Journal International de Victimologie

articles scientifiques de victimologie et traumatisme psychique - ISSN 1925-721X

Samedi
19 Mai 2012
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Home Archives Par numéro JIDV 13 Concomitance de la violence conjugale et des mauvais traitements envers les enfants : comprendre le phénomène à partir du point de vue des acteurs sociaux concernés

Concomitance de la violence conjugale et des mauvais traitements envers les enfants : comprendre le phénomène à partir du point de vue des acteurs sociaux concernés

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ÉDITORIAL

 

JIDV 13 (Tome 5, numéro 1 - Octobre 2006)    

Auteur

(1) Ph.D., Institut de recherche pour le développement social des jeunes,
Professeur associée, Ecole de service social, Université de Montréal

 

Mots-clés

Violence conjugale ; enfants ; victime ; famille

 

L

a violence conjugale et les mauvais traitements envers les enfants se sont construits comme deux problèmes sociaux distincts, qui ont évolué dans des univers différents aux plans conceptuel, institutionnel et légal. Toutefois, depuis les dernières années, des recherches démontrent que ces deux problèmes se présentent de manière concomitante dans de nombreuses familles (Appel et Holden, 1998; Edleson, 1999; Lavergne et al., 2001; McGuigan et al., 2000; Rumm et al., 2000). De plus, la violence dans ces familles est souvent plus sévère et peut prendre des formes diversifiées (négligence, violence verbale, psychologique, physique, sexuelle, économique). La juxtaposition des problèmes entraîne aussi des conséquences généralement plus lourdes sur le fonctionnement des jeunes victimes; on note, en effet, que ces enfants manifestent plus de problèmes internalisés et externalisés que les enfants exposés uniquement (Bourassa, 2003; O’Keefe, 1995; Shipman et al., 1999). La présence d’autres problématiques comme la toxicomanie, la pauvreté et les problèmes de santé mentale rend les membres de ces familles encore plus vulnérables en même temps qu’elle vient complexifier la réponse aux besoins de services (Hartley, 2002; Onyski, 2003).

Le défi de comprendre les liens complexes entre ces deux problématiques prend donc des proportions considérables, d’autant plus qu’elles se situent au carrefour de deux réseaux de connaissances qui se sont construits à partir d’origines et de fondements théoriques radicalement différents, parfois même opposés (Beeman et Edleson, 2000). Il s’avère donc nécessaire dans ce contexte de développer une analyse de la violence familiale qui soit plus globale et davantage intégrée si l’on veut parvenir à mieux appréhender la complexité des dynamiques de concomitance et améliorer notre façon de penser ce phénomène et d’y réagir.

Ce numéro spécial proposé par le Journal et le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRI-VIFF) se veut un espace privilégié de réflexion visant à comprendre les réalités et les besoins des différents membres de la famille aux prises avec cette concomitance, ainsi qu’à dégager des enjeux soulevés au plan de l’intervention et de l’organisation des services offerts aux familles confrontées à cette double problématique. Les articles de Simon Lapierre et de Chantal Bourassa abordent le phénomène de la concomitance à partir du point de vue des enfants et des adolescents-es. Leur démarche permet de faire entendre la voix des jeunes sur leur expérience de victimisation, ce qui constitue en soi une rareté dans le domaine de la recherche en violence familiale.  En effet, les chercheurs se limitent trop souvent au point de vue des adultes pour appréhender les réalités vécues par les enfants (Chamberland, 2003; Graham-Bermann, 2002). Pourtant, une étude de Fortin (2004) démontre que le point de vue de l’enfant exposé à la violence conjugale, plus particulièrement le fait qu’il se sente menacé, qu’il s’attribue le blâme ou qu’il se sente coupable, prédit les symptômes de dépression et d’anxiété qu’il manifeste. C’est dans cette perspective que Bourassa fait appel aux jeunes eux-mêmes pour documenter les effets spécifiques et combinés de l’exposition à la violence conjugale et des mauvais traitements physiques et psychologiques directs sur le développement des troubles de comportement chez les garçons et les filles. L’étude de Lapierre, de son côté, éclaire de manière intéressante comment l’expérience que font les enfants et les adolescents de la violence et de la négligence affecte leurs représentations des dynamiques conjugales et parentales violentes. Malgré les défis méthodologiques et éthiques soulevés par la participation des enfants au processus de recherche, les connaissances générées par ces deux études permettent d’améliorer notre compréhension du phénomène et sont susceptibles d’avoir des retombées importantes pour l’intervention et le développement de programmes et de politiques publiques dans le domaine de la violence.

Sur le plan des pratiques, la violence est encore abordée de manière morcelée et les ressources ont tendance à accorder la priorité à l’une ou l’autre des deux problématiques sans que les liens les unissant ne soient pris en considération ni même reconnus. Il faut dire qu’au Québec, les réponses sociales à ces deux formes de violence familiale ont connu une évolution distincte; les services en violence conjugale se sont d’abord développés dans le réseau des organismes communautaires, puis dans les années 1980, les centres de santé et de services sociaux (services de première ligne) ont aussi été mis à contribution. Par ailleurs, depuis l’émergence de la Loi sur la protection de la jeunesse en 1979, les services aux enfants victimes de mauvais traitements relèvent de l’État. L’intervention dans ce domaine se fait par les Centres jeunesse qui ont le mandat légal d’intervenir lorsqu’une situation compromet la sécurité ou le développement des jeunes. Cette séparation des deux univers d’intervention nuit au développement d’une aide efficace auprès des familles qui vivent une concomitance de problèmes. Il existe portant un consensus à l’effet que la collaboration entre les différents organismes concernés apparaît incontournable pour l’offre d’un soutien intégré et cohérent (Beeman et Edleson, 2000 ; Findlater et Kelly, 1999 ; Hartley, 2002; Lessard, et al., 2006). Mais comme le souligne Geneviève Lessard, cette collaboration peut s’avérer difficile en raison des chocs culturels entre des groupes d’acteurs qui possèdent des représentations diversifiées du problème et des solutions, et ce bien souvent à l'intérieur d'un même domaine d'intervention. Ainsi, en violence conjugale, des organismes viennent en aide aux conjoints violents alors que d'autres, comme les maisons d'hébergement, offrent des services aux femmes violentées et à leurs enfants. Dans un tel contexte organisationnel de pratique, s'interroge Lessard, quelles sont les divergences et les convergences dans les représentations du problème et de ses solutions chez les différents groupes d’intervenants? L’importance d’aborder simultanément la violence conjugale et la maltraitance a particulièrement été soulevée dans le cas des intervenants en centre jeunesse. Leur aide peut s’avérer déterminante pour la sécurité et le bien-être des enfants et de leur mère. Dans le but de mieux comprendre comment les liens de concomitance sont abordés dans la pratique en centre jeunesse, Chantal Lavergne analyse le discours des intervenants-es de la protection de la jeunesse entourant le phénomène et l’intervention auprès des familles. L’étude permet également de documenter les défis que la concomitance de ces problèmes soulève pour l’aide aux familles en contexte d’autorité. L’article de Julia Krane et Linda Davies jette, pour sa part, un regard éclairant sur l’intervention féministe en maison d’hébergement et soulève un questionnement fondamental pour l’aide aux femmes violentées et à leurs enfants : la pratique féministe en maison d’hébergement permet-elle de tenir compte de la maternité des femmes hébergées? Poser la question c’est un peu y répondre. Aussi, les auteures recommandent-elles de repenser la pratique féministe en maison d’hébergement afin qu’elle réponde davantage aux besoins des femmes victimes dans leur rôle de mère. Il s’avère essentiel de relever ce défi pour « arriver à comprendre les mères et leurs considérations à l’égard de leurs enfants ».

Les articles de ce numéro montrent donc que les liens entre la violence conjugale et les mauvais traitements sont bien plus que théoriques; en effet ces problématiques sont souvent intimement enchevêtrées dans l'histoire des familles maltraitantes. Ils permettent aussi de constater l'importance et la pertinence d'analyser les expériences de violence au sein de la sphère domestique de manière plus globale ainsi que d'intégrer le point de vue des différents acteurs tant familiaux que sociaux  pour la construction d'une représentation plus complexe et mieux nuancée du problème. En somme, les différents auteurs-es qui ont participé à ce numéro spécial sur la concomitance nous convient donc à réfléchir autrement ces deux formes de violence et à mettre nos efforts en commun pour développer des pratiques novatrices pour contrer les effets néfastes de cette violence et en freiner la reproduction d'une génération à l'autre.

Références

Appel, A.E., et Holden, G.W. (1998). The co-occurence of spouse and physical child abuse: A review and appraisal. Journal of Family Psychology, 12(4), 578-599.

Beeman, S.K., et Edleson, J.L. (2000). Collaborating on family safety: challenges for children's and women's advocates. Journal of Aggression, Maltreatment et Trauma, 3, 345-358.

Bourassa, C. (2003). La relation entre  la violence conjugale et les troubles de comportements à l’adolescence. Les effets médiateurs des relations avec les parents. Service social, 30, 30-56.

Chamberland, C. (2003), Violence parentale et violence conjugale. Des réalités plurielles, multidimensionnelles et interreliées. Sainte-Foy : Presses de l’Université du Québec.

Edleson, J.L. (1999). The overlap between child maltreatment and woman battering. .E. et S. Kelly. 1999. Reframing child safety in Michigan: Building collaboration among domestic violence, family preservation, and child protection services. Child Maltreatment, 4, 167-174.

Fortin, A. (2004). Le point de vue de l'enfant sur la violence à laquelle il est exposé. Rapport final. Montréal, QC: Département de Psychologie et CRI-VIFF. Recherche subventionnée par le FQRSC.

Graham-Bermann, P. (2002). The relationship between domestic violence and child abuse. In J.B. Myers, L. Berliner, J. Briere, C.T. Hendrix, C. Jenny et T.A. Reid (Eds.), The APSAC Handbook on child maltreatment, second edition. Thousand Oaks, Sage Publications.

McGuigan, W.M., Vuchinich, S. et Pratt, C.C. (2000). Domestic violence, parents' view of their infant, and risk for child abuse. Journal of Family Psychology, 14(4), 613-624.

Hartley, C.C. (2002). Severe violence and child maltreatment: considering child physical abuse, neglect and failure to protect. Children and Youth Services Review, 26, 373-392

Lavergne, C., Chamberland, C., Laporte, L., Tourigny, M., Mayer, M., Wright, J., Hélie, S. (2001). «Cooccurrence entre mauvais traitements envers les enfants et violence conjugale dans les familles signalées aux services de protection de l’enfance au Québec». Communication présentée le 15 mai 2001, à l’Université de Sherbrooke, dans le cadre du 69e Congrès de l’Acfas Le savoir critique?.

Lessard, G., Lavergne, C., Chamberland, C., Damant, D. et Turcotte, D. (2006). Conditions for resolving controversies between social actors in domestic violence and youth protection services : Toward innovative collaborative practices. Children and Youth Services review, 28, 511-534.

O’Keefe, M. (1995). Predictors of child abuse in maritally violent families. Journal of Interpersonal Violence, 10 (1), 3-25.

Onyski, J.E. (2003). Domestic violence and children’s adjustment: A review of research. Journal of Emotional Abuse, 3, 1, 11-45.

Rumm, P.D., Cummings, P., Krauss, M.R., Bell, M.A. et Rivara, F.P. (2000). Idenitified spouse abuse as a risk factor for child abuse. Child Abuse and Neglect, 24(11), 1375-1381.

Shipman, K.L., B.B.R. Rossman, et J.C. West. (1999). Co-occurrence of spousal violence and child abuse: Conceptual implications. Child Maltreatment, 4(2), 93-102

 

 

Agenda

 

Vote for an Innovative project to treat post-traumatic stress disorder in Nepal

Recently researchers from McGill University and Douglas Institute submitted an application...

 

Conference en ligne: Semaine de sensibilisations aux victimes - Canada 2012

 E-CONFERENCESemaine nationale de sensibilisation aux victimes d'actes criminels 2012...

 

Les droits des victimes dans un contexte international

Téléc. : (33) 1.43.54.39.15Criminologie sur le web : http://www.erudit.org/htt...

 

Adolescents délinquants et leurs parents

Les adolescents délinquants correspondent à une pluralité de logiques psychiques e...

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