« Gérer le trauma. Un combat quotidien » est le septième livre d’Erik de Soir, officier d’infanterie de l’armée belge. Aussi qualifié et expérimenté comme intervenant de terrain (psychologue, sapeur-pompier et ambulancier), cet ouvrage vient s’ajouter aux nombreux ouvrages consacrés aux traumatismes psychiques. Il se présente cependant, sous un jour original et dans une perspective pratique, comme le témoignage d’un « combat au quotidien ». Il éclaire dans un langage extrêmement accessible comment les impliqués, victimes directes ou proches peuvent réaliser le cheminement post-traumatique, aidés par les intervenants de première ligne, afin de se défaire de l’emprise maléfique du trauma.
JIDV 24 (Tome 8, numéro 3- 2011 )
Auteur: Sylvain Goujard
Président de l’Association Européenne des Psychologues Sapeurs-Pompiers; Membre de l’ALFEST.
« Gérer le trauma. Un combat quotidien » est le septième livre d’Erik de Soir, officier d’infanterie de l’armée belge. Aussi qualifié et expérimenté comme intervenant de terrain (psychologue, sapeur-pompier et ambulancier), cet ouvrage vient s’ajouter aux nombreux ouvrages consacrés aux traumatismes psychiques. Il se présente cependant, sous un jour original et dans une perspective pratique, comme le témoignage d’un « combat au quotidien ». Il éclaire dans un langage extrêmement accessible comment les impliqués, victimes directes ou proches peuvent réaliser le cheminement post-traumatique, aidés par les intervenants de première ligne, afin de se défaire de l’emprise maléfique du trauma.
Dans une première étape, il illustre au moyen de différents témoignages de survivants et de sauveteurs (ambulancière, infirmière, médecin urgentiste), l’essentiel du trauma psychique, dans le quotidien mais aussi lors d’urgences collectives. Ces témoignages plongent le lecteur immédiatement dans le monde de l’effroi, du désarroi, de la détresse péri traumatique et de l’usure « de compassion ».
Dans une deuxième étape, Erik De Soir donne son point de vue sur le vocable d’« expérience traumatogène », terme initialement introduit par le Professeur Michel De Clercq - faut-il le rappeler, mort lors d’un accident de plongée en 2001 - dans l’ouvrage « Les traumatisme psychiques » qu’il a coédité avec le Professeur François Lebigot. Il est vrai qu’un même événement peut être vécu par un sujet sur le mode du trauma, avec surprise, effroi, horreur, déréalisation et sentiment d’impuissance, mais vécu par un autre sujet sur le mode de la réaction de stress adaptative, mobilisatrice d’énergie et inspiratrice de solutions pour faire face.
Ensuite, l’auteur indique comment les victimes (et aussi les secouristes) peuvent être aidés à assimiler leurs expériences traumatogènes, avant d’accentuer l’importance du triage psychologique en utilisant le fameux modèle CRASH à trois dimensions : le type de victimes, le type d’événement et le type de prévention. L’utilisation de ce modèle par les chercheurs anglo-saxons, ayant essayé de détruire le débriefing psychologique comme protocole d’intervention auprès des impliqués d’événements traumatogènes, aurait évité beaucoup de malentendus et d’erreurs dans les discussions entre spécialistes, utilisant différentes formes de soutien à tort et à travers sous le dénominateur commun de « débriefing ».
Une quatrième partie, bien documentée et aussi pourvue de « mauvais exemples » est consacrée aux annonces de mauvaises nouvelles.
Ensuite, Erik De Soir, formule et illustre les recommandations pour l’accueil immédiat, c’est-à-dire la Première Assistance Psychologique en cas d’Accident (acronyme PAPsyA), qui s’effectue selon les principes IPASU – énoncés par Thomas Salmon en 1917 : immédiateté, proximité, attentes, simplicité, uniformité.
Dans une sixième étape, il propose cinq grands principes de la victimologie, dénommés les BIG FIVE, à savoir ; les rituels, la reconnaissance, l’information, la couverture sociale et la victimisation secondaire. Les nombreuses expériences de terrain de l’auteur, lors d’urgences collectives et durant ses interventions avec les sapeurs-pompiers, justifient largement ce regroupement original.
Une dernière partie de ce livre abord les techniques de verbalisation du trauma. Pour cette partie, Erik de Soir reprend les principes de son modèle CRASH afin d’introduire différentes formes d’entretien post-événementiel : la séance de ventilation émotionnelle, la séance de récupération et la séance de stabilisation psychologique, après, respectivement, un événement dépressogène, un événement exhaustogène (de l’ordre de l’épuisement) et un événement traumatogène. Il aborde également de façon détaillé le Débriefing du Stress Traumatogène (acronyme DST), avec sa méthode, ses modalités d’intervention, et ses phases codifiées, mais aussi ses variantes. Appliqué aux sauveteurs et intervenants, le debriefing psychologique devient Entretiens d’Accueil Collégial (EAC), assuré par les Fire Stress Teams (FiST), dont Erik De Soir énonce la composition structurale : objectifs, éléments de base, organisation pratique, composition du groupe, et phases du soutien psychologique de crise, qui se terminent par l’entretien complet de découplage psychologique.
Ce que le livre témoigne de plus de quinze ans d’expériences personnelles de sauveteur et d’intervenant psychologique de terrain et fournit une richesse d’exemples d’où sort un ensemble cohérent de recommandations pratiques.
Je peux vivement conseiller ce livre, tant aux praticiens du trauma qu’aux intervenants des services d’intervention. Pourtant, une question demeure : comment l’homme derrière cet auteur a pu vivre lui-même ces nombreuses années auprès des grands blessés et des morts. J’aurais voulu lire davantage à ce sujet qui sera peut-être traité dans le prochain livre de notre collègue et ami belge.
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