Éditorial
JIDV 10 (Tome 3, numéro 3 - Avril 2005)
Auteures
Mots-Clés
Violence ; femmes ; violence familiale ; couple
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n constate en Amérique du Nord depuis bon nombre d’années, une préoccupation croissante à l’égard de la violence et ce, dans divers contextes (en milieu de travail, à l’école, à la télévision, etc.). Si ces dernières problématiques sont relativement récentes, une attention particulière, attribuable à l’origine aux groupes de femmes, est portée depuis plus de trois décennies aux diverses formes de violence exercée envers elles. C’est la violence conjugale qui a particulièrement mobilisé l’attention des différents acteurs (État, institutions publiques et parapubliques, groupes communautaires, communauté scientifique). Ainsi, des progrès importants ont été réalisés eu égard à la compréhension de cette problématique et au développement de programmes de prévention et d’intervention. Des politiques gouvernementales d’intervention ont également été élaborées et mises en place.
De nos jours nous assistons à un redéploiement des efforts en vue de comprendre les divers contextes (sociaux, économiques et juridiques) associés à la violence contre les femmes, par delà la violence exercée en contexte conjugal. Parallèlement, la mobilisation autour de la problématique de la violence conjugale s’est elle aussi élargie, tant au plan des personnes qui en font l’objet (enfants exposés à la violence; jeunes qui vivent de la violence dans leurs relations amoureuses) qu’au plan des réalités particulières de certaines victimes. Aujourd’hui on s’intéresse à la violence conjugale chez les couples âgés, à celle vécue par les femmes réfugiées et immigrantes, à celles provenant des communautés autochtones, chez les femmes qui ont des limitations fonctionnelles, chez les conjoints de même sexe. Ces caractéristiques sont susceptibles de rendre certains groupes de femmes particulièrement vulnérables à l’exploitation, aux abus et à la violence.
Pour la plupart de ces femmes, la violence s’inscrit dans un contexte où on leur reconnaît peu de pouvoir sur leur vie et où elles sont l’objet, sinon de discrimination, du moins de déconsidération sociale. Ces femmes sont également exposées à de multiples formes de précarité, notamment au plan financier. Les caractéristiques particulières de ces femmes non seulement les rendent plus à risque de vivre de la violence mais font également obstacle au dévoilement de leur situation.
On assiste présentement au développement de la recherche concernant des groupes spécifiques de femmes, afin de connaître leur réalité propre, de mieux comprendre la complexité de leurs besoins et de mettre en place une organisation des services cohérente et adaptée à leur situation.
En mai 2004, le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence envers les femmes (CRI-VIFF)[1] organisait un colloque sur le thème Femmes, violence et vulnérabilités, dans le cadre du Congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (Acfas)[2]. Ce colloque visait à faire avancer la réflexion sur des réalités encore peu explorées et à soulever des enjeux qu’elles posent, entre autres, pour l’intervention.
Le présent dossier regroupe les articles réalisés à partir de ces conférences, qui portaient sur différents contextes dans lesquels se vit la violence. Trois de ces textes proposent chacun un angle d’analyse particulier susceptible de favoriser une lecture transversale des situations. L’article de Sonia Gauthier, Raymonde Boisvert et Véronique Cardinal consiste en une réflexion sur l’utilisation du cadre conceptuel Processus de production du handicap dans l’analyse des facteurs de vulnérabilité et de protection à la violence conjugale. Jacqueline Oxman-Martinez et Julia Krane s’interrogent, pour leur part, sur le décalage entre la théorie et les pratiques eu égard à la violence conjugale vécue par les femmes issues des minorités ethniques. L’article de Sirma Bilge s’appuie sur quelques exemples canadiens pour illustrer l’utilisation d’éléments culturels dans le traitement pénal de la violence à l’endroit des femmes minoritaires. Le quatrième article, écrit par Lyse Montminy et Christine Drouin, traite de la réalité des femmes plus âgées vivant de la violence conjugale et qui font appel aux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Dominique Damant, Ginette Paré, Germain Trottier, Lina Noël et Nolwenn Doitteau explorent différentes trajectoires d’entrée en prostitution. Nolwenn Doitteau et Dominique Damant, quant à elles, s’intéressent à la maternité des femmes prostituées. Enfin, Céline Mercier se penche sur la victimisation des personnes avec une déficience intellectuelle.
[1] Le CRI-VIFF est un centre de recherche interuniversitaire, interdisciplinaire et partenarial mis sur pied en 1993 au Québe1 (Canada). Il vise à promouvoir la réalisation d’activités de recherche, de formation et de transfert des connaissances sur la problématique de la violence familiale et de la violence faite aux femmes, et des réponses sociales qui y sont apportées. Le CRI-VIFF regroupe des chercheurs-es universitaires et des intervenants-es des milieux de pratique qui souhaitent faire avancer la recherche sur cette problématique spécifique. Il réalise ses activités en association avec des partenaires des réseaux universitaire, communautaire et institutionnel. Les chercheurs sont regroupés en équipes de recherche. L’une de ces équipes travaille sur le thème Femmes, violence et vulnérabilités. http://www.criviff.qc.ca/
[2]L’Acfas est une association canadienne qui s’est donné comme mission de promouvoir l’activité scientifique, de stimuler la recherche et de diffuser le savoir. Son congrès annuel est le plus important événement scientifique multidisciplinaire de la francophonie et regroupe jusqu’à 4000 chercheurs.






