L’aide aux victimes en France a pris une nouvelle dimension avec la création des Services d’Aide aux Victimes en Urgence (SAVU).
JIDV 8 (Tome 3, numéro 1 - Octobre 2004)
Auteure
DIMAVI, Mulhouse
Résumé
L’aide aux victimes en France a pris une nouvelle dimension avec la création des Services d’Aide aux Victimes en Urgence (SAVU). Comment s’organise un tel service, en quoi consiste son intervention, selon quels principes, et pour quel public ? Au travers de la présentation des modalités d’action du DIMAVI (Dispositif Mobile d’Accompagnement des Victimes dans l’Immédiat) créé à Mulhouse en février 2003, nous verrons quelles pistes de réflexion découlent de cette nouvelle pratique de terrain, et renouvellent la définition et les enjeux de l’urgence.
Mots-clés
Aide aux victimes ; immédiat ; urgence ; écoute ; psychotraumatologie ; accompagnement.
INTRODUCTION
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’essor de l’aide aux victimes est récent. Ce n’est que depuis une trentaine d’années que les lois françaises, sous les avancées internationales et européennes en matière des Droits de l’Homme, se sont peu à peu intéressées aux victimes d’infractions, et non plus seulement à leurs auteurs, objets du traitement pénal. Le terme de victime, par exemple, apparaît pour la première fois dans la loi de 1970 sur le contrôle judiciaire. Aujourd’hui dans l’ère de la « justice réparatrice », les champs judiciaires et pénaux, dans leur mission d’assurer la paix sociale, ne se contentent plus de sanctionner les atteintes aux lois, mais tendent aussi à oeuvrer pour assurer à la victime la réparation du préjudice subi. Leur statut et leurs droits sont de plus en plus reconnus, notamment en matière de participation tout au long de la procédure judiciaire.
Ainsi, sur le terrain, les pouvoirs publics se reposent sur un important réseau associatif pour la prise en charge des victimes d’infractions pénales, offrant à celles-ci information, soutien et accompagnement dans la procédure judiciaire.
L’action déployée par ces associations s’est elle aussi développée en fonction de cette évolution politique et sociale, et s’est peu à peu adaptée aux besoins des victimes, appréhendés d’une manière de plus en plus globale. Grâce, par exemple, aux avancées de la psychotraumatologie, ainsi qu’à de nombreuses études relatives au sentiment d’isolement des victimes, l’on sait aujourd’hui combien l’infraction peut être traumatisante psychologiquement, ou encore avoir de graves répercussions sociales pour les personnes touchées.
C’est dans ce contexte que sont nés en France les Services d’Aide aux Victimes en Urgence, (SAVU), dans un souci de répondre au mieux à la situation de crise qu’engendre parfois la commission d’infractions. En 2002, Monsieur Jean-Louis BORLOO, alors Ministre Délégué de la Ville conçoit et initie les SAVU sur cinq sites pilotes : Valenciennes, Bordeaux, Marseille, Blois et Mulhouse. Fonctionnant 7/7 jours et en soirée, ils ont pour mission d’intervenir dans l’immédiat, là où se trouve la victime, d’appréhender l’ensemble de sa situation, de l’orienter et de l’accompagner en temps réel dans les démarches qu’impose la situation.
Chacun de ces SAVU connaît un fonctionnement et une organisation propres. Nous nous attacherons ici à présenter le service de Mulhouse, mis en place en février 2003 sous le nom de DIMAVI (Dispositif Mobile d’Accompagnement des Victimes dans l’Immédiat) par l’association d’aide aux victimes et de médiation pénale ACCORD 68. Cette appellation a été préférée à celle de SAVU, pour éviter la confusion avec le SAMU. Elle évoque de surcroît l’écoute dont bénéficient les victimes, qui peuvent parler de leur vécu. Nous décrirons le fonctionnement de ce service, son mode d’intervention ainsi que les situations et les victimes rencontrées. Mais au travers de ces éléments, nous voulons aussi montrer combien cette pratique sans précédent, encore en cours d’institutionnalisation, interroge la notion centrale d’urgence, qu’il s’agit aujourd’hui de revisiter et de redéfinir. Quels sont les enjeux de ce temps de l’urgence, qu’est-ce qu’une situation d’urgence et comment intervenir dans l’immédiat ?
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