à laquelle il appartiendrait. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’aucune recherche ne peut prendre en compte les infinies diversités individuelles qui caractérisent chacun. Et qui font, bien évidemment, que nous sommes uniques. Il faut donc opter pour une orientation qui permettra de laisser apparaître cette originalité individuelle, sans faire disparaître l’objet d’étude. Nous abordons là toute la différence entre une orientation -« tendre vers un perfectionnement» par exemple- et un résultat -« être parfait »-.

 

        Selon l’auteur, la plus grande difficulté à dépasser pour un chercheur c’est celle de penser que l’on connaît son objet d’étude, tout simplement parce que l’on est capable de le désigner. Or, on ne peut pas affirmer que l’on connaît son objet de recherche puisqu’on se base sur des données que l’on n’a pas encore recueillies. VERMERSH (2000) postule qu’« aller vers le singulier c’est donc une forme de modestie et de questionnement ouvert qui laisse une chance à la chose elle même de se manifester dans sa propre nature » (p. 247).

 

        Le but sera donc d’amener la personne interviewée à verbaliser un vécu et non pas une classe de vécus. Verbaliser le vécu de la personne dans le sens qu’il est unique car lui appartenant et non pas une classe de vécus définissant une catégorie de plusieurs vécus. Cet but ne se fera pas non plus sans difficultés concernant la technique du recueil des résultats car ce que l’individu croit faire ne correspond pas forcément à la réalité.

 

        L’auteur signale cependant que deux contraintes apparaissent. En premier lieu, l’unique est concevable mais seulement si on fait référence à un fond de connaissance lui permettant d’émerger. Il n’a pas de sens pris séparément car selon VERMERSH (2000), « il n’est reconnu que pour autant qu’il est repéré comme présent, comme existant et cela seul déjà l’insère dans un réseau de connaissances par rapport auxquelles il se détache » (p. 243). En effet, toujours selon VERMERSH (2000) « le singulier n’est accessible que par une grille de lecture qui le situe et lui fait perdre en même temps sa valeur de singulier en un sens absolu » (p. 243).

 

        En deuxième lieu, afin de décrire un singulier, nous ne disposons, d’après VERMERSH (2000) que du langage, qui « est le dépôt de toutes nos catégories sémantiques déjà créées et donc déjà amalgamées à une vision générale du réel » (p. 242).

 

        Ces deux remarques pourraient conduire à la conclusion que c’est chose impossible que d’arriver au singulier. Or cela reviendrait à affirmer qu’il est impossible de découvrir du nouveau, ce qui est faux.

 

        Afin de dépasser ces deux contraintes, VERMERSH (2000) préconise qu’il faut concevoir une activité par son orientation (et donc laisser la situation apparaître telle qu’elle est avant la catégorisation) et non par son résultat (qui doit rester dans l’indécision).

 

        Aller vers le singulier c’est donc aller vers un questionnement ouvert laissant une chance au sujet lui-même de se manifester au travers de sa propre nature.

 

3.3. Traitement des données

3.3.1. Analyse de contenu

        En ce qui concerne l’analyse des données, le choix s’est porté sur l’analyse de contenu car, selon POURTOIS et DESMET (1988), celle-ci est « un moyen efficace […] pour analyser les données émanant de textes ou de tout autre document présentant un caractère de communication » (p. 198). Son but est d’articuler la rigueur de l’objectivité à la richesse de la subjectivité afin de réaliser une « lecture seconde », de dépasser la première lecture.

 

        BARDIN (1993) définit l’analyse de contenu comme étant « un ensemble de techniques d’analyse des communications visant, par des procédures systématiques et objectives de description du contenu des messages, à obtenir des indicateurs (quantitatifs ou non) permettant l’inférence de connaissances relatives aux conditions de production-réception de ces messages » (pp. 42-43).

 

        Les perspectives de l’analyse de contenu ont pour objectif de rendre les discours plus intelligibles, donc plus accessibles à un plus grand nombre par la mise en ordre systématique, objective, descriptive du contenu d’un ou plusieurs discours.

 

        Toujours selon BARDIN (1993), l’analyse de contenu se décompose en trois phases : la pré-analyse, l’exploitation du matériel et l’interprétation

 

        Cette analyse technique doit, selon BARDIN (1993), être précédée d’une lecture flottante des documents afin de faire connaissance avec le texte et de permettre le dégagement de premières impressions.

 

        Abordons la première phase qui est la pré-analyse. Elle correspond à la phase d’organisation de l’analyse de contenu. Elle a pour but d’ « opérationnaliser », systématiser les idées de départ, et ce, dans le but d’obtenir un schéma précis du déroulement des opérations, et donc un plan d’analyse des données.

 

        Cette phase comprend généralement trois missions : à savoir le choix des documents à analyser, la formulation des hypothèses et objectifs, et enfin l’élaboration des indicateurs sur lesquels s’appuiera l’interprétation finale.

1.      Le choix des documents : certaines règles telles que l’exhaustivité, la représentativité, l’homogénéité et la pertinence doivent être respectées.

2.      La formulation des hypothèses : une hypothèse est une affirmation que l’on essaye d’infirmer ou de confirmer par la confrontation à des données sûres.

3.      Le repérage des indices et l’élaboration d’indicateurs : cette phase consiste en la sélection et l’organisation systématique des indices dégagés en indicateurs précis et fiables.

 

        Vient ensuite l’exploitation du matériel. Cette phase correspond au codage du matériel. Cette opération a pour but de transformer et agréger de manière systématique les données brutes en unités représentatives et pertinentes du discours ainsi analysé.

 

Le codage comprend trois étapes :

1.      Le découpage : choix de l’unité d’enregistrement et de contexte. L’unité d’enregistrement correspond au segment de contenu à considérer comme unité de base et l’unité de contexte est le segment du message dont la taille est optimale pour saisir la signification exacte de l’unité d’enregistrement.

2.      L’énumération : choix des règles de comptage.

3.      La catégorisation : selon BARDIN (1993) il s’agit d’ « une opération de classification d’éléments constitutifs d’un ensemble par différenciation puis regroupement par genre d’après des critères préalablement définis » (p. 150), qui a pour but de fournir une représentation condensée des données brutes. Elle se compose de deux étapes : l’inventaire qui correspond à isoler les éléments et la classification qui consiste à répartir les éléments et de ce fait chercher une certaine organisation aux messages.

 

L’auteur insiste sur le fait que toute catégorie doit présenter les qualités suivantes :

·        l’exclusion mutuelle, condition stipulant que chaque élément ne peut être affecté à plus d’une seule case ;

·        l’homogénéité, analyse dans un même ensemble catégoriel ;

·        la pertinence, catégorie adaptée au matériel d’analyse choisi et appartenant au cadre théorique retenu ;

·        l’objectivité et la fidélité, la catégorisation doit être identique indépendamment du chercheur ;

·        la productivité, les catégories doivent apporter des données nouvelles, fiables.

 

        D’UNRUG (dans L. BARDIN, 1993) propose, parmi d’autres techniques, le codage du corpus en thèmes. Le thème étant « une unité de signification complexe, de longueur variable » (p. 136). Ce dernier correspond à l’unité d’enregistrement soumise au codage.

 

        L’analyse thématique consiste à repérer des « noyaux de sens » (thèmes) dont la fréquence pourra signifier quelque chose pour l’objectif de la recherche. On distingue deux types d’analyse thématique : l’analyse verticale qui consiste à relever les thèmes abordés par chaque sujet et l’analyse horizontale qui s’intéresse aux différentes formes sous lesquelles apparaissent un thème d’un sujet à l’autre.

 

        En ce qui concerne cette recherche, nous avons choisi le thème comme unité d’enregistrement et l’entretien individuel comme unité de contexte. En ce qui concerne la catégorisation, elle s’effectue à partir de la théorie relative à l’Aide aux Victimes et par l’analyse de contenu. Le système de catégorisation choisi est la procédure par « tas », c’est-à-dire que le titre conceptuel des catégories n’est défini qu’en fin d’opération.

 

        Vient enfin la phase d’interprétation. La technique de l’analyse de contenu permet le passage de la description à l’interprétation des résultats.

 

3.3.2. L’idéal type

        L’idéal type consiste, d’après WEBER (cité par Mucchielli, 1996), à « extraire des cas et des situations leurs caractéristiques les plus typiques (les plus fondamentales) pour définir un type extrême (« idéal type ») par rapport auquel on peut hiérarchiser les différents cas concrets rencontrés dans la recherche » (p. 92).

 

        En décrivant les différents types nous pouvons les placer en points de référence. C’est par rapport à ces idéaux types que nous allons partager la population, en considérant les différences entre les individus du même idéal type comme négligeables.

 

        L’idéal type est l’accentuation d’un ou de plusieurs éléments ainsi que de différents phénomènes concrets que l’on peut trouver en grand ou petit nombre. L’idéal type ne correspond pas tout à fait à la réalité concrète mais s’en approche de très près. On décrit les différents types avec leur cohérence interne.

 

        L’idéal type est construit hors de certains éléments de la réalité et forme une entité entière logique et précise mais qui ne sera jamais trouvée telle quelle dans la réalité.

 

        L’idéal type est un instrument, il ne s’agit pas du but de la recherche mais un moyen de rendre plus compréhensibles les relations sociales. Selon D.SCHNAPPER (MOSCOVICI et BUSCHINI, 2003) « L’idéal type n’est pas une description de la réalité mais un instrument pour la comprendre » (p. 298).

 

        Nous allons tenter, par l’idéal type, d’avoir accès aux informations nous permettant de mettre en avant la sollicitation du réseau social des différentes victimes.

 

3.4. Echantillon

        L’échantillon de notre population est composé de dix personnes, sept femmes et trois hommes :

image7

 

Schéma n°3 – Répartition des victimes selon le sexe

 

Les sept femmes sont âgées de : 19 ans, 22 ans, 42 ans, 50 ans, 58 ans, 64 ans et 86 ans.

 

Les trois hommes sont âgés de : 27 ans, 52 ans et 77 ans.

 

Les différents types d’infractions sont les suivants :

·        4 vols avec violence au domicile

·        2 vols avec violence sur le chemin du travail

·        2 car jackings avec violence

·        1 vol avec violence sur le lieu de travail

·        1 agression sexuelle

 

        Les victimes, qui  avaient eu au minimum une rencontre avec la psychologue, ont été interviewées dans une période de dix à vingt jours après les faits. Dans un premier temps ce délai nous a été imposé par les disponibilités de la psychologue et des victimes elle-mêmes. Ensuite, au moment de l’interview, les victimes n’étaient plus dans la phase de choc qui est présente pendant trois jours après le traumatisme.

 

        Toutes les victimes de notre recherche résident dans plusieurs entités de l’arrondissement judiciaire de Mons. Nous avons volontairement écarté les mineurs d’âge de notre étude afin que, tout d’abord, l’intervention des parents ne constitue pas un biais à notre recherche et également parce que les attentes psychosociales des enfants ne sont pas identiques à celles des adultes.

 

        Les victimes ayant accédé à notre demande ont, en premier lieu, rencontré le psychologue de la zone de police. Ensuite le psychologue proposait une rencontre ultérieure afin de participer à notre étude. Enfin, nous avons pu ensuite rencontrer les personnes à leur domicile (voir annexe 6).

 

        Le nombre de victimes dont nous avons disposé dans le cadre de cette recherche s’est limité à dix personnes. En effet, nous avons rencontré un nombre important de psychologues et de travailleurs sociaux de différentes zones. Cependant, une seule intervenante s’est montrée active dans la participation à cette recherche. Les autres intervenants psychosociaux de première ligne, intéressés au départ par notre étude, se sont montrés plus que réticents quand est venu le moment de nous permettre de rencontrer les victimes. Bien que le but de cette recherche ait été expliqué dès le départ aux intervenants psychosociaux et que la rencontre avec des victimes ne se faisait que par leur intermédiaire, il ne nous a pas été permis de rencontrer des victimes des autres zones de police. Notre échantillon s’en est retrouvé réduit à dix victimes.

 

Conclusion

        Notre étude est une recherche de type qualitative visant la recherche de sens plutôt que la simple démonstration. Cette étude s’appuie également sur l’approche postulant que chaque donnée observée sur le terrain est source de savoir. Notre étude se situe donc dans le cadre de ce que VERMERSH (2000) appelle l’approche du singulier. À savoir qu’un seul fait peut avoir valeur scientifique.

 

        Étant désireux de mettre en avant le vécu des dix victimes de notre échantillon et puisque cette technique postule que chaque individu est porteur de savoir, nous avons utilisé l’entretien compréhensif de KAUFMANN (1996), afin de recueillir les données émanant de leurs discours. Ces derniers ont donc été soumis à une analyse de contenu thématique et catégorielle. Cette méthode vise l’appréhension du sous-jacent contenu dans un discours. Elle permet une lecture plus approfondie.

 

        Nous avons par ailleurs tenté de mettre en avant la sollicitation des victimes à l’égard de leur réseau social. Pour ce faire nous avons utilisé la théorie de l’idéal type qui est une construction logique de propositions permettant de caractériser le phénomène social étudié. Nous ne retiendrons que les éléments significatifs de chaque idéal type.


 

IV. Résultats

Introduction

        Dans notre recherche, l’approche compréhensive a été privilégiée. C’est pourquoi nous avons utilisé l’entretien compréhensif de J.-C. KAUFMANN (1996). 

 

        L’analyse que nous avons menée est une analyse de contenu qui, selon POURTOIS et DESMET (1988), est « un moyen efficace… pour analyser les données émanant de textes ou de tout autre document présentant un caractère de communication » (p. 198).

 

        Dans le cadre de cette recherche, nous avons tout d’abord regroupé les éléments communs du discours des personnes interviewées, en regard de la théorie sur la victimologie.

 

        Dans un deuxième temps, nous avons mis en avant les éléments nous permettant de catégoriser les victimes selon la sollicitation de leur réseau social qu’elles mettaient en place. En effet, le réseau social proche ou éloigné est sollicité mais de manières différentes selon la victime.  Nous avons donc mis en avant différents types de victimes, en fonction de leur façon de réagir face à leur réseau social, qu’il soit proche (famille, ami) ou éloigné (services psychosociaux) afin de  les classer en trois idéaux types.

 

4.1. Statut de victime

        Avant tout autre résultat, nous avons constaté que deux des dix victimes expriment le fait que la reconnaissance du statut de victime est important. Cela n’implique évidemment pas a contrario que les autres victimes considèrent cette reconnaissance comme primordiale, bien au contraire.

 

« C’était parce que il fallait que je le dise quand même.  C’est affreux quoi ! J’ai été choquée ! » 

 « C’est vrai hein après tout je suis victime aussi non ? C’est ce que la dame a dit :  je suis victime tout autant que d’autres ! »

 

        Le temps de la reconnaissance est primordial car il permet à la victime de se nommer et de se considérer comme un acteur de son avenir. En effet, il est indispensable pour chacun de s’extraire de la soumission à l’événement et donc à l’auteur. Sans cette reconnaissance du statut de victime, la personne blessée dans son for intérieur n’existe pas socialement et ne peut donc entreprendre aucune démarche.

 

        Toutes les victimes de notre recherche ont pu passer ce premier cap qu’est la reconnaissance, grâce à l’intervention des forces de l’ordre en premier lieu et ensuite de la psychologue. L’aide de ces intervenants leur a permis d’entamer le chemin vers la dévictimisation.

 

        Les victimes de notre recherche sont reconnues en tant que telles. L’impact de l’événement est reconnu et permet ainsi aux victimes de réintégrer un système social car celui-ci a signifié à la victime qu’elle en faisait partie.

 

        Si après une agression certaines victimes parviennent à surmonter leur état d’effroi initial, il en est par contre d’autres qui développent un état de stress avec toutes les répercussions qui en découlent dans les activités quotidiennes et professionnelles parfois. Ce point sera abordé ci-après.

 

4.2. Manifestations post-immédiates

        Elles surviennent dans les jours qui suivent l’événement. Elles sont en règle générale transitoires. Le sujet se focalise sur le souvenir de l’événement, il est en état d’alerte et ressent un sentiment d’insécurité. Il se distancie de son entourage et de ses activités. Son humeur est dépressive.

 

4.2.1. Dimension physiologique

        Des désordres d’ordre physiologique sont apparus chez toutes les victimes. Tremblements musculaires, nausées, augmentation de la pression sanguine, troubles du sommeil, modification du comportement alimentaire, augmentation du rythme cardiaque, fatigue, maux de tête, douleurs thoraciques, etc. sont autant de désordres constatés chez les victimes.

 

« Je suis aussi beaucoup plus fatiguée mais c’est parce que je ne dors pas bien du tout » 

« Je remarque que je n’ai pas très faim… Je crois que j’ai même perdu un peu de poids… » 

« Je suis exténuée, je suis fatiguée ».

 

La réaction de post-stress immédiat qui peut s’observer, est liée à la décharge émotionnelle que le traumatisme engendre et a pour conséquence un disfonctionnement corporel tel des pleurs, des tremblements, des douleurs musculaires, des problèmes intestinaux ou urinaires, etc.

 

4.2.2. Dimension émotionnelle

        Ces réactions peuvent aussi être d’ordre émotionnel, comme de l’anxiété, de la colère, des changements d’humeur, de la culpabilité, des troubles du sommeil (insomnies, cauchemars), de la peur, le repli sur soi, etc. Toutes les victimes ont été confrontées à ces désordres.

 

« Je vous assure que je suis capable de les tuer un après l’autre et pour moi c’est une jouissance… Je suis peut-être méchante mais moi j’m’en fous » 

« Mais… mon fils il revient plus souvent. Pour lui c’est une impuissance. C’est le seul homme de la famille… et au lieu de défendre sa mère et sa sœur, il n’a pas su, quoi… ».

 

        Le syndrome de répétition est un des troubles apparaissant le plus fréquemment. Il s’agit de pensées diurnes ou nocturnes parasitées par des images et des impressions sensorielles en relations directes avec le traumatisme. Elles peuvent apparaître de jour comme de nuit. Ces souvenirs répétitifs sont intrusifs et pénétrant le sommeil mais sont également terrifiants.

 

« C’est vrai, j’y pense encore souvent… c’est comme des rêves … non plutôt des cauchemars… »

 

        Toutes les victimes de notre recherche ont éprouvé un sentiment de l’ordre de la menace pour leur intégrité physique entraînant une peur. Elles ont été confrontées à un événement ayant une forte proximité avec la mort, que ce soit leur propre mort ou celle d’autrui.

 

« mais qu’ j’ai eu peur, j’ai eu peur, j’ai eu peur… » 

« mais bon moi j’ai quand même, je crois, eu la peur de ma vie ».

« j’ai failli mourir …  a un moment j’ai cru qu’il allait le faire… (pleurs) … j’ai eu peur vous savez, très peur… »

 

4.2.3. Dimension cognitive

        Toutes les victimes que nous avons rencontrées présentent des symptômes que nous pouvons caractériser de cognitifs. Ce sont des conduites d’évitements, des difficultés de compréhension, de concentration,  une perturbation des processus de la pensée, de l’amnésie, une confusion, des difficultés à réfléchir, etc.

 

        Les conduites d’évitements sont des comportements très souvent rencontrés chez les victimes de traumatismes. La victime afin de ne pas raviver l’angoisse et la souffrance restreint certaines de ses activités, notamment celles liées au traumatisme. Par exemple si l’agression est survenue dans une gare la victime mettra un petit temps avant de se rendre à nouveau dans ce lieu.

 

        La victime se dérobe donc devant toute circonstance rappelant le traumatisme initial. Cet évitement est basé sur deux mécanismes :

·        L’événement en lui même qui provoque la mise en place d’un réflexe ayant pour effet la fuite des situations rappelant le traumatisme.

·        La lutte contre les pensées intrusives qui vont demander beaucoup d’énergie à la personne.

 

« Depuis que c’est arrivé j’suis à la maison » 

« C’est pour ça que j’ vais plus à XX » 

« J’ai eu peur de reprendre le train » 

« Arrivés à la maison, on a répondu aux questions des policiers mais c’est flou, je ne me souviens plus très bien ce qui s’est dit… » 

« Je préfère ne pas y penser (silence)… » 

«… j’ai des trous de mémoire parfois mais on m’a dit que c’est une réaction normale après ce genre d’agression… ».

 

Ces perturbations cognitives peuvent être très handicapantes pour la personne les subissant. Cet état de fait peut même parfois aller jusqu'à une incapacité d’exercer l’activité professionnelle.

 

4.2.4. Activité professionnelle

        Trois victimes sur les dix n’exercent pas d’activité professionnelle. Mais une victime parmi ces trois a des occupations quotidiennes.

 

        Les victimes exerçant une activité professionnelle nous ont fait part de l’apparition d’une baisse de rendement ou d’absentéisme professionnel. Nous constatons qu’aucune des victimes n’a fait état du fait que l’activité professionnelle ou scolaire sont des domaines les ayant aidées durant cette période difficile (voir ci après schémas 4-5-6 selon le modèle de SLUZKI pp. 63, 69, 73 ). Nous n’avons constaté aucun surinvestissement du milieu professionnel ou scolaire.

 

« Je m’mets au travail. J’peux pas rester là-bas plus que quatre cinq heures, faut que je revienne » 

« Je n’osais plus prendre le train… j’ai p’us été travailler pendant un p’tit temps… ».

 

        Cette impossibilité de reprendre l’activité professionnelle peut s’expliquer par une diminution des capacités cognitives, mais également par une modification du comportement et du caractère, voire parfois de l’humeur. Cet état de fait peut entraîner une perte économique liée a une baisse de rendement professionnel.

 

Une seule victime nous en a fait part. cette victime a été agressée sur son lieu de travail.

 

 « J’ai pas ouvert les deux, trois jours après, c’est pas grave mais j’ai senti au niveau financier que j’ai fermé quelques jours. »

 

4.2.5. Altération générale du fonctionnement social

        Des modifications du mode de relation à soi et aux autres apparaissent. La victime a souvent beaucoup de mal à accepter ces modifications, ce qui ne fait qu’augmenter la problématique au sein des relations interpersonnelles.

 

        En effet, en raison de l’anxiété persistante, la modification du caractère et de l’humeur apparaît comme la plainte la plus fréquente. L’irritabilité et le changement de caractère se répercutent directement sur l’entourage de la victime.

 

        Ce traumatisme peut donc faire apparaître une altération générale du fonctionnement social, familial, etc.  Parfois les difficultés de couple peuvent venir se greffer sur cette altération mais aucune des victimes de notre recherche ne nous a fait part de ce type de difficultés. Par contre, six victimes se sont trouvées dans une position d’incompréhension de la part de leur entourage.

 

«… mais c’est vrai que depuis ce qui c’est passé, des gens me disent que j’ai un peu changé… » 

« Et en parler à ma mère c’est pas la peine (…) elle comprend rien… » 

 

        Toutes les victimes nous font également part de changements de comportements qui se traduisent par la pose d’une alarme, la fermeture de la porte à double tour. De telles décisions peuvent avoir comme conséquences de rassurer les victimes contre une éventuelle future agression lorsque celle dont ils ont été victimes s’est déroulée au domicile.

 

 « On a mis une alarme, hein ».

        Les victimes de notre recherche ne nous ont pas fait part d’une augmentation du tabagisme ou d’abus d’alcool.

Au vu de la grande richesse des discours recueillis, nous  avons repris certains extraits d’interviews illustrant les dires des victimes.

Tableau n°1 - Victimologie - Tableau synoptique des conséquences

Dimension physiologique :

Y a juste le fait qu’on ne mange pas bien et qu’on ne dort pas bien mais ça la psychologue a dit que c’était logique.Je suis aussi beaucoup plus fatiguée mais c’est parce que je ne dors pas bien du tout ;Je remarque que je n’ai pas très faim. Je crois que j’ai même perdu un peu de poids… en fait j’y repense encore sans arrêt en fait… ; Et en fait les films on les fait le soir quand on dort… mais on dort pas, justement…

Dimension émotionnelle:

Je n’ savais pas pleurer, je n’ savais pas parler tellement qu’ j’ai eu peur, hein ! C’est peur que j’ai eu. ;Je vous assure que je suis capable de les tuer un après l’autre et pour moi c’est une jouissance… Je suis peut-être méchante mais moi j’ m’en fous ; moment de colère… ouais, comment voulez-vous ne pas avoir de colère ? Moi j ’sais pas pardonner ça. ;Parce que maintenant sur le moment, c’est la rageFranchement j’ pétais les plombs. ;J’ tremblais comme ça et tout ;Je suis susceptible pour des conneries ;Bon j’y peux rien, je panique ;Je suis plus vite de mauvaise humeur, et puis je m’emporte plus vite… 

Dimension cognitive :

Mais je n’ savais plus parler tellement qu’ j’ai eu peur, hein ! J’ savais pas raconter, heinJe ne réalisais pas du toutFaut m’excuser mais parfois je perds le fil de mes idées…J’ai des trous de mémoire parfois Le sentiment de culpabilité, c’est logique qu’on l’aie parce que, bon, moi j’étais ici, je me dis « ouais, j’aurais dû faire ça ».

Altération générale du fonctionnement social: 

Maintenant je reste plus. Rester seul, là…On est stresséOn vit différemment. On s’enferme. On fait attention… Faut pas me demander d’aller sur XX ! Ça, c’est clair !Des gens me disent que j’ai un peu changé…Sinon j’ai du mal à sortir de chez moi parfoisMes proches me disent que je ne suis plus comme avant… et je me dis qu’ils ont peut être raison… parce que tout compte fait je vois bien que certaines chose ne sont plus pareilles… en fait mon caractère a changé

Changement de comportement:

Ah mais la porte est toujours fermée à clef, heinOn a mis une alarme, heinQuand il vient quelqu’un on allume partout et…D’ailleurs on a fait installer un truc pour voir qui est devant la porte… un judas c’est ça…Je ferme a double tourD’ailleurs je suis très méfiante en voiture, je regarde toujours derrière…Je n’osais plus prendre le train…Je ferme la porte à double tourDès qu’il fait noir, je vais dire, euh, instinctivement on ferme tout

L'activité professionnelle: 

Chez aucune des victimes l’activité professionnelle ne s’est révélée être une aide. Les victimes n’ont pas fait part du fait qu’elles avaient à un moment donné fuit la situation en se plongeant dans le travail ou même qu’elles avaient travaillé sans relâche afin d’oublier cette situation.

Je suis exténuée, je suis fatiguée, je m’ mets au travail. J’peux pas rester là-bas plus que quatre cinq heure, faut que je revienne.En tout cas je ne suis pas allée au travail le lendemain et le médecin m’a mis une semaine d’arrêt, mais j’ai des bons patrons, ils ont compris…Moi je dois étudier parce que je suis presque en examens et là j’arrive pas trop à me concentrer.

Fonction du psychologue:

C’est pas qu’on n’a pas parlé à la dame mais bon quand on nous propose une psychologue on a tendance à dire non parce que c’est vrai hein, c’est pour les fous…« Psychologue ! Psychologue ! ça y est, c’est un truc pour les…hein c’est vrai hein… c’est c’est c’qu’on dit.. les psys c’est pour les fous » (rire)et un psy c’est pour les lolos (rires), enfin c’est ce que je croyais…

Acceptent par politesse l'aide du service d'assistance aux victimes 

1ère catégorie :par politesse car ne se sentent pas concernées par le besoin d’une aide psychologique.

2ème catégorie : acceptent l’aide proposée car se rendent compte que cela peut leur être bénéfique.

« Ben je vais appeler madame XX elle a été si gentille », je dis, donc elle est venue et… on a parlé, deux fois, hein !Je lui ai dit « Madame, vous êtes toujours la bienvenue, vous pouvez venir quand vous voulez. » (silence)

Ben oui c’est lui, enfin elle, qui est la mieux placée pour m’aider et puis elle à proposé alors je ne voudrait pas paraître impolie de ne pas rappeler».Mais bon, une psychologue, c’est pas elle qui va faire que je vais retrouver mon portefeuille hein… et puis bon les policiers avaient l’air de dire que c’est bien que je la vois… mais c’était pas ça le plus important ; mais bon c’est bien que la dame soit quand même venue pour me parler.

Les psychologues sont importants mais pour des personnes seules 

Bah oui hein, c’est gentil qu’elle se soit inquiétée pour nous. Et ça aiderait peut-être encore plus des personnes isolées, hein ! Ça oui, certainement, hein ! Parce que nous, on ne peut pas dire…, nous ne sommes plus que deux, bien sûr, hein !, on n’est pas isolés, hein !Pour des gens qui sont tout seuls ou pour des gens qui n’ont pas de communication avec leur… les… sa famille, c’est très important. Très, parce que pour finir et vous faire sortir des choses… que… peut-être qu’à l’habitude ils ne parlent pas, hein !… et en plus on se dit que c’est un peu comme pour les personnes âgées que les assistantes sociales vont voir, les gens qui sont isolés…

4.3. Réseaux sociaux

        Il est impossible d’envisager le vécu, les attentes d’une personne sans pour cela envisager son environnement, ses relations avec le monde extérieur. Les victimes que nous avons vues font toutes parties d’une communauté avec laquelle elles sont en relation. Les relations sont évidemment différentes en fonction de l’âge de la victime. Les plus jeunes iront plus vite vers leurs parents ou amis de leur âge et les plus âgés iront plus vite vers leurs enfants, amis ou connaissance du même âge.

 

        Les victimes de notre recherche ont été prises comme des entités entières avec ce qu’elles comportent, à savoir leur environnement, leur réseau social proche et éloigné.

 

Les échanges psychosociaux que les personnes entretiennent se font à différents niveaux.

 

        Nous avons d’abord envisagé le plan affectif. Les victimes de notre recherche possèdent un investissement affectif de leur réseau. Les dix victimes ont toutes, dans leur entourage, des membres leur permettant de répondre à des attentes affectives, de se sentir aimées. Dans le cadre de l’investissement du réseau, suite au traumatisme, nous avons pu constater que les victimes faisaient appel à cet échange affectif  et se démarquaient par rapport aux autres. Nous avons donc dégagé une première catégorie de victimes faisant appel au réseau familial proche lors d’un traumatisme. Les victimes de traumatismes de cette catégorie vont faire appel aux proches afin de surmonter ce terrible moment. C’est le réseau social proche qui sera sollicité.

 

        Nous avons ensuite envisagé le plan cognitif. Plan permettant à la personne de recevoir des conseils, obtenir de l’information. Le constat que nous avons fait est que les victimes utilisant cet échange après le traumatisme sont celles n’investissant pas beaucoup ou pas du tout le plan affectif. Nous avons ainsi pu mettre en évidence une deuxième catégorie de victimes. Les victimes faisant appel au réseau social plus éloigné, voire à des professionnels de l’intervention.

 

        Après avoir dégagé deux types de victimes, nous avons remarqué que ces deux victimes n’entraient pas vraiment dans une des deux catégories pré-citées. Nous avons alors constaté que ces deux victimes faisaient appel aux deux échanges psychosociaux, à savoir le plan affectif et le cognitif, le réseau social proche et plus éloigné. Il nous était impossible de catégoriser ces deux dernières victimes et nous avons décidé de créer une troisième catégorie.

 

        Nous avons investigué plus en profondeur les trois catégories en regard de la théorie du réseau social de SLUSKI (dans BORN, 1996).

 

        Cette investigation nous a permis de mettre en évidence, par l’analyse de contenu, une configuration du réseau représentant trois catégories que nous désignerons en tant qu’idéaux types, à savoir :

        Les « familiaristes ».Les « communautaristes ».Les « familio-communautaristes ».Ces trois idéaux types se distinguent les uns des autres par leur rapport qu’ils entretiennent avec leur réseau social. En effet, en fonction de l’aide désirée, les victimes se tournent vers leur réseau social comprenant la famille, les amis, la communauté et l’environnement professionnel. Chaque idéal type se tourne vers une partie de ce réseau social afin de solliciter l’aide qui sera pour lui la meilleure.

 

4.3.1. Les « familiaristes »

        Les victimes composant cette idéal type sont respectivement deux femmes âgées de 42 et 86 ans et d’un homme âgé de 77 ans.

 

        Cet idéal type que nous avons appelé les « familiaristes » se distingue tout d’abord par le fait que les victimes présentent une attitude plutôt de type centripète par rapport au noyau familial et aux proches. En effet, ces victimes se sentent plus aidées par l’intervention de leurs proches et de leur famille plutôt que par un professionnel. En ce qui concerne le soutien social, les victimes « familiaristes » considèrent que l’aide la plus appropriée dans ce genre de situation est celle que la famille peut lui apporter.

 

        Les échanges menés par ces victimes avec le réseau social s’axent plus sur un plan affectif, à savoir vers les membres d’un réseau familial permettant de répondre aux besoins tels que l’expression de ses émotions, la sensation de réconfort, le sentiment d’amour, etc.

 

        La victime « familiariste » fait essentiellement référence à un micro système qui est son environnement immédiat.

 

        On peut donc constater que la victime « familiariste » fait plus facilement référence à la famille et plus précisément à la famille proche et aux amis proches (cadran I et II du schéma ci-dessous), et fait de moins en moins appel à l’aide disponible lorsqu’on s’éloigne du centre du cadran (de zone 1 à zone 2 du schéma ci-dessous).

 

        Son réseau social, selon le modèle de SLUZKI, est le suivant :

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Schéma n°4 – Réseau social des « familiaristes »

 

        La victime « familiariste » se tourne vers son conjoint, ses enfants, sa proche famille. Elle estime que ces derniers sont les mieux à même de l’aider.

« Maintenant j’ai dit tout ce que j’avais à dire, je ne sais pas, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? et puis j’aime mieux en parler a mes enfants… hein c’est vrai, on a l’habitude… y savent… » 

 

« Mais du fait que nous sommes en groupe, que nous sommes trois, quatre avec mon mari… et nous en parlons, je crois ce qui était très bien… Disons si j’étais toute seule je sais pas… parler… chaque fois que j’aurais dû…Disons que… à la limite ils font le travail des psychologues… » 

 

« Sinon parler de ça je ne le fais qu’avec mes enfants.. c’est logique hein.. c’est eux qui m’ connaissent le mieux… »

 

        Cependant, ces victimes ne sont pas opposées à l’intervention d’un service tel que celui de l’Assistance aux Victimes car elles considèrent cette aide bénéfique. Elles estiment cependant que cette assistance est plus destinée aux personnes seules.

 

« Ben j’ sais pas moi… j’ai de l’aide de mes enfants… mais c’est bien que vous… enfin Mme XX elle soit venue mais pour des gens qui n’ont personne… »

 

        Lorsqu’on pose la question de l’aide idéale, les « familiaristes » considèrent qu’elles l’ont reçue, mais il apparaît évident qu’elles pensent essentiellement à l’intervention de la famille.

 

        L’intervention d’un professionnel s’avère aussi bénéfique mais les « familiaristes » émettent des réserves concernant son degré d’implication.

 

        En ce qui concerne les habitudes de vie des victimes « familiaristes » on ne remarque pas de grands changements quant aux habitudes quotidiennes mais des changements concrets sont opérés tels que la pose d’une alarme, des verrous supplémentaires, etc.

 

« Quand on était dans sa chambre avec un verrou, hein, on est déjà un peu rassuré, eh oui, allez, si on savait que on ne savait plus venir donc, nous surprendre quoi ! Et alors, après, bien sûr, on a mis une alarme, hein ! Ça c’est quand même bien, hein ! »

 

        Le comportement de la victime « familiariste » se révèle être protecteur mais également à tendance « fataliste ». En effet, après avoir eu cette période de choc, les victimes ne s’apitoient pas sur leur sort mais essayent plutôt de reprendre le cours normal de la vie avec l’aide de leurs proches. Il ne s’agit pas d’une fuite mais plutôt d’un rapprochement par rapport à ce qui est important dans leur existence. Le terme auquel peut s’apparenter cette attitude est la résilience.

« On a recommencé à travailler hein, le lendemain, hein […] l’ mercredi mon frère m’ dit « Écoute, pfff, j’ n’ai pas l’ courage de faire du pain… ». J’ dis « Non ! » d’autant que… « On l’ f’ra demain ! ». Et l’ lendemain, savez ?, il a r’ fait du pain… et voilà. »

J’ dis : « bah i’ z’ ont v’nus, i’ ne r’viendront p’us ».

Et je dis : « Écoute, maintenant, il y a pas d’avance, hein ! c’est comme ça, c’est comme ça la situation. C’est comme ça, il faut prendre l’ dessus, eh ! »

 

        Nous pouvons conclure que les victimes de cet idéal type envisagent l’aide idéale en fonction de l’intervention de la famille et des proches mais ne sont pas opposés à l’intervention d’un psychologue. Cependant, elles expriment clairement le fait que cette aide ne s’applique pas vraiment à elles mais plutôt à des personnes seules. Elles estiment en effet que ces dernières seraient beaucoup plus demandeuses d’une aide psychologique puisqu’elles ne bénéficient pas d’un entourage familial comparable au leur.

Le tableau ci-après reprend certains passages d’entretiens de victimes « familiaristes ».

Tableau n°2 – Familiaristes : Tableau synoptique

Caractéristiques concernant l’aide reçue se dégageant des entretiens :

Ah oui, oui ! Ah oui, j’ai de bons enfants et des fort bonnes belles-filles. Ah ils savent tout ! Ils sont arrivés tout de suite, mes enfants ![…] sinon parler de ça, je ne le fais qu’avec mes enfants.. c’est logique hein.. c’est eux qui m’ connaissent le mieux…On a la fam’… on a la famille. Mais, nous ne sommes pas froussards, hein ! Savez, hein !Non, on a parlé beaucoup entre nous… la famille est venue… quelques amis qu’il y avait… non… non… je vois pas. On a pas besoin des gens quoi… parce que c’était juste répéter ce qu’on disait aux autres… J’en ai pas ressenti le besoinBon, c’est juste parler et nous le dire qu’est-ce qu’on va avoir comme symptômes par après… Le reste c’est… on parlait déjà entre nous… […] peut-être que plus tard on aurait besoin de quelqu’un de métier, hein ! Peut-être, hein ! Si on s’en sort pas entre nous, je pense qu’elle aura besoin de quelqu’un qui pourra l’aider.J’ dis « bah i’ z’ont v’nus, i’ ne r’viendront pu ».Et je dis « Écoute, maintenant, il y a pas d’avance, hein ! c’est comme ça, c’est comme ça la situation. C’est comme ça, il faut prendre l’ dessus, eh ! »

4.3.2. Les « communautaristes »

        Les cinq victimes de cet idéal type sont respectivement  quatre femmes âgées de 22, 50, 58 et 64 ans et d’un homme âgé de 52 ans.

 

        Dans cette catégorie on peut constater que les victimes mettent en avant le caractère professionnel de l’intervention. Leur attitude par rapport à l’aide reçue peut  être qualifiée de centrifuge par rapport au noyau familial.

 

« Je dirais d’en parler à quelqu’un que c’est le métier c’est sur… » ; « c’est bien que ça a été a une dame que c’est le métier d’entendre tout ça… elle m’a mise à l’aise et je crois que j’ai pu tout lui dire… tout ce que j’avais sur le cœur… des choses que je n’aurais pas osé dire à mes enfants pour pas trop les inquiéter… »

 

        Les victimes « communautaristes » sont des personnes possédant une activité professionnelle, elles sont intégrées dans la vie active. La réaction qu’elles présentent  est de  faire confiance  à des professionnels. Elles estiment que chaque  professionnel à son domaine d’activité et que l’aide prodiguée est menée par des personnes formées à cette fin.

 

« Moi j’ai préféré en parler à la psychologue qu’à mes enfants, à eux je n’ose pas leur dire trop parce que ça risque de le effrayer même s’ils sont grands maintenant… […] alors je trouve que c’est mieux d’en parler a quelqu’un d’extérieur… un professionnel… quelqu’un qui sait écouter aussi… »

 

        Les victimes « communautaristes » font référence à ce que nous appelons l’empowerment. En effet, toute démarche de recherche qui offre aux individus de nouvelles occasions d’apprendre à contrôler, à influencer ou à modifier leur environnement concourt directement au développement de leur pouvoir d’agir.

 

« En fait je n’en éprouvais pas le besoin pour moi mais pour ma femme oui parce que je crois que c’est important qu’elle voit quelqu’un de professionnel… »

 

        Pour cette catégorie de victimes, l’aide idéale est celle qu’ils ont reçue d’un professionnel. La démarche d’en parler à ce dernier a permis pour certains de « ne pas se faire de films », « de se sentir mieux ». Elle a permis de se sentir compris par quelqu’un dont c’est le métier et surtout par quelqu’un comprenant la situation et ce qui peut en découler comme conséquences.

 

        Le soutien social reçu, à savoir les interactions avec le système social qui l’entoure, vient principalement du milieu professionnel et plus particulièrement des professionnels de la santé.

 

        Les échanges sociaux menés par ces victimes se font principalement sur le plan cognitif. En effet, les contacts que ces victimes peuvent avoir avec autrui permettent de recevoir des conseils, des informations, un point de vue professionnel, etc.

 

        Ces échanges ne sont pas les seuls et uniques. Hormis le fait que tout être humain a besoin d’échanges sur le plan affectif, le plan normatif est également sollicité. En effet, le contact avec autrui augmente l’estime de soi, le sentiment d’être reconnu, etc.

 

        Le réseau social de la victime «communautariste » est, selon le modèle de SLUZKI (dans BORN, 1996), le suivant :

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Schéma n°5 – Réseau social des « communautaristes »

 

        On peut constater que la victime « communautariste » fait référence à la communauté et aux services sociaux (zone IV). L’aide acceptée se situe dans les relations occasionnelles, à savoir la zone 3. Ensuite après avoir eu un contact avec le milieu de l’assistance aux victimes, la victime fait référence au cadran 2 mais n’ira pas jusqu’au cadran 1 qui est l’aide proposée par les relations intimes, même si le domaine est celui de la communauté et des services sociaux.

 

        Le soutien social, s’il est mené de façon adéquate, apporte une meilleure santé mentale pour la victime.

 

« Je dirais d’en parler à quelqu’un que c’est le métier c’est sûr… en plus en parler tout de suite ça peut aider aussi »

 

« Je trouve que c’est mieux d’en parler à quelqu’un d’extérieur… un professionnel…quelqu’un qui sait écouter aussi… »

 

        Cette relation de service avec le professionnel est également très importante. Cette dernière est l’interaction entre deux personnes mettant en jeu une relation triangulaire où interviennent un professionnel, un objet à réparer et un propriétaire de cet objet.

 

        Dans cette relation, la victime fait confiance au professionnel car elle estime qu’il est le plus à même de pouvoir l’aider. Cette relation est basée sur la confiance et le professionnalisme. La victime attend que le professionnel soit efficace mais qu’il soit avant tout une personne.

 

        Dans cette coproduction, le professionnel et la victime, sont tous deux des acteurs du changement. Au même titre que les partenaires sociaux pouvant intervenir si besoin est.

 

Le tableau ci-après reprend certains passages d’entretiens de victimes « communautaristes ». 

Tableau n°3 - Communautaristes – Tableau synoptique

Caractéristiques concernant l’aide reçue se dégageant des entretiens :

Vu que j’étais vraiment énervée quoi ! J’ tremblais comme ça et tout. Et quand j’ l’ai vue après, après c’était tout. C’était parce que il fallait que je le dise quand même. De raconter comme ça, j’ pense que ça m’a aidé quand même. […] Même si c’était une personne que j’ connaissais pas, hein ! Et en parler à ma mère c’est pas la peine je lui dis pas grand chose, bon elle sait que j’me suis fait… agresser mais bon je lui en ai pas parlé..Je dirais d’en parler à quelqu’un que c’est le métier c’est sûr… en plus en parler tout de suite ça peut aider aussi non ? Que j’ pense quand même qu’il vaut mieux conseiller aux gens d’aller voir un psychologue. Ouais. Pour n’importe quoi comme agression…En parler à quelqu’un… c’est sûr. À quelqu’un de professionnel je veux dire, c’est pas que la famille ne peut pas comprendre mais bon c’est pas la même chose, je crois que à chacun son rôle et sa fonction et la famille c’est pas des psychologues avec les autres membres de la famille… enfin je peux me tromper mais c’est mon avis…En fait je n’en éprouvais pas le besoin pour moi, mais pour ma femme oui parce que je crois que c’est important qu’elle voit quelqu’un de professionnel…
Cette phrase est la plus caractéristique de cette catégorie de réactions faisant partie de l’idéal type des communautaristes. Toutes les victimes communautaristes acceptent l’aide de la psychologue et se rendent compte que cette aide vient de quelqu’un de professionnel.

4.3.3. Les « familio-communautaristes »

        Les deux victimes composant cette catégorie sont respectivement une femme âgée de 19 ans et un homme âgé de 27 ans. Nous pouvons mettre en avant le fait que ces deux victimes acceptent non seulement l’aide offerte par la famille et les proches, mais acceptent aussi celle du professionnel. En effet, l’aide prodiguée des deux côtés n’est pas la même mais est complémentaire pour les victimes.

 

        Le soutien social découle des interactions avec la famille mais également du milieu professionnel. Ces interactions semblent être bénéfiques pour les victimes ne sachant pas où se positionner par rapport aux deux autres catégories.

 

        Les échanges sociaux se font également sur plusieurs plans, à savoir, le plan affectif (permettant de répondre aux besoins essentiels de la victime), mais aussi le plan cognitif (permettant de recevoir des avis et des conseils, des informations de la part des professionnels), et enfin le plan normatif (augmentant le contact avec autrui permettant l’augmentation de l’estime de soi, le sentiment d’être reconnu).

 

        Les victimes « familio-communautaristes » font référence à plusieurs cadrans à la fois, à savoir celui de la famille et des amis (cadran I et II du schéma ci-dessous) mais également aux relations plus éloignées (cadran IV du schéma ci-dessous). Pour ces victimes, le réseau familial ainsi que le réseau communautaire sont importants.

 

        Selon le modèle de SLUZKI, les victimes «familio-communautaristes» présentent le réseau social suivant :

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Schéma n°6 – Réseau social des « familio-communautaristes »

 

        De cet idéal type, nous pouvons constater que les victimes ne sont pas contre l’intervention d’un psychologue mais pensent aussi que la famille tient un rôle important. Comme dit précédemment, ces deux aides prodiguées sont complémentaires.

 

« En fait faudrait la famille pour remonter le moral mais aussi la psychologue pour dire ce qui va arriver… faudrait un psy dans la famille en fait (rires). » «  J’ai parlé a la psychologue parce que c’est son métier… mais j’avais déjà beaucoup parlé à mes parents… ».

 

        Les victimes qui composent cette catégorie sont des personnes d’une vingtaine d’années qui terminent leurs études ou qui sont dans le monde professionnel depuis très peu de temps. La  rupture d’avec le cocon familial n’étant pas totalement opérée, cet idéal type de victimes se situe entre le noyau familial, (auquel elle a encore des attaches) et la vie d’adulte, d’indépendance.

 

        La constatation que nous pouvons faire par rapport à cette position pourrait tenir au fait que les deux victimes se situent à un moment charnière de leur vie, à savoir l’indépendance, l’entrée dans le monde adulte.

 

Le tableau ci-après reprend certains passages d’entretiens de victimes « familio-communautaristes ».

Tableau n°4 - Familio-communautaristes – Tableau synoptique

Caractéristiques concernant l’aide reçue se dégageant des entretiens :

Mais bon c’est vrai que la famille ça aide aussi beaucoup… c’est pas que je dis que les psy font pas du bon boulot mais bon la famille c’est important aussi quoi… en fait je sais pas ce qui est le mieux, la famille ou en parler a un psy… j’sais pas… (rire)J’ai parlé à la psychologue parce que c’est son métier… mais j’avais déjà beaucoup parlé à mes parents…D’en parler… à moi mais aussi à la psychologue… c’est bien ce qu’elle fait quand même, en plus elle vient directement… enfin c’est vrai que c’est son boulot… mais bon, elle est pas obligée de venir tout de suite… moi je leur dirais de lui en parler parce que elle, elle peut trouver les mots justes pour qu’ils aillent mieux… enfin voilà c’est ce que je leur dirais… il faut en parler le plus possible… mais d’un autre côté je crois que la famille qui est présente c’est important… enfin c’est mon avis… en fait faudrait la famille pour remonter le moral mais aussi la psychologue pour dire ce qui va arriver… faudrait un psy dans la famille en fait

Conclusion

        C’est en fonction de l’investissement du réseau social que nous avons pu mettre en avant les différentes façons de réagir des victimes. Ces différences nous ont permis de dégager trois types de réactions et de proposer trois types de victimes différentes.

 

        Les victimes faisant appel à leur réseau social proche, celles faisant appel à un professionnel et celles faisant appel à leurs proches mais aussi à un professionnel.

 

        Les « familiaristes » affichent une dynamique de type centripète par rapport au noyau familial, c’est-à-dire une dynamique s’orientant vers la famille, vers le réseau familial. Cette catégorie n’exclut pas l’intervention d’un professionnel mais postule que cette aide s’adresse aux personnes seules qui ne bénéficient pas de soutien familial.

 

        Les « communautaristes » sont les personnes faisant appel à des professionnels mais pas de façon spontanée. Cette aide acceptée leur a été proposée. Ces personnes ne font pas abstraction du réseau familial mais pensent que la famille ne doit pas être sollicitée pour les faits dont ils ont été victimes. Les victimes composant cette catégorie sont des personnes possédant une activité professionnelle les rendant indépendantes financièrement. On pourrait caractériser leur dynamique de type centrifuge par rapport au noyau familial.

 

        Les « familio-communautaristes » se situent à l’intersection des « familiaristes » et des « communautaristes ». Ils ne se positionnent pas au moment de l’interview. Leur choix concernant l’aide à recevoir n’est pas clairement établi. Ils acceptent l’aide du réseau familial car cette aide leur semble importante à un moment donné mais acceptent l’aide de professionnels d’autre part car ils sont les plus à même de répondre à leurs questions.

 

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Réseau social des « familiaristes »

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Réseau social des « communautaristes »

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Réseau social des « familio-communautaristes »

 

Le schéma illustrant ces trois catégories est le suivant :

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Schéma n°7 - Diagramme récapitulatif des trois idéaux types

 

        Les idéaux types des « familiaristes » et des « communautaristes » se croisent pour donner un troisième idéal type, à savoir celui des « familio-communautaristes ».

 

        Bien que les victimes se différencient en trois idéaux types, nous pouvons constater que, à leur façon et à leur niveau d’investissement, elles font toutes appel à des notions d’empowerment, ou pouvoir d’agir -surtout pour les victimes « professionnalistes »-. Ces dernières cherchent à modifier leur comportement afin de sortir de cet état de victime. Non seulement les victimes sont les premières à être visées par ce changement de statut, mais elles sont celles qui conduisent ce changement, voire le guident. Les victimes ont eu l’impression d’un sentiment de contrôle positif de leur propre vie, un éloignement progressif du vécu d’impuissance dans lequel elles étaient.

 

        Ce changement s’est opéré grâce à ce sentiment de contrôle qu’elles pouvaient avoir, par l’investissement du réseau social mais également par le pouvoir politique (accès aux institutions).

 

        Aucune des victimes ne connaissait l’existence du Service d’Assistance aux Victimes. En effet, lorsque nous avons posé la question aux victimes à savoir si l’aide reçue était une réponse à une demande de leur part ou une proposition spontanée des services de Police, les dix victimes ont répondu que l’aide leur avait été proposée. (voir annexe 5)

 

« Non, je ne savais même pas que ça existait un psy qui vient vous voir quand vous vous êtes fait agresser… j’ai découvert ça ce jour là… »« Non pas du tout, je vous dis je ne savais même pas que ça existait des gens qui viennent tout de suite, moi je croyais qu’on allait les voir à leur bureau… je savais qu’il y avait des psys spécialisés pour aider les victimes et c’est tout… »

        « C’est les policiers qui ont proposé qu’on voit une psychologue, et on a accepté. »

        La théorie de l’empowerment nous prouve bien que les victimes de cette recherche ont tenté d’élargir le champ des actions possibles tant du point de vue du réseau social proche et des ressources personnelles, que du point de vue professionnel. Chacune à leur manière, elles ont «  rebondi » face au traumatisme.

 

        Cette notion de rebondissement a été abordée par CYRULNICK (1998) sous le terme de résilience. Les victimes de notre recherche ont mis en place un processus d’interaction entre elles et l’environnement. Cette capacité d’entrer en relation avec autrui, qu’il fasse partie du réseau social proche ou éloigné permet à la victime de mettre en place une première ébauche de relation sociale afin d’ensuite mobiliser un maximum de ressources psychosociales.

 

        Dans ce cadre, le psychologue a à instaurer une relation de confiance. Il peut s’agir d’un relation de service établie entre la victime et le psychologue. Toutes les victimes étaient unanimes pour dire que le psychologue avait répondu à leurs attentes. Mais est-ce par politesse, me considérant comme une collègue ou réellement parce que le psychologue fait preuve des qualités et des attitudes professionnelles requises dans ce genre de situation ?

 

        La majorité des victimes justifient l’ignorance de l’existence d’un psychologue pouvant intervenir dans ce genre de situation par l’image que « les psys c’est pour les fous ». Nous pouvons encore constater certains a-priori concernant la fonction du psychologue.

 

« Psychologue ! Psychologue ! ça y est, c’est un truc pour les…hein c’est vrai hein… c’est c’est c’ qu’on dit.. Les psys c’est pour les fous. (rire) »

 

        Mais même si les victimes s’accordent à dire que les psychologues peuvent s’avérer utiles mais uniquement pour soigner les malades mentaux, nous pouvons constater deux positions différentes :

        Les victimes qui se positionnent dans la catégorie des personnes n’ayant pas besoin de rencontrer de professionnel puisque « les psys c’est pour les fous », mais qui acceptent « par politesse » l’aide du professionnel.Les victimes qui acceptent l’aide du professionnel (peut-être dans un premier temps « par politesse ») mais uniquement dans le cadre de l’infraction. Cette catégorie se positionne dans la catégorie de ceux qui font confiance au professionnel mais dans un cadre bien déterminé.

V. Conclusions et perspectives

        La victimologie est un domaine de recherche en pleine expansion. Aujourd’hui elle a même recueilli l’intérêt des pouvoirs politiques qui ne restent plus insensibles à la notion de victime.

 

Si nous considérons la notion de victime, nous devons relever les éléments suivants :

·        Il s’agit d’une personne ayant subi un dommage dont l’existence est reconnue par autrui.

·        La victime est confrontée à un événement choquant, provoquant une peur intense et produisant un sentiment d’impuissance.

 

        Les personnes que nous avons pu rencontrer dans le cadre de cette étude correspondent à cette notion de victime et ont été confrontées aux symptômes consécutifs à un traumatisme (détresse, angoisse, troubles physiologiques, troubles cognitifs, disfonctionnement social et familial, etc.)

 

        Le but de notre recherche se situe à plusieurs niveaux. Après un traumatisme, la victime entre dans une période de stress aigu, avec tout ce que cette phase peut comporter comme conséquences. Nous avons donc, dans un premier temps, mis en avant les éléments communs du discours de chaque victime en regard de la théorie sur la victimologie. Nous avons pu regrouper les victimes en ce qu’elles présentaient de commun, à savoir ces désordres d’ordre physiologique, émotionnels, cognitifs, etc.

 

        Après cette phase de choc, la victime va mobiliser des ressources afin de se sortir au mieux de cet état de stress aigu et ne pas basculer dans ce que l’on appelle l’État de Stress Post-Traumatique qui survient trois mois après les faits et qui a pour conséquence l’ancrage à plus long terme des symptômes de l’état de stress aigu.

 

        Nous avons, dans un second temps, tenté de mettre en avant le réseau social auquel la victime peut avoir recours. Nous avons donc relevé, dans chaque entretien, les moyens mis en œuvre par les victimes pour répondre au mieux à la situation dans laquelle elles se trouvaient. Pour ce faire nous avons utilisé une analyse de contenu thématique et catégorielle.

 

        Les résultats obtenus ont permis de mettre en avant le réseau social que la victime va solliciter. Nous avons alors constaté que trois tendances se dégageaient, à savoir les victimes faisant appel à leur réseau social proche (la famille, les amis puisqu’ils sont les mieux placés pour connaître leurs attentes après un tel drame); les victimes faisant appel à un professionnel de l’assistance aux victimes (elles justifient cela par le fait que la famille  n’est pas la mieux placée pour savoir ce qui est « bon » dans ce genre de situation); et enfin les victimes se situant à l’intersection des deux catégories précédemment citées (qui pensent que la famille comme les professionnels peuvent les aider à se sortir de cet état de stress aigu).

 

        Ces résultats nous ont permis de dégager trois types de victimes. Les « familiaristes », adoptant une réaction de type centripète par rapport au noyau familial ; les « communautaristes », adoptant pour leur part une attitude de type centrifuge par rapport au noyau familial mais se tournant vers les services sociaux mis à leur disposition ; et enfin les « familio-communautaristes », se tournant vers la famille comme soutien mais acceptant l’aide des services communautaires quand le besoin se fait sentir.

        BOUCHER et LAPRISE (dans LE BOSSE Y. et DUFORT F., 2001) insistent fortement sur la nécessité d’un soutien social face aux difficultés de la vie car, toujours selon ces auteurs, « à quantité égale et importante de stress vécu, l’individu ayant un soutien social important maintient une meilleure santé mentale que celui présentant un faible soutien social » (p. 130).

 

        Le soutien social est donc, comme nous l’avons vu, primordial dans ce genre de situation. Par ailleurs, l’aide psychosociale qu’un professionnel de ce type d’intervention peut apporter à une victime nous semble plus que nécessaire.

 

À cette constatation vient se greffer la question de savoir quelle est la place d’un psychologue au sein d’un  Service d’Assistance aux Victimes.

 

        L’aide prodiguée dans le cadre de l’assistance aux victimes est une aide de première ligne. Nous constatons, au travers de nos lectures, mais aussi dans le discours des victimes, que la prise en charge des victimes doit être la plus immédiate possible. Nous constatons également que l’aide que la famille peut prodiguer n’est, bien sûr, pas négligeable mais doit, nous semble-t-il, être accompagnée par un soutien de la part d’un service psychosocial spécialisé.

 

        En ce qui concerne le service étudié, nous avons constaté qu’aucune victime n’a émis de demande de prise en charge psychosociale de façon spontanée, en raison d’un manque d’informations concernant l’existence de ce type d’aide. À ce sujet, il serait intéressant de communiquer plus largement au sujet de l’aide aux victimes, encore trop méconnue.

 

        Les symptômes auxquels les victimes vont être confrontées sont des  réactions dites normales pour une situation de vécu anormal. Pouvoir l’entendre d’un professionnel peut, en quelque sorte, rassurer la victime quant à sa réaction. Le professionnel intervenant doit donc permettre à la victime d’exprimer son vécu afin d’évaluer avec elle ses attentes psychosociales, mais également prévenir la survenance d’un état de stress post-traumatique et le cas échéant orienter la victime vers les services adéquats.

        Cette aide se fait dans une logique de compréhension et d’empathie à l’égard de la victime afin que la victime puisse, d’elle-même, parvenir à mobiliser les ressources pour se reconstruire. Il nous semble donc nécessaire pour la victime de pouvoir être mise en contact dès les premiers temps avec un Service d’Assistance aux Victimes.

 

        En ce qui concerne les perspectives, nous constatons que le niveau de saturation a été atteint pour cette recherche. Nous pensons que pouvoir étendre cette étude à des infractions d’autres natures permettrait de découvrir des informations susceptibles d’apporter un éclairage de portée plus générale, avec la possibilité d’améliorer l’intervention dans le domaine de l’assistance aux victimes.

 

        En effet, notre recherche étant de type exploratoire dans un premier temps, il nous est apparu assez vite que les situations étaient similaires concernant la nature de l’infraction. La constatation que nous avons faite à été que les premières victimes que nous avions rencontrées étaient des victimes d’agressions avec contact avec l’agresseur et nous nous sommes donc limité à ce type d’infraction.

 

        Il serait intéressant d’élargir cette étude  à un plus grand échantillon et à des victimes d’infractions différentes afin de confirmer ou infirmer les conclusions auxquelles la présente recherche a abouti.

 

        Nous espérons enfin que cette étude aura permis d’apporter un éclairage plus précis sur le rôle d’un Service d’Assistance aux Victimes mais également de mettre en avant les attentes psychosociales des victimes d’infractions et l’investissement du réseau social proche ou éloigné de ces mêmes victimes.

 

        Pour terminer, les résultats de cette étude laissent apparaître des questions qu’il serait intéressant de poser ultérieurement afin de faire progresser l’aide apportée aux victimes.

 

        Tout d’abord l’échantillonnage réduit nous a été imposé par le fait qu’un seul Service d’Assistance aux Victimes a réellement collaboré avec nous dans le cadre de cette étude. De nombreuses portes se sont fermées devant nous et nous pouvons nous demander si la peur de se retrouver confronté à un regard extérieur n’a pas «effrayé » les intervenants psychosociaux.

        Notre recherche s'est focalisée sur un service intervenant dans les premiers temps aprèŝ le traumatisme. Il serait également intéressant de pouvoir interviewer à nouveau les victimes afin d'évaluer l'efficience de l'aide reçue à plus long terme car les troubles consécutifs à un traumatisme peuvent parfois perdurer dans le temps et s'installer en État de Stress Post-Traumatique après quelques mois.

 

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VERMERSH P. (2000), Séminaire du Centre de recherche sur la formation du C.N.A.M.-L’analyse de la singularité de l’action., P.U.F., Paris.

WELLER J.-M. (1998), Abuse-t-on de la relation de service?, In Éducation permanente n° 137/1998-4, Paris.

 

Internet

http://anact.fr/publications/collections/EnLigne/services/education.html

http://enssib.fr/autres-sites/reseaux-cent/79/lect79.html

http://mapage.noos.fr/insitut-victimologie

http://www.univ-tlse2.fr/cerpp/annuaire/ddemauret.html

www.victimologie.com

www.lien-social.com

http://www.cheleadata.ca/PTSD/ESPTdef.htm

http://www.humanitarian-psy.org

www.francesfornier.org

 

ANNEXES

Annexe 1 : Victimologie – Tableau général

Familiaristes

Communautaristes

Familio - Communautaristes

Désordres d’ordre physiologique :

1er entretien :

Ah ça c’est vrai que j’ dors nié bien, j’ me réveille l’ nuit et pis j’ me dis dès qu’ j ’entends un bruit qu’ c’est eux qui r’viennent. J’en rêve hein madame !

Et puis vous savez on a pas l’ goût à manger après ça, c’est pas ça, à l’hôpital, y s’étaient gentils et tout mais j’avais nié faim, et ‘cor maintenant j’ mange nié d’appétit.

J’ai pas toujours fort faim mais ça va.

2ème entretien :

L’ seule chose qui a changé mais là c’est fini c’est qu’au début on n’ mangeait pas… on n’avait pas faim, c’est bizarre hein mais on n’ faisait plus à manger pendant 2-3 jours… mais on a r’ commencé a manger…

On est stressé, alors, à ce moment là, hein ! Oh oui ! On l’a été ! Oui, on l’a été, très stressés. Au début, non, c’était incroyable, c’est un frisson qui vous prend des pieds et qui vous monte jusqu’à la tête. (soupirs) Et puis là, les premières nuits, on n’avait pas l’alarme, hein !, on n’avait rien, hum ? Donc, les premières nuits… on a fait trois jours sans dormir, hein !

3ème entretien :

Oui, j’ai été plutôt pour les rassurer puisque je sais quand même bien que c’est une hausse de tension qui provoque tout ça.

Depuis que c’est arrivé j’ suis à la maison. Je suis exténuée, je suis fatiguée, je m’ mets au travail. J’peux pas rester là-bas plus que quatre cinq heure, faut que je revienne.

Y a juste le fait qu’on ne mange pas bien et qu’on ne dort pas bien mais ça la psychologue a dit que c’était logique.

4ème entretien :

J’tremblais. ; Même sur le fait que je mangeais plus, […], j’avais des nausées quand j’ sentais d’ la nourriture, c’est dingue hein. Et puis j’ dormais pas bien les premières nuits puis quand je l’ai vue, je lui ai parlé et ben après j’ai mieux dormi. ;

Il était là. Alors là, j’ suis devenue blanche !

5ème entretien :

Et puis c’est pas que je ne mangeais plus mais le premier jour après, j’avais pas faim alors je n’ai pas mangé… mais bon maintenant je mange de nouveau bien (rires).

6ème entretien :

(silence). Ben en fait je dors mal alors qu’avant je dormais normalement… mais je me dis que ça va passer… enfin j’espère… c’est surtout que je pense souvent à ça et que je n’arrive pas à dormir en fait. ;

Parce que c’est vrai que de la nuit j’avais pas su dormir beaucoup… mais elle m’a dit que c’était normal… on ne dort pas super bien après ça, c’est vrai hein…

7ème entretien :

Parce que les autres fois je dormais mal après une agression mais cette fois je crois que je n’aurais pas pu fermer l’œil de la nuit…c’est un peu ce qui est arrivé mais peut-être moins longtemps que si j’avais pas vu la dame

J’ai vraiment cru qu’il allait me tuer ( long silence) j’ me suis sentie partir comme on dit mais bon j’ suis pas tombée dans les pommes…

8ème entretien :

Je n’étais pas très bien… je me sentais mal… ;

Je suis aussi beaucoup plus fatiguée mais c’est parce que je ne dors pas bien du tout ;

Je remarque que je n’ai pas très faim. Je crois que j’ai même perdu un peu de poids… en fait j’y repense encore sans arrêt en fait… ;

J’en ai des frissons rien qu’à y penser (silence)…

9ème entretien :

Et ben ça c’est passé, j’ai pas bien dormi.

10ème entretien :

Et en fait les films on les fait le soir quand on dort… mais on dort pas justement…

Désordres d’ordre émotionnel :

1er entretien :

Je n’ savais pas pleurer, je n’ savais pas parler tellement qu’ j’ai eu peur, hein ! C’est peur que j’ai eu. ;

J’ vous dis, y a des nuits que j’ n’ai pas peur, y a des nuits qu’ j’ai peur.

2ème entretien :

Ben, disons qu’on est… à moitié remis, quoi !;

Mais enfin… je ne me sens pas… à l’aise ;

À part que vous êtes stressé qu’il dit ;

Peut-être trop sous le choc, oui.

3ème entretien :

Disons que le soir j’ai toujours cette crainte ;

L’impuissance… ;

Je vous assure que je suis capable de les tuer un après l’autre et pour moi c’est une jouissance… Je suis peut-être méchante mais moi j’ m’en fous ; moment de colère… ouais, comment voulez-vous ne pas avoir de colère ? Moi j’ sais pas pardonner ça. ;

J’vais les tuer à petit feu..

Parce que maintenant sur le moment, c’est la rage

4ème entretien :

Franchement, j’étais énervée ;

… J’étais renfermée… ;

Pfff ! après… j’ai explosé. ;

Franchement j’ pétais les plombs. ;

Vu que j’étais vraiment énervée quoi ! J’ tremblais comme ça et tout ;

J’avais un sale caractère à ce moment là. ;

Franchement, j’ai peur… j’ai une peur, j’ dis « Oh, c’est pas possible ! ».

5ème entretien :

Je suis plus méfiant qu’avant ça c’est vrai… ;

Je suis susceptible pour des conneries ;

6ème entretien :

J’ai eu peur quand même… ;

Je ne me souviens plus trop ensuite comment ça s’est passé… ;

Le fait que je me méfie en rue maintenant, je fais attention quand je suis en rue, je me retourne assez souvent… ;

Bon j’y peux rien, je panique ;

Je suis plus susceptible je trouve ;

… juste que parfois je m’énerve pour un rien.

7ème entretien :

J’ai vraiment eu peur pour moi… ;

Je me sentais à la merci de ce jeune homme et impuissante à faire quoi que ce soit… ;

Je suis toujours sur mes gardes maintenant, je n’ai plus jamais l’esprit tranquille et c’est fatigant vous savez… ;

… j’ai eu peur pour les gens que j’aime… ;

Je suis plus soupe au lait qu’avant… ils disent que je m’énerve pour rien parfois… ;

Ben j’ai peur maintenant d’aller ouvrir… ;

J’ai eu peur vous savez, très peur…

8ème entretien :

Je préfère ne pas y penser (silence)… ;

On est impuissant…

J’ai des trous de mémoire parfois ;

Je m’énervais moins vite ;

Puis en plus je panique beaucoup plus vite maintenant qu’avant… je le vois bien, un bruit et je sursaute ;

Je suis à cran… je panique beaucoup plus vite ;

 C’est vrai que j’y pense encore souvent…

9ème entretien :

J’ai eu peur de reprendre le train… ça oui… pendant deux semaines en tout cas c’était dur… ;

J’ai p’us été travailler pendant un p’tit temps… mais là ça va mieux… je retourne en train travailler, mais je me rend compte que je m’arrange pour finir plus tôt qu’avant… c’est drôle hein… ;

J’ai peur de prendre le train tard… ;

Je suis plus vite de mauvaise humeur, et puis je m’emporte plus vite…

10ème entretien :

J’étais très inquiète pour mon frère et ma mère, c’est qui est logique. ;

Le sentiment de culpabilité, c’est logique qu’on l’aie parce que, bon, moi j’étais ici, je me dis « ouais, j’aurais dû faire ça ». J’ai eu très peur sur le moment et là j’ai encore peur parce que si ils reviennent… on est jamais l’esprit tranquille.

Je vais pas dire que au fur et à mesure qu’on réalise pas, c’était pas vrai, j’avais l’impression que j’étais plus, allez comment dire ?, j’avais l’impression de voir mon corps je veux dire, je veux dire j’avais l’impression que j’avais mon esprit ailleurs, mon esprit qu’est sorti de moi, j’avais l’impression de me voir, à la limite

Désordres d’ordre cognitif :

1er entretien :

Mais je n’ savais plus parler tellement qu’ j’ai eu peur, hein ! J’ savais pas raconter, hein

2ème entretien :

Cette personne n’a pas verbalisé clairement de désordres d’ordre cognitif.

3ème entretien :

Je ne réalisais pas du tout

4ème entretien :

J’étais renfermée… ;

5ème entretien :

Je suis plus méfiant qu’avant ça c’est vrai… ;

6ème entretien :

Faut m’excuser mais parfois je perds le fil de mes idées…

7ème entretien :

Je suis toujours sur mes gardes maintenant, je n’ai plus jamais l’esprit tranquille et c’est fatigant vous savez… ;

8ème entretien :

J’ai des trous de mémoire parfois 

9ème entretien :

Cette personne n’a pas émis clairement de désordres d’ordre cognitif.

10ème entretien :

Le sentiment de culpabilité, c’est logique qu’on l’aie parce que, bon, moi j’étais ici, je me dis « ouais, j’aurais dû faire ça ». J’ai eu très peur sur le moment et là j’ai encore peur parce que si ils reviennent… on est jamais l’esprit tranquille.

Altération générale du fonctionnement social :

1er entretien :

Maintenant, quand on frappe à la porte ici si c’est un marchand j’ n’ouvre pas, j’ai, on s’ méfie, hein allez !

J’ prends toujours des médicaments pour les nerfs, moi…

I’ m’ont quand même donné un médicament pour, i’ m’a dit : « c’est léger », i’ m’a dit : « c’est rien Madame, il faut l’ prendre que c’est léger et en même temps c’est pour les angoisses » ? Voyez ? Donc, ben non, je m’ dis « i’ n’ viendront ‘pus ». On peut pas toujours penser à ça, hein !

… quand j’entends une voiture arrêtée par dans m’ rue, j’ suis pas à m’ n’aise, hein !

2ème entretien :

Maintenant je reste plus. Rester seul, là…

On est stressé

3ème entretien :

Quand le soir arrive on a toujours une crainte.

… On vit différemment. On s’enferme. On fait attention…

Et c’est l’impuissance et tout ça ouais, c’est l’ cas d’ le dire…

4ème entretien :

J’ passe par YY, mais vraiment j’ contourne quoi

Faut pas me demander d’aller sur XX ! Ça, c’est clair !

… j’ai ça dans ma tête quoi ! Pour moi, maintenant, tous ceux de XX, ils sont comme ça.

En fait en tout cas je ne vais plus là-bas

Franchement j’ pétais les plombs.

Franchement, j’ suis pas r’tournée. Voilà.

5ème entretien :

Des gens me disent que j’ai un peu changé…

C’est vrai que je suis beaucoup plus méfiant qu’avant, je ne vais pas m’arrêter à un feu sans regarder les voitures devant ou derrière

Je suis moins « naïf » qu’avant… avant j’ouvrais ma porte n’importe comment, à n’importe qui… mais maintenant je ne le fais plus… j’essaye de voir qui c’est…

Je suis susceptible pour des conneries

6ème entretien :

Mais là je dois avouer que je ne la laisse plus ouverte, je ferme à double tour… c’est la peur je suppose… mais bon il arrivera un moment où je n’aurai plus peur… enfin je suppose mais je sais que je vais rester vigilante et que j’aurai encore peur quand je reviendrai le soir à la maison…

Je suis plus susceptible je trouve

Juste que parfois je m’énerve pour un rien

Sinon j’ai du mal à sortir de chez moi parfois

7ème entretien :

Je suis toujours sur mes gardes maintenant, je n’ai plus jamais l’esprit tranquille et c’est fatigant vous savez…

Je suis plus soupe au lait qu’avant…

Je suis toujours sur mes gardes…

J’ vais plus en voyage… j’en ai plus l’envie, je sais pas pourquoi… c’est bizarre, c’est depuis l’agression.

Là j’ vois bien que j’ suis plus comme avant… que ça a un peu changé…

8ème entretien :

Maintenant, tous des petites choses deviennent des affaires d’état… je sens qu’avant j’étais beaucoup plus… moins… comment dire… soupe au lait en somme

Je m’énervais moins vite ça c’est sûr

Des choses ont changé oui… par rapport à avant, mon caractère a changé

9ème entretien :

Mais bon j’ai pas eu tellement du mal à manger, mais par contre j’ai eu peur de reprendre le train… ça oui… pendant deux semaines en tout cas c’était dur…

Mes proches me disent que je ne suis plus comme avant… et je me dis qu’ils ont peut être raison… parce que tout compte fait je vois bien que certaines chose ne sont plus pareilles…

En fait mon caractère a changé

10ème entretien :

Dès qu’on entend la chien aboyer, on va instinctivement voir dehors, euh… bon, euh… dès qu’il fait noir, je vais dire, euh, instinctivement on ferme tout

Sûrement que des choses ont changé mais je ne sais pas dire exactement quoi.

Quand il fait nuit, oui c’est vrai, peut-être qu’on n’est peut-être plus aussi à l’aise qu’avant

J’arrive a rester seule mais je ne suis pas à l’aise en fait, je ferme la porte à double tour

Maintenant, c’est beaucoup, c’est beaucoup de questions, c’est beaucoup d’interrogations en plus comme ça. (silence)

Changement de comportement :

1er entretien :

Ah mais la porte est toujours fermée à clef, hein

2ème entretien :

Dès que l’alarme est mise, alors, je suis, on est plus calme et on dit : « maintenant on est plus en sécurité, quoi ! » Hein !

On a mis une alarme, hein

3ème entretien :

Quand il vient quelqu’un on allume partout et…

4ème entretien :

De toute façon je sors plus tard.

Maintenant il est au garage (rire). Mais c’est vrai que j’ai… ch… j’ sais pas… j’ai eu peur et je sais pas r’monter sur un scooter

5ème entretien :

D’ailleurs on a fait installer un truc pour voir qui est devant la porte… un judas c’est ça…

M’acheter des choses un peu moins tape a l’œil parce que c’est bien d’avoir de jolies choses mais on attire les regards avec ça non…alors je pense à m’acheter une autre voiture moins grosse, mais c’est dommage parce qu’on aime bien les belles voitures avec ma femme… mais on ne sait pas encore quoi comme modèle… mais plus petite, moins convoitée en tout cas

6ème entretien :

Je ferme a double tour

7ème entretien :

J’ouvre pas tard le soir maintenant quand y a personne dans le magasin.

8ème entretien :

D’ailleurs je suis très méfiante en voiture, je regarde toujours derrière…

9ème entretien :

Je n’osais plus prendre le train…

Je faisais de l’aviron mais là j’ai plus trop envie

10ème entretien :

Depuis une semaine la semaine dernière, on est toujours restés, quasiment restés à la maison.

Je ferme la porte à double tour

Dès qu’il fait noir, je vais dire, euh, instinctivement on ferme tout

L’activité professionnelle :

Chez aucune des victimes l’activité professionnelle ne s’est révélée être une aide. Les victimes n’ont pas fait part du fait qu’elles avaient à un moment donné fuit la situation en se plongeant dans le travail ou même qu’elles avaient travaillé sans relâche afin d’oublier cette situation.

Rendement professionnel ou scolaire :

1er entretien :

La personne étant pensionnée et sans activité professionnelle, cette partie de l’entretien n’a pas été approfondie.

2ème entretien :

L’ mercredi mon frère m’ dit :« Écoute, pfff, j’ n’ai pas l’ courage de faire du pain… ». J’ dis :« Non ! » d’autant que… « On l’ f’ra demain ! ». Et l’ lendemain, savez ?, il a r’ fait du pain… et voilà.

Cette personne étant également pensionnée, les activités quotidiennes ne sont pas des obligations mais à très court terme elles s’en sont trouvées altérées.

3ème entretien :

Je suis exténuée, je suis fatiguée, je m’ mets au travail. J’ peux pas rester là-bas plus que quatre cinq heure, faut que je revienne.

4ème entretien :

Je suis allée travailler le lendemain mais j’étais pas là vraiment, j’avais pas le choix c’est tout je suis à l’essai.

5ème entretien :

Même mes collègues […] mais là ils me disent que j’ai pas l’air dans mon assiette, et puis j’ai dû remettre deux rendez-vous, mais bon allez c’est pas grave…

6ème entretien :

En tout cas je ne suis pas allée au travail le lendemain et le médecin m’a mis une semaine d’arrêt, mais j’ai des bons patrons, ils ont compris…

7ème entretien :

J’ai pas ouvert les deux, trois jours après, c’est pas grave mais j’ai senti au niveau financier que j’ai fermé quelques jours.

8ème entretien :

La personne n’exerce pas d’activité professionnelle quotidienne.

9ème entretien :

Sinon au niveau professionnel, je sens des changements, je vois bien que j’ai pas trop envie d’y aller alors que j’aime beaucoup ce que je fais… c’est aussi une passion mon job pour moi ( sourire)…

10ème entretien :

Moi je dois étudier parce que je suis presque en examen et là j’arrive pas trop à me concentrer

A priori concernant les psychologues:

1er entretien :

Ah ben ça oui ! on n’ sait pas que les pssy c’est pas qu’ pour les sosots hein, moi j’ me dis c’est nié pou’ moi ça ! et pis tin, v’la qu’ j’en voit une !(rires)

2ème entretien :

Cette personne n’a pas émis d’a priori concernant les psychologues.

3ème entretien :

C’est pas qu’on n’a pas parlé à la dame mais bon quand on nous propose une psychologue on a tendance à dire non parce que c’est vrai hein, c’est pour les fous…

4ème entretien :

Psychologue ! Psychologue ! ça y est, c’est un truc pour les…hein c’est vrai hein… c’est c’est c’qu’on dit.. les psys c’est pour les fous (rire)

5ème entretien :

… bien sûr y a les psychologues qu’on va voir quand on a un problème mais bon, on pense jamais qu’on va en avoir besoin un jour…

6ème entretien :

Un psy ? pour quoi faire c’est pas pour les fous ça ? (rires)

Au début on peut se dire que les psys c’est pour les fous (sourire)

7ème entretien :

Ben en fait faut vous dire qu’au début je voulais pas trop qu’elle vienne c’est ma fille qui a insisté…bon on n’est pas habitué à demander de l’aide en plus à un psychologue… enfin soit…

Eh bien je continuerai de discuter avec elle mais pour ça il faut qu’elle veuille encore venir chez moi… et ça, ça dépend pas de moi mais d’elle… ou de son patron (rires)…

9ème entretien :

Et un psy c’est pour les lolos (rires), enfin c’est ce que je croyais…

Je me dis que même si je ne voyais pas trop pourquoi je devrais parler à la psychologue

10ème entretien :

Même si parfois on se dit qu’on aura jamais besoin d’une psychologue

Acceptent l’aide par politesse

1ère catégorie :par politesse car ne se sentent pas concernées par le besoin d’une aide psychologique.

2ème catégorie : acceptent l’aide proposée car se rendent compte que cela peut leur être bénéfique.

1er entretien :

Bah elle est bien gentille d’être passée cette dame là

C’est elle qui m’avait demandé… (NDLR : de rencontrer la psychologue)

2ème entretien :

Parler avec nous et nous réconforter, quoi !

Je lui ai dit : « écoutez, Madame, attendez quelques jours parce que nous sommes vraiment débordés… Pfff ! nous sommes vraiment… »

Ben, madame XX, écoutez, aujourd’hui ça ne va pas, hein !, Je vous retéléphonerai, je vous re-contacterai pour… la prochaine fois, hein ! Et alors après j’ai dit : « Ben je vais appeler madame XX elle a été si gentille », je dis, donc elle est venue et… on a parlé, deux fois, hein !

Je lui ai dit :  « Madame, vous êtes toujours la bienvenue, vous pouvez venir quand vous voulez. » (silence)

3ème entretien :

Bah on avait le numéro alors on s’est dit c’est gentil qu’elle ai proposé à venir alors on a téléphoné

4ème entretien :

Cette personne est retournée d’elle même au bureau de police afin de demander si elle pouvait encore voir la psychologue.

Mais après, comme j’avais retourné au commissariat, ils m’avaient encore dit « Oui tu peux en avoir une ». Chaque fois ils me disaient ça. Bon et puis un jour j’ai téléphoné. J’ai dit bon, c’était pour avoir un rendez-vous, un rendez-vous avec la psychologue quoi !

5ème entretien :

… moi j’ai dis non mais j’ai dis oui pour ma femme. Mais bon je lui ai quand même parlé…

6ème entretien :

Ben oui c’est lui, enfin elle, qui est la mieux placée pour m’aider et puis elle à proposé alors je ne voudrait pas paraître impolie de ne pas rappeler».

7ème entretien :

Ben je lui ai raconté mais je ne voyais pas ce que ça allait apporter…mais bon j’allais pas la mettre dehors quand même, hein.

Je lui ai dis que je ne croyais pas que ça servirait à quelque chose mais bon… En fait je vois que ça fait du bien quand même…

8ème entretien :

Cette personne n’a émis aucun a priori concernant les psychologues.

9ème entretien :

Mais bon, une psychologue, c’est pas elle qui va faire que je vais retrouver mon portefeuille hein… et puis bon les policiers avaient l’air de dire que c’est bien que je la vois… mais c’était pas ça le plus important.

Mais bon c’est bien que la dame soit quand même venue pour me parler.

10ème entretien :

On n’a pas voulu parce que, bon, enfin, sur le moment, on n’a pas voulu. Le lendemain matin, vers huit heures, huit heures quart, il y a madame XX qui a téléphoné pour savoir si on désirait la rencontrer le jour même.

Les psychologues sont importants mais pour des personnes seules

1er entretien :

Ben j’ sais pas moi… j’ai de l’aide de mes enfants… mais c’est bien que vous… enfin Mme XX elle soit venue mais pour des gens qui n’ont personne… c’est vrai hein… y en a beaucoup des gens seuls… mais bon a Mme XX j’ lui ai raconté tout c’ que j’ vous raconte, hein !

2ème entretien :

Bah oui hein, c’est gentil qu’elle se soit inquiétée pour nous. Et ça aiderait peut-être encore plus des personnes isolées, hein ! Ça oui, certainement, hein ! Parce que nous, on ne peut pas dire…, nous ne sommes plus que deux, bien sûr, hein !, on n’est pas isolés, hein !

3ème entretien :

On est bien parce qu’on s’en parle entre nous mais j’estime qu’il y a des gens qui s’en… on est francs à parler… mais il y a des gens qui ne savent pas parler… et j’estime que des gens comme vous ou madame XX ils arrivent à les faire parler. Et c’est très bien. Moi j’estime que pour le moment on s’en sort bien

Pour des gens qui sont tout seuls ou pour des gens qui n’ont pas de communication avec leur… les… sa famille, c’est très important. Très, parce que pour finir et vous faire sortir des choses… que… peut-être qu’à l’habitude ils ne parlent pas, hein !

4ème entretien :

C’est pas que pour les autres et en plus j’avais personne pour en parler et quand on est seul c’est pas facile…

5ème entretien :

… et en plus on se dit que c’est un peut comme pour les personnes âgées que les assistantes sociales vont voir, les gens qui sont isolés…

6ème entretien :

Cette personne n’a pas émis d’avis quant au fait que les psychologues sont important pour des personnes seules ou isolées.

7ème entretien :

Je ne me rendais pas compte sur le moment mais maintenant je me dis que c’est bien que je lui ai parlé […]comme je suis toute seule.

8ème entretien :

Cette personne n’a pas émis d’avis quant au fait que les psychologues sont important pour des personnes seules ou isolées.

 

9ème entretien :

Cette personne n’a pas émis d’avis quant au fait que les psychologues sont important pour des personnes seules ou isolées.

10ème entretien :

Cette personne n’a pas émis d’avis quant au fait que les psychologues sont important pour des personnes seules ou isolées.

Annexe 2 : Familiaristes

Caractéristiques concernant l’aide reçue se dégageant des entretiens :

1er  entretien :Hein ! Les enfants ils m’ont dit « maintenant Maman tu sais plus sortir… » Allez, comme j’ dis, […] J’ vais toutes les semaines, eh bien, mes belles-filles m’ conduisent faire mes commissions pour ma s’maine, hein ! Et l’ dimanche, c’est l’une ou l’autre, ou bien un d’ mes gamins qui m’ conduit chez m’ sœur ou bien qui vient vous r’chercher pour moi pas passer l’ dimanche toute seule. Comme ça, j’ai pas à m’ plaindre, j’ai des bons enfants, des bonnes belles-filles. Heureusement. Comme m’ sœur dit : « Tu peux pas avoir tous les malheurs ! ». C’est à eux que j’fais confiance, c’est normal hein…Ah oui, oui ! Ah oui, j’ai de bons enfants et des fort bonnes belles-filles. Ah ils savent tout ! Ils sont arrivés tout de suite, mes enfants !Ben, ils sont arrivés tout de suite, euh. Que les gendarmes étaient ici et les ambulanciers, ils sont arrivés tous les trois tout de suite.[…] sinon parler de ça je ne le fais qu’avec mes enfants… c’est logique hein.. c’est eux qui m’ connaissent le mieux…[…] maintenant j’ai dit tout ce que j’avais à dire, je ne sais pas, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? et puis j’aime mieux en parler a mes enfants… hein c’est vrai, on a l’habitude… y savent…Ah oui, pour ça oui, j’ai pas à m’ plaindre. J’ai des bonnes belles-filles, j’ai des bons enfants, ça oui, ils sont v’nus tous les trois tout de suite, hein ! Ça, i’ se sont téléphonés à l’un l’ aut’, i’ sont arrivés tous les trois tout de suite, hein.Ben j’ sais pas moi… j’ai de l’aide de mes enfants… mais c’est bien que vous… enfin Mme XX elle soit venue mais pour des gens qui n’ont personne… c’est vrai hein… y en a beaucoup des gens seuls… mais bon a Mme XX j’ lui ai raconté tout c’ que j’ vous raconte, hein ! Bien sûr, hein !J’ dis « bah i’ z’ont v’nus, i’ ne r’viendront ‘pus ».

2ème entretien :Parce que, nous ne sommes que deux mais nous avons beaucoup de gens qui viennent.On a la fam’… on a la famille. Mais, nous ne sommes pas froussards, hein ! Savez, hein !Donc, euh, j’ai téléphoné, parce que, parce que notre cousin est pharmacien à XX et c’est son beau-frère qui est médecin ! Et c’est notre médecin. Je téléphone et je dis : « Albert, voilà ce qui se passe » que je dis, « ce qui est arrivé ». « J’arrive » qu’il me dit. Un quart d’heure après il était ici.Ça a aidé, ça nous a aidé, très bien même.Je ne crois pas qu’on pourrait avoir plus, hein ! Oui, moi.Moi oui. D’utile quoi !L’aide c’est répéter ce que je suis en train de vous répéter… Je… bon peut-être que par après il y a dû avoir autre chose… l’occasion de l’avoir dit une fois… Bon, c’est juste parler et nous le dire qu’est-ce qu’on va avoir comme symptômes par après… Le reste c’est… on parlait déjà entre nous… la puissance et… Je ne sais pas moi dire si…[…] Peut-être que si j’étais toute seule, je crois que c’est différent parce que toute seule j’aurais eu besoin de parler avec quelqu’un…[…].[…] peut-être que plus tard on aurait besoin de quelqu’un de métier, hein ! Peut-être, hein ! Si on s’en sort pas entre nous, je pense qu’elle aura besoin de quelqu’un qui pourra l’aider.Et je dis :« Écoute, maintenant, il y a pas d’avance, hein ! c’est comme ça, c’est comme ça la situation. C’est comme ça, il faut prendre l’ dessus, eh ! »

3ème entretien :Non, on a parlé beaucoup entre nous… la famille est venue… quelques amis qu’il y avait… non… non… je vois pas. On a pas besoin des gens quoi… parce que c’était juste répéter ce qu’on disait aux autres… J’en ai pas ressenti le besoin.[…] mais du fait que nous sommes en groupe, que nous sommes trois, quatre avec mon mari… et nous en parlons, je crois ce qui était très bien… Disons si j’étais toute seule je sais pas… parler… chaque fois que j’aurais dû…Disons que… à la limite ils font le travail des psychologues…Mais on en parle entre nous. Je suis pas toutes seule, ma fille est pas toute seule et mon fils non plus.Question : et vous en parlez régulièrement entre vous ; Réponse : Oui.. oui… ; Question : c’est quelque chose qui manifestement vous aide énormément… ; Réponse : Oui…Nous, nous on parle. C’est pour ça que c’est bien. Et puis on a été très entourés par mon mari. Très fort. (silence) Disons que ça fait… que c’est beaucoup pour nous.Ah oui, c’est suffisant [NDLR :l’aide apportée de la part de la psychologue]. Ah oui, d’autres personnes peut-être ça ne le serait pas mais on a eu vite repris le dessus, hein ![…] Et alors après j’ai dit « Ben je vais appeler madame XX. » Madame XX a été si gentille, je dis, donc elle est venue et… on a parlé, deux fois, hein ! […]même si on est à deux… mais c’est bien qu’elle fasse ça… […]ça nous a aidé, très bien même.[…] ben si i’ y aurait quelque chose, beh ! on téléphone, eh !Je lui ai dit :« Madame, vous êtes toujours la bienvenue, vous pouvez venir quand vous voulez. » (silence)Et ça aiderait peut-être encore plus des personnes isolées, hein ! Ça oui, certainement, hein ! Parce que nous, on ne peut pas dire…, nous ne sommes plus que deux, bien sûr, hein !, on n’est pas isolés, hein !M’enfin y a pas d’avance, faut continuer à vivre hein c’est vrai… faut s’ dire que c’est la vie et qu’y faut se r’mettre à avancer…

Annexe 3 : Communautaristes

Caractéristiques concernant l’aide reçue se dégageant des entretiens :

4ème entretien :Ouais. Ca m’a aidé… Parce que pendant… En fait j’ voulais pas la voir et pendant le temps de… entre le temps de l’agression et le temps que j’ai pas pu la voir, franchement j’ pétais les plombs.Vu que j’étais vraiment énervée quoi ! J’ tremblais comme ça et tout. Et quand j’ l’ai vue après, après c’était tout. C’était parce que il fallait que je le dise quand même. De raconter comme ça, j’ pense que ça m’a aidé quand même. […] Même si c’était une personne que j’ connaissais pas, hein ! Et en parler à ma mère c’est pas la peine je lui dis pas grand chose, bon elle sait que j’ me suis fait… agresser mais bon je lui en ai pas parlé…Non. J’ pense que y aurait pas eu d’aut’ choses quoi […] Elle m’a… j’ lui ai raconté l’histoire, elle m’a posé des questions, des bonnes questions de toutes façons, puis, bon, après, bon j’ me suis vidée quoi ! J’ pense que, franchement c’était bien ce qu’elle a fait. Franchement, même quand je suis ressortie de là j’ me sentais beaucoup mieux. D’avoir tout dit, tout…parce que même avec ma copine j’ vais pas tout dire quoi ![..] que j’ pense quand même qu’il vaut mieux conseiller aux gens d’aller voir un psychologue. Ouais. Pour n’importe quoi comme agression…[…] Et j’ai été et franchement j’ai pas été déçue. J’ suis r’sortie de là, j’étais beaucoup mieux, hein !En fait je n’en éprouvais pas le besoin pour moi mais pour ma femme oui parce que je crois que c’est important qu’elle voit quelqu’un de professionnel…Cette phrase est la plus caractéristique de cette catégorie de réactions faisant partie de l’idéal type des communautaristes. Toutes les victimes communautaristes acceptent l’aide de la psychologue et se rendent compte que cette aide vient de quelqu’un de professionnel.

5ème entretien :En fait je n’en éprouvais pas le besoin pour moi mais pour ma femme oui parce que je crois que c’est important qu’elle voit quelqu’un de professionnel…je dirais d’en parler à quelqu’un que c’est le métier c’est sûr… en plus en parler tout de suite ça peut aider aussi non ? Moi c’est sûr que ça arriverait à n’importe qui je le dirais, on est pas fou si on va voir un psy… c’est vrai hein…Oh lala… c’est pas facile comme question… l’aide idéale… ben je sais pas moi… en parler à quelqu’un… c’est sûr. À quelqu’un de professionnel je veux dire, c’est pas que la famille ne peut pas comprendre mais bon c’est pas la même chose, je crois que à chacun son rôle et sa fonction et la famille c’est pas des psychologues avec les autres membres de la famille… enfin je peux me tromper mais c’est mon avis…[…] c’est vrai que le soir en allant nous coucher on a parlé de ça… et on a pensé à ce que la psychologue nous a dit… et c’est vrai que quelque part ça nous a empêché de nous faire des films… et on pouvait aussi un peu savoir ce qu’il allait nous arriver par la suite… si on en rêvait… si on avait une perte d’appétit…en tout cas ça ne nous a pas fait de tort, au contraire… en tout cas pour ma femme c’est vrai que ça lui a fait du bien de parler avec la psychologue tout de suite… et puis ben moi aussi…

6ème entretien :Au début je me suis dit : « un psy ? pour quoi faire ? » et puis c’est vrai que ça n’a duré qu’une seconde parce que je me suis dis :« ben oui c’est lui, enfin elle, qui est la mieux placée pour m’aider » même si au début on peut se dire que les psys c’est pour les fous (sourire)J’ai vu Mme XX le lendemain, on a parlé pendant deux bonne heures et je dois dire que après je me sentais vraiment mieux… c’est comme si elle savait déjà ce que je ressentais mais en m’écoutant quand même, […].Qu’il n’y a pas de raison pour que moi non plus je ne sois pas aidée, c’est vrai hein après tout je suis victime aussi non ?Je dirais que si on peut voir cette dame la… la psychologue… et ben faut pas hésiter… peut-être que des gens n’auront pas besoin d’en parler en fait mais moi je crois que ça peut être utile, je l’ai bien vu avec moi… ça m’a fait quand même du bien d’en parler, qu’elle vienne me voir en tout cas… pour en parler…Ça dépend de la personne aussi, si elle fait bien son travail… mais bon, je crois que c’est très important de faire confiance à quelqu’un de professionnel, c’est vrai hein… on est parfois bien entouré mais c’est pas l’ même, c’est quelqu’un qui sait de quoi il parle…

7ème entretien :Ça m’a fait du bien… c’est pas que ma fille ne m’a pas aidée mais c’est pas l’ même,… faut pas lui dire hein ! (rires) c’ que j’ pense… j’ crois que la dame elle m’a plus aidée que ma fille parce que elle sait de quoi qu’elle cause en fait, enfin je crois… c’est comme moi je vend de légumes, et ben si je veux des chaussures j’ vais pas aller chez un fleuriste, c’est vrai hein… (sourire)Et c’est vrai que ça fait quand même du bien de vider son sac… on se sent… comment dire, un peu plus légère…C’est bien que ça a été à une dame que c’est le métier d’entendre tout ça… elle m’a mise à l’aise et je crois que j’ai pu tout lui dire… tout ce que j’avais sur le cœur… des choses que je n’aurais pas osé dire à mes enfants pour pas trop les inquiéter…[…]Je me rends compte que c’est important de dire ce qu’on a vécu quand on a été agressé… surtout à quelqu’un de professionnelBen maintenant j’ me dis que j’ lui dirais d’aller voir la psychologue, de lui parler… c’est vrai que ça fait du bien de parler quand même…[…] ça fait du bien de dire ce qu’on a sur le cœur… et puis je dirais que la famille c’est bien mais que quand on peut voir quelqu’un qui sait dire ce qu’on va avoir ben c’est encore mieux…

8ème entretien :Moi je ne savais pas pourquoi mon mari avait dit « oui » pour que la psychologue vienne mais en fait il a eu raison, moi c’est pas que je ne parle pas à mon mari mais je ne voulais pas qu’il s’inquiète et donc de parler à cette psychologue ça a fait énormément de bien en fait… On a parlé avec elle de ce qui était arrivé, de comment ça c’était passé… de ce que j’avais ressenti… enfin tout ça quoi…Moi j’ai préféré en parler à la psychologue qu’à mes enfants, à eux je n’ose pas leur dire trop parce que ça risque de les effrayer même s’ils sont grands maintenant… je préfère ne rien dire en fait… à eux en tout cas… c’est pas ça, ils nous soutiennent, ils savent ce qu’il s’est passé mais on aborde pas le sujet à la maison… on en a parlé au début mais je préfère ne plus en parler de peur de leur faire peur justement, qu’ils s’inquiètent pour moi et pour leur papa bien sûr… alors je trouve que c’est mieux d’en parler à quelqu’un d’extérieur… un professionnel… quelqu’un qui sait écouter aussi…[…] sans hésiter de ne pas attendre et d’aller en parler à quelqu’un, c’est certain, je lui dirais que c’est quelque chose qui fait beaucoup de bien en tout cas… moi ça me fait encore beaucoup de bien quand je peux en parler et qu’on m’écoute sans me juger… […]Quand on a vécu quelque chose comme ça, je dis pas qu’on s’habitue à ce genre de situation, loin de là mais on a du recul sur ce qu’il faut faire, ce qu’il faudrait faire… même si je vous l’ai dit on ne sait pas si ça peut aider… mais moi je crois que oui […] alors je leur conseillerai d’aller voir quelqu’un c’est sûr… que ce soit la psychologue de la police ou un autre, je pense qu’il faut aller voir quelqu’un…

Annexe 4 : Familio-communautaristes

Caractéristiques concernant l’aide reçue se dégageant des entretiens :

9ème entretien :On n’a pas voulu parce que, bon, enfin, sur le moment, on n’a pas voulu. Le lendemain matin, vers huit heures, huit heures quart, il y a madame XX qui a téléphoné pour savoir si on désirait la rencontrer le jour même.[…] le jour même elle est venue. Puis on a discuté avec elle et tout et… Puis on nous a expliqué qu’on pouvait la revoir. Donc elle nous a remis un, plusieurs, un rendez-vous. Puis elle nous a dit que, bon, ça dépendait des personnes et tout, y a des personnes qu’ont besoin de plus de rendez-vous et d’autres de moins, ça dépend des personnes.C’est parce que c’est qu’elle a téléphoné que j’ai dit : « bon, tous comptes faits, pourquoi pas ? » Mais au sinon je ne l’aurais pas fait de moi-même et elle m’aurait dit aller à les autres rendez-vous, je l’aurais pas fait pour tout de suite, j’aurais attendu, je l’aurais peut-être même pas fait, j’ pense pas qu’ j’ l’aurais fait.[…] faut pas cracher sur l’aide qu’on t’accorde et tout.[…] c’est peut-être au fur et à mesure que je vais m’en rendre compte que c’est que ça va m’apporter quelque chose mais pour l’instant je crois pas que je me rends tellement compte de ce que ça m’apporte.C’est sûr, ça fait beaucoup. C’est sur la famille qu’on se repose…C’est pas que je vois pas l’aide que ça m’apporte, c’est que j’ai l’impression que, ça c’est parce que, ça c’est un peu l’orgueil des personnes, je crois on veut s’en sortir tout seul. Je crois que c’est plus ça. Mais je suis sûre que d’ici quelques semaines je vais m’en rendre compte que ça va m’apporter quelque chose. […] spontanément les policiers ils nous ont proposé l’aide d’une psychologue, et d’elle même, sans avoir eu autant de, autant de renseignements, elle a su qu’il y avait eu un préjudice, elle nous a téléphoné […]mais bon c’est vrai que la famille ça aide aussi beaucoup… c’est pas que je dis que les psys font pas du bon boulot mais bon la famille c’est important aussi quoi… en fait je sais pas ce qui est le mieux, la famille ou en parler a un psy… j’ sais pas… (rire)Oui c’est ça… en fait je ne sais pas dire si l’aide que j’ai eue c’est mieux avec un psy…enfin la psychologue Mme XX ou bien si c’est mieux que ça soit que la famille…

10ème entretien :J’ai parlé a la psychologue parce que c’est son métier… mais j’avais déjà beaucoup parlé à mes parents…[…]… en fait c’est pas que j’aime pas parler de ça à mes parents mais j’ai peur de les inquiéter et disons qu’ils sont plus là pour remonter le moral hein… mais bon c’est bien que la psychologue soit venue…[…] elle m’a posé des questions… moi au début, je ne voyais pas ce que ça allait changer d’en parler à quelqu’un mais après je me suis dis que si elle venait c’était pas pour rien[…] c’est elle qui a demandé si je voulais la voir une fois en plus… alors j’ai dis pourquoi pas…(NDLR : Conseil à donner à un proche qui vivrait la même situation ?) […] d’en parler… à moi mais aussi à la psychologue… c’est bien ce qu’elle fait quand même, en plus elle vient directement… enfin c’est vrai que c’est son boulot… mais bon, elle est pas obligée de venir tout de suite… moi je leur dirais de lui en parler parce que elle, elle peut trouver les mots justes pour qu’ils aillent mieux… enfin voilà c’est ce que je leur dirais… il faut en parler le plus possible… mais d’un autre côté je crois que la famille qui est présente c’est important… enfin c’est mon avis… en fait faudrait la famille pour remonter le moral mais aussi la psychologue pour dire ce qui va arriver… faudrait un psy dans la famille en fait (rires). Voilà c’est ça l’aide idéale en fait… un mixage entre la psychologue et la famille… enfin pour moi parce que je ne sais pas dire si c’est la psychologue ou mes parents qui m’ont aidé le mieux…

Annexe 5 : Aide proposée

100 % d’aide proposée, aucune demande d’aide spontanée.

« Non, je ne savais même pas que ça existait un psy qui vient vous voir quand vous vous êtes fait agresser… j’ai découvert ça ce jour là… »« c’est le service d’aide. Oui oui »« Ben non, je savais même pas que ça existait ça, des psychologues qui viennent tout de suite… bon j’avais bien entendu à la télé qu’on parlait de psychologues quand on a été choqué par quelque chose mais je ne savais pas que cette personne venait tout de suite, moi je croyais qu’on allait la voir a son bureau et voilà… »« Non pas du tout, je ne savais pas que quelqu’un pouvait se déplacer à la maison, je savais qu’on pouvait aller voir un psy, j’avais vu une émission la dessus une fois mais c’était des gens qui avaient eu un accident de voiture… c’était grave quand même… »« oui… moi j’ vois pas en quoi ça pourrait m’aider… »« C’est elle qui m’avait demandé… »« Le lendemain matin, vers huit heures, huit heures quart, il y a madame XX qui a téléphoné pour savoir si on désirait la rencontrer le jour même. »« Non pas du tout, je vous dis je ne savais même pas que ça existait des gens qui viennent tout de suite, moi je croyais qu’on allait les voir à leur bureau… je savais qu’il y avait des psys spécialisés pour aider les victimes et c’est tout… »« oui c’est elle qui a téléphoné »« c’est les policiers qui ont proposé qu’on voient une psychologue, et on a accepté. »
 

Annexe 6 : victimes vue au domicile

90% au domicile

10% au bureau

 

Domicile

« Bé oui hein, j’ suis p’us toute jeune et puis avec m’ jambe c’est nié facile hein… »« Ah, c’était plus facile qu’elle vienne ici, hein ! Nous ne sommes plus de la première jeunesse, hein ! (rires) Et quand même ça s’est passé ici, alors nous lui avons expliqué, enfin, ce qui s’était passé, quoi ! »« Ben oui hein, c’est plus facile… et puis je ne suis pas sûr qu’à son bureau je serais allé. »«…je crois qu’on est mieux chez soi après ce qui c’est passé non ? »« Ben oui vu que j’ai pas de voiture ! ça aide quand même, on ne doit pas se déplacer, c’est quand même plus pratique mais si j’avais dû je serais allée à son bureau, j’aurais trouvé quelqu’un pour me conduire… mais c’est vrai que si elle sait aller chez les gens c’est quand même plus facile… »« Ben oui… C’est sûr ça… en plus j’ai pas de voiture alors c’est ma fille qui aurait dû me conduire là-bas… c’est bien que ce soit elle qui soit venue a la maison… Et puis je ne sais même pas où il est son bureau…(sourire). »«…c’était juste le lendemain donc je crois que je l’aurais pas fait de moi-même. »« Ben oui quand même, déjà je n’aurais jamais pensé aller voir quelqu’un pour ça mais c’est vrai que comme elle est venue à la maison c’était bien quand même… moi en tout cas ça m’a fait du bien qu’elle vienne et qu’on ne doive pas aller à son bureau,… c’est à la police je crois ?… je ne me sentais pas la force d’aller jusqu’à la police, je voulais rentrer chez moi et retrouver des choses familières et accueillantes… enfin… c’est bien je trouve qu’elle se déplace chez les gens… comme je vous ais déjà dit, on se sent soutenu par cette présence bienveillante… et puis tout le monde ne sait pas forcement se déplacer… »

 

Bureau de la psychologue :

« Non… j’ai été au… commissariat… Ouais. Ben elle m’avait donné rendez-vous là, donc j’ai été là…»
 

Annexe 7 : Grille d’entretien

1. Aide reçue

Pourriez-vous me dire ce que vous avez reçu comme aide ?

ChronologiquementÉtait-ce en réponse à une demande particulière de votre part ou une proposition spontanée des bureaux d’aide aux victimes ?Environnement du service ou à la maison ?

 

2.Le trauma

Pourriez-vous me raconter ce qui s’est passé ?

 

3. Avant le traumatisme

Pourriez-vous me parler de votre vie avant « l’événement » ?

Au niveau familialAu niveau professionnel ou scolaireAu niveau des loisirs, niveau social ?Si vous deviez vous décrire avant l’événement, comment le feriez-vous ?

 

4. Après le traumatisme

Est-ce que cet événement a changé quelque chose dans votre vie ?Au niveau familialAu niveau professionnel ou scolaireAu niveau social, relationnel avec autrui ?Pourriez-vous me dire ce que ça a changé en vous ?

 

5. Aide idéale

Si un tel fait était arrivé à votre voisin que lui auriez vous conseillé ?Si un tel fait était arrivé à quelqu'un de votre famille, que lui auriez-vous conseillé ?Si un tel fait était arrivé à votre enfant, mari, femme, frère,… que lui auriez vous conseillé ?L’aide qui vous a été apportée, correspondait-elle à l’aide idéale ?Pour vous quelle serait l’aide idéale ?

 

 

 


 


[1] Vol de voiture avec violence.

[2] Vol dans une habitation avec violence.

 

 
 

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