Journal International de Victimologie

articles scientifiques de victimologie et traumatisme psychique - ISSN 1925-721X

Lundi
28 Mai 2012
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Home JIDV02 Cadre conceptuel pour l’aide psychosociale en situations d’exception traumatogènes: la prévention primaire, secondaire et tertiaire de traumatismes psychiques

Cadre conceptuel pour l’aide psychosociale en situations d’exception traumatogènes: la prévention primaire, secondaire et tertiaire de traumatismes psychiques

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JIDV 2 (Tome 1, numéro 2 - Janvier 2003) 

 

 

Auteur

 

École Royale Militaire - Département des Sciences du Comportement
Centre pour l’Étude du Stress et du Trauma
Psychologue - Psychothérapeute - Major d'Infanterie
Vice-Président de l’Association de Langue Française pour l’Étude du Stress et du Traumatisme
30, Avenue de la Renaissance - B-1000 Bruxelles, Belgique

 

 

Résumé

Force est de constater l’évolution des prises en charge des problèmes psychosociaux dans les situations d’exception à caractère traumatogène. Cependant, les intervenants de terrain (sapeurs-pompiers, urgentistes,…) restent souvent seuls face à l’horreur et la douleur humaine de leurs interventions. Le dossier du numéro 2 du JIDV s’efforcera de présenter un modèle bio-psycho-social de la gestion du stress et du trauma, prenant en compte une stratégie de prévention primaire, secondaire et tertiaire en situation d’exception traumatogène.    

Mots-clés

Prévention ; gestion du stress et du trauma ; intervenants de terrain ; situations d’exception traumatogène ; urgentistes

 

O

n a pu marquer, au cours de la dernière décennie, une évolution considérable dans la façon dont différentes organisations gèrent les problèmes psychosociaux qui apparaissent lorsque souviennent des situations d’exception à caractère traumatogène. Les raisons de cette évolution trouvent leur origine à différents niveaux : psychosocial, économique, politique, juridique et sociétal (au niveau des relations publiques). En ce moment, plus aucune organisation ou entreprise ne peut se permettre de ne PAS tenir compte des dommages et/ou pertes en capital humain. Pourtant, bon nombre de ces organisations ou entreprises sont toujours à la recherche de la solution optimale en matière de prévention de traumatismes psychiques et il nous semble que ce ne sera pas seulement le « secteur commercial » qui trouvera la solution ...

 En Belgique, une loi concernant le bien-être au travail (4/8/96) exige, de la part des entreprises et des donneurs d’emploi, qu’elles élaborent une politique par rapport aux facteurs influençant le bien-être psychosocial (notamment par rapport au stress et au trauma) sur le lieu de travail.

 Le nombre d’entreprises qui ont connu une croissance significative du nombre d’événements émotionnellement choquants et/ou traumatogènes, ainsi que des formes chroniques de stress au travail, est considérable. Certaines institutions, entreprises ou organisations sont, plus que d’autres, régulièrement confrontées à des événements qui sont, pour le personnel, émotionnellement choquants et à potentiel traumatisant.

 Nous pensons ici aux lourds accidents de travail (pour les industries que l’on peut qualifier « a risque », comme les installations portuaires, les chantiers de construction, etc.), aux explosions et/ou aux incendies industriels (dans l’industrie pétrochimique, par exemple), aux situations de catastrophe, aux agressions (dont sont victimes les employés des sociétés de transport en commun, des services postaux, des hôpitaux, etc.), aux attaques à main-armée (dont sont victimes le personnel assurant le transport de fonds, le personnel de grandes surfaces, celui des banques, etc.), aux accidents de la circulation (auxquels sont exposés, par exemple, le personnel des services de secours et/ou d’aide médicale urgente, des services d’ordre, etc.), et, enfin, nous pensons aux incidents de tir et/ou aux prises d’otage (dont sont parfois victimes les membres des services de police, le personnel des prisons, etc.).

 Ces événements marquants, choquants et/ou traumatisants dont nous venons de dresser un inventaire non-exhaustif, sont à regrouper sous le dénominateur commun de situations d’exception traumatogènes. Lorsque ce type d’événements survient, l’organisation concernée devra activer et mobiliser une procédure de « gestion de pertes émotionnelles et psychosociales » afin de minimiser les coûts sur le plan humain.

 Pourtant, si nous considérons les organisations d’aide professionnelle, les services de maintien de l’ordre et les services de secours, nous pouvons aisément constater que très peu existe : les intervenants de terrain en situations d’exception, à savoir les sapeur-pompiers, ambulanciers, secouristes, urgentistes, policiers, e.a., restent souvent seuls face à l’horreur et la douleur humaine qui sont des caractéristiques de beaucoup de leurs interventions.

 La prise en compte d’une stratégie de prévention – comprenant une prévention primaire, secondaire et tertiaire – par rapport au stress et au trauma est pourtant indispensable afin de gérer les nombreux indicateurs de « détresse psychosociale ». Parmi ces indicateurs nous retrouvons : l’absentéisme, le présentéisme, la perte de rendement et/ou de concentration, les réactions post-traumatiques (réexpérience intrusive, négation/évitement, hyperactivité neurovégétative, moments dissociatifs, dysfonctionnement social) à quoi il convient d’ajouter les « maladies professionnelles ». Une telle stratégie devra tenir compte du fait que les travailleurs/employés concernés auront – parfois durant des heures, des jours et des semaines – besoin d’une authentique reconnaissance de leur problématique, d’une attention particulière, d’une prise en charge et d’un suivi professionnel par rapport à leurs « séquelles psychosociales ». Le danger est d’autant plus pernicieux aussi que les conséquences ne sont pas toujours immédiatement visibles ; les victimes souffrent parfois pendant une longue période avant de capituler, de « craquer » car – épuisés psychiquement, mentalement et/ou physiquement.

 Ce numéro du « Journal International de Victimologie » permet d’introduire un cadre général illustrant différentes possibilités de prévention primaire, secondaire et tertiaire de pertes psychosociales et/ou émotionnelles ; avant, pendant et après des situations d’exception traumatogènes. Pour cela, nous avons consulté plusieurs spécialistes européens du stress et du trauma, tous psychologues de terrain, prenant comme angle d’incidence un modèle bio-psycho-social, sans pour cela traiter le problème du stress et du trauma comme étant un problème purement médical (ou psychiatrique). Nous pensons d’ailleurs qu’il faudra d’urgence « déstigmatiser » ce problème en parlant davantage de la « gestion du stress et du trauma » au lieu d’utiliser un jargon médicalisant et psychiatrisant pour décrire un phénomène normal et légitime, inhérent au monde des « acteurs de l’urgence ».   

Dans un premier article le monde très spécifique des intervenants de terrain – sapeurs-pompiers, ambulanciers, urgentistes - est décrit, suivi de l’analyse détaillée du modèle d’intervention des « Fire-Fighter & Emergency Medical Stress Teams » ou des « FiST » (établi sur base d’une matrice psychosociale) dans lequel une prévention primaire, secondaire et tertiaire est prévue pour soulager la détresse post-traumatique des intervenants en situation d’exception. Le modèle des FiST vise à atteindre un équilibre entre d’une part, l’activation et la mobilisation de moyens non-professionnels (e.a. de soutien collégial) propres à l’organisation touchée, et, d’autre part, la consultation de moyens externes en matière de soutien et d’aide professionnalisée. A l’intérieur du cadre ainsi tracé, ce seront surtout des organisations dites « uniformisées » telles que l’armée et les sapeurs-pompiers autour desquelles les questions centrales seront posées et répondues.  

 Un deuxième article exposera les problèmes de « traumatisation par ricochet » (la traumatisation vicariante) que peuvent rencontrer les intervenants psychosociaux confrontés journalièrement aux impliqués d’expériences traumatogènes.

Un troisième article est à situer pleinement dans le débat actuel sur les interventions précoces (immédiates et post-immédiates) après incidents critiques dans le milieu des intervenants. Faut-il oui ou non systématiser les interventions de soutien psychologique auprès des acteurs de l’urgence ? La valeur ajoutée de cet article provient essentiellement de l’analyse faite des différences entre les incidents critiques, d’une part, et les situations traumatogènes, d’autre part. L’auteur décrit d’ailleurs très clairement les gains secondaires mais aussi les risques de l’utilisation du debriefing psychologique par les services de secours.

 Dans un quatrième article, nous avons voulu établir un lien entre l’Europe et l’Australie – pays riche d’expériences en matière de stress et de trauma – et donner ainsi un bref aperçu des interventions de soutien collégial auprès des sapeurs-pompiers et ambulanciers de la région d’Adelaide que nous avons visité et dans laquelle nous avons aidé à établir un réseau d’aide aux intervenants de terrain en situations d’exception.

Les premiers articles se situent tous au niveau de la prévention primaire et secondaire du stress traumatogène et il est vrai que la plupart de nos intervenants – tous entraînés et expérimentés utilisant un cadre de référence spécifique qui leur permet d’augmenter la résilience nécessaire pour faire face aux exigences de leur métier – arrive à bien gérer le stress professionnel (tout comme les autres catégories d’impliqués d’ailleurs). Pourtant, nous ne pouvons pas nier que même si certains arrivent à « faire face » seuls, d’aucuns n’arrivent pas à surmonter l’accumulation de leurs expériences de vie, d’une part, et, les impacts traumatogènes (et réguliers), d’autre part, et doivent être aidés à un niveau de prévention tertiaire : le niveau curatif. Puisque le cadre de référence à ce niveau, dans les pays européens francophones, semble – presque de façon exclusive - être un cadre thérapeutique psychanalytique, nous  avons choisi un auteur qui nous puisse décrire une méthode thérapeutique innovatrice, prenant en compte des éléments de l’analyse bio-énergétique et des éléments psycho-éducatifs, ces derniers typiques des cadres d’intervention anglosaxons.

 Finalement, nous voudrions encore nous étendre brièvement sur une nouvelle initiative que nous avons lancé depuis quelques mois et que nous présentons ici pour la première fois « au grand public ». Ces dernières années, nous avons étudié les problèmes d’ordre émotionnel et psychologique parmi le personnel des services de secours en Europe (Belgique, Pays-Bas, France, Luxembourg, Italie, Suisse et Tchéquie), aux Etats-Unis, en Nouvelle Zélande et en Australie. Dans ces différentes parties du monde la structure des contacts avec des groupes d’intervenants fut toujours la même : une analyse expérientielle dirigée concernant le caractère des interventions potentiellement traumatisantes, une discussion dirigée sur la pratique dans la vie réelle et une explication théorique des mécanismes péritraumatiques (voire même dissociatifs) et des phénomènes immédiats et post-immédiats des stress potentiellement traumatisants. La problématique semble être universelle : les sapeurs-pompiers et les acteurs de l’aide médicale urgente sont d'abord « de l'action » et ensuite « de la pensée » et « de la parole » . Pourtant, une fois qu'ils commencent à parler ils semblent ventiler leurs anciennes interventions choquantes auxquelles ils n’avaient pas encore, jusqu’à ce jour-là, prêté beaucoup d’attention. Il s’agit pour eux d’interventions traumatogènes qui n’ont jamais été intégrées ni travaillées émotionnellement. Chaque nouvelle intervention pénible, à potentiel traumatisant, peut déclencher ces « anciens résidus traumatiques ». C’est seulement après les parties psycho-éducatives des sessions d’information et de sensibilisation que ces intervenants semblent comprendre ce qui leur est arrivé et pourquoi ils ont réagi tel qu’ils l’ont fait au moment même. Pendant ces dizaines d'exercices de corps avec des sapeurs-pompiers et les ambulanciers, il nous est toujours apparu indispensable d’écouter et de prendre en charge ces stress opérationnels à potentiel traumatisant, mais aussi de connaître l'essentiel du monde des secours et de l’aide médicale urgente (ou idéalement d'en faire partie).

 Cependant, une chose est certaine : l’intervenant de terrain ne supporte pas ou  très mal des «professionnels » (e.a. psychologues et psychiatres) étrangers à leur monde et ne veut pas être considéré comme étant « une victime traumatisée ». L'assistance d'un psychiatre, d’un psychologue, d’un(e) thérapeute ou d’un intervenant social à une victime, donc l'assistance à partir d'une position de force par les connaissances théoriques du diplômé et de «1'expérimenté» ne va pas de pair avec les problèmes de stress opérationnel des intervenants.

Nos expériences, en tant que sapeur-pompier et ambulancier, d’une part, et, psychologue- militaire d’autre part, nous apprennent qu’il est beaucoup plus important de considérer les membres du groupe de sapeurs-pompiers et des acteurs de l’urgence comme étant des égaux, pour ainsi, après avoir reçu un mandat utilisable basé sur l'égalité, essayer de ranimer une conversation sur les interventions traumatisantes. L’intervenant considère la marge entre échouer et réussir, entre sauver et ne plus savoir sauver et donc entre « être un héros » ou « se sentir également victime » comme étant très petite.

C’est notamment pour ces raisons que nous avons décidé, ensemble avec un groupe de « psychologues de terrain », de mettre sur pied une « Association Européenne des Psychologues Sapeurs-Pompiers ». Cette association aura pour objectifs principaux de : 1) défendre les intérêts des intervenants de terrain et des acteurs de l’urgence face aux sources de stress traumatogènes ; 2) contribuer à l’élaboration de moyens de prise en charge (prévention primaire, secondaire et tertiaire) adéquats ; 3) aider à la construction de réseaux d’intervention (aide collégiale et professionnelle) après incidents critiques; et, 4) regrouper des psychologues ayant une formation de sapeur-pompier et/ou d’ambulancier eux-mêmes afin de former un groupe professionnel autonome. Il est certain que cette association essayera aussi d’être « l’interface » entre les acteurs du terrain et le monde académique ; donc, devra être elle-même affiliée à des sociétés savantes existantes. De plus amples renseignements sur cette nouvelle association seront aussi disponibles dans ce numéro.

Finalement, il ne nous reste plus qu’à souhaiter une bonne lecture de ce dossier spécifiquement destiné à l’aide aux intervenants et à espérer que chacun saura se forger une opinion personnelle, en mélangeant les contenus exposés avec ses propres expériences professionnelles, en lisant les différents articles de ce numéro. Ce sera pour nous un immense plaisir de recevoir des commentaires et des suggestions afin de continuer avec persévérance notre « combat du stress » … inspiré par nos expériences avec le « stress du combat ».

 

> Pour s’inscrire ou demander des renseignements concernant l’ Association Européenne des Psychologues Sapeurs-Pompiers : Cliquez-ici

 

Agenda

 

Vote for an Innovative project to treat post-traumatic stress disorder in Nepal

Recently researchers from McGill University and Douglas Institute submitted an application...

 

Conference en ligne: Semaine de sensibilisations aux victimes - Canada 2012

 E-CONFERENCESemaine nationale de sensibilisation aux victimes d'actes criminels 2012...

 

Les droits des victimes dans un contexte international

Téléc. : (33) 1.43.54.39.15Criminologie sur le web : http://www.erudit.org/htt...

 

Adolescents délinquants et leurs parents

Les adolescents délinquants correspondent à une pluralité de logiques psychiques e...

Le JIDV en quelques mots

Le Journal International De Victimologie est reconnu comme REVUE QUALIFIANTE PAR LA 16ème SECTION (PSYCHOLOGIE) DU CONSEIL NATIONAL DES UNIVERSITÉS (CNU) français.
La revue a signé un contrat avec EBSCO Publishing, ce qui permet une indexation de la revue dans des centaines de bases de données en criminologie, sciences sociales et humaines, et psychiatrie. 
Les soutiens du JIDV: le Centre International de Criminologie Comparée (CICC); l'Axe Internet et Santé du Réseau de Recherche en Santé des Populations du Québec, le laboratoire de recherche sur les psychotraumatismes de l'Institut Universitaire en Santé Mentale Douglas et l'Université McGill
Créé en 2002, le Journal International de Victimologie (JIDV) est une revue scientifique dotée d’un comité de pairs (peer-reviewed). Cette revue a pour vocation de diffuser le plus largement possible les résultats de recherches et de pratiques sur le sujet de la victimologie par le biais de l’Internet (www.jidv.com). Il y a 3 numéros par an. Le JIDV s’adresse donc à toutes les personnes travaillant avec des victimes, quel que soit leur pays, leur discipline (criminologie, psychologie, sociologie, anthropologie,…) et leur école de pensée.