Journal International de Victimologie

articles scientifiques de victimologie et traumatisme psychique depuis 2002 - ISSN 1925-721X

Dimanche
26 Octobre 2014
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Home JIDV03 Conséquences à long terme d'un mass murder : le cas de Polytechnique, neuf ans plus tard

Conséquences à long terme d'un mass murder : le cas de Polytechnique, neuf ans plus tard

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 Le phénomène des mass murder paraît prendre une ampleur considérable au cours des deux dernières décennies, faisant un nombre croissant de victimes à travers le monde. 
* Cet article est basé sur des données de recherche ayant conduit à  la production du mémoire de maîtrise de G. Parent (1999) sous la direction de M.-M. Cousineau : Polytechnique, neuf ans plus tard, conséquences à long terme d’une hécatombe. Montréal, Université de Montréal, École de criminologie.

 

JIDV 3 (Tome 1, numéro 3 - Avril 2003)   

 

Auteures

(1) Candidate au doctorat, École de Criminologie, Université de Montréal.

(2) Professeure à l’école de criminologie et chercheure au Centre International de Criminologie Comparée de l’université de Montréal, membre du Centre de recherches interdisciplinaires sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRI-VIFF) de l’université de Montréal.

 

Résumé

        Le phénomène des mass murder paraît prendre une ampleur considérable au cours des deux dernières décennies, faisant un nombre croissant de victimes à travers le monde.  Le Québec n’échappe pas à cette tendance.  Qu’il s’agisse de rappeler les tueries survenues à l’Assemblée nationale en 1984[1], à l’École Polytechnique de l’Université de Montréal, en 1989[2], et à l’Université Concordia en 1992[3]… Cet article rend compte d'une étude en profondeur traitant plus spécialement du vécu des victimes et des témoins de la fusillade de la Polytechnique ayant survécu à l’événement.  À partir d’entrevues en profondeur effectuées auprès de victimes et de témoins de l’événement, dix ans après le drame, il est question des conséquences à long terme d’un tel événement pour ceux qui s’y trouvent mêlés de plus ou moins près.

Mots-clés

Mass murder ; polytechnique ; victimes ; fusillade ; évènement


Vivre l'expérience d'une tuerie et ... survivre 

P

our la majorité des canadiens, avant 1989, le 6 décembre ne signifiait rien de particulier, il s'agissait d'une date comme une autre. Cependant, l’année 1989 a marqué cette journée de telle sorte que beaucoup ne l’oublieront plus jamais, en particulier les étudiants de l’École Polytechnique présents lors de l’hécatombe au cours de laquelle un tireur fou, Marc Lépine, a tué quatorze jeunes filles et a blessé et traumatisé nombre d’autres personnes. Candidat s’étant vu refuser l’admission à l’École Polytechnique de l’Université de Montréal, Marc Lépine s’y introduit ce jour, muni d’un sac en bandouillère contenant arme et munitions. Il se rend  directement dans une salle de classe qu’il prend en otage exigeant que les étudiants présents se rangent de part et d’autre de la classe, les filles d’un côté, les garçons de l’autre. Il tire ensuite plusieurs balles avant de retourner l’arme contre lui. 

Malgré leur rareté, la fréquence des mass murders paraît augmenter[4] spécialement, mais pas uniquement, aux États-Unis. Le phénomène apparaît au Québec, comme on vient de le voir, au tournant des années 1980. 

Lorsqu'on pense aux victimes de tueries, on se réfère ordinairement à celles qui n'ont pas survécu et à leur famille immédiate.  Les personnes blessées sont aussi mentionnées, mais uniquement pour une courte période suivant l’événement.  Par la suite, à mesure que le temps passe, ceux et celles qui ont été blessés ou seulement témoins de la tragédie, qui y ont donc survécu, tombent dans l'oubli. Or, ces victimes et témoins vivent avec des contrecoups physiques et psychologiques souvent intolérables. Quelques-unes de ces séquelles disparaîtront ou, du moins, diminueront après un certain temps, alors que d’autres perdureront durant des jours, des mois, des années, voire jusqu'à la fin de la vie des personnes.  D’ailleurs certains choisiront de mettre un terme à leur souffrance en s’enlevant la vie, incapables d’en endurer davantage ou plus longtemps. En effet, quelques suicides ont été rapportés parmi les étudiants présents au moment de la fusillade de Polytechnique.  Au moins deux d'entre eux ont laissé une note confirmant que la détresse provoquée par l'événement de Polytechnique était la cause de leur suicide.  

Enfin, il faut noter que les conséquences découlant d’événements traumatiques n’apparaissent pas nécessairement immédiatement au moment ou dans les premiers temps suivant ceux-ci. Il arrive qu’elles surgissent quelques jours ou mois, voire quelques années plus tard. 

Malgré le fait la prévalence des dits mass murder, en augmentation depuis les années 1980 un peu partout à travers le monde (Holmes et Holmes, 1992), on trouve peu d'études sur les victimes survivant à de telles tragédies et encore moins sur ceux qui en sont seulement les témoins. 

Les auteurs de différentes études ayant traité de la question reconnaissent d’emblée le besoin d'étudier les effets à plus long terme sur les victimes ou les témoins d’événements dramatiques, dans le but, notamment, d'apporter une intervention plus juste et plus efficace à ces personnes. À notre connaissance, aucun chercheur n'a effectué ce genre d'études à partir d'entrevues en profondeur menées auprès des victimes et des témoins de tels événements, afin d’identifier les conséquences de nature et d’intensité diverses et les changements provoqués par l'avènement d'une tuerie dans la vie des personnes qui en sont victimes ou témoins.  C'est le défi que nous avons choisi de relever. 

Dans le cadre du présent article, après un bref bilan des études portant sur les conséquences des mass murder pour les victimes et les témoins survivant, nous présentons la méthodologie privilégiée pour la réalisation de notre étude.  Nous faisons par la suite état des conséquences physiques, psychologiques, sociales, existentielles et financières à court, moyen et long termes du massacre de Polytechnique telle que révélées par les victimes et témoins de cette tragédie que nous avons rencontrés. Nous discutons également de la difficulté liée au classement de certaines de ces conséquences dans une catégorie en particulier, ou encore de la difficulté d’établir quelle conséquence est apparue avant l’autre, des difficultés qui ne sont pas sans incidence lorsque les victimes et les témoins tentent d’obtenir diverses formes de compensation et de services pour tenter de pallier les dommages subis. Enfin, quelques suggestions quant aux interventions et aux traitements à prévoir pour les victimes et témoins de mass murder sont également apportées.

(...)

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